Prières pour la Paix

Une nouvelle année commence, c’est souvent un moment privilégié où on se tourne vers le passé, l’année écoulée, pour ensuite faire des vœux pour le futur, la nouvelle année… Je ne sais pas ce que 2018 nous réserve, mais les tensions sur la péninsule coréenne sont inquiétantes. Les menaces, pour le moment verbales, concernant un possible conflit nucléaire me donnent des frissons. Les religions ont, à mon avis, un rôle à jouer dans la promotion du dialogue et de la paix. Je suis donc allé chercher une prière pour la paix, dans chacune des 10 religions officiellement reconnues à Singapour. Même si parfois les sentiments religieux attisent le feu de la haine, je reste persuadé qu’au cœur de chaque religion le désir de bâtir un monde de paix est essentiel.

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Prière taoïste pour la paix :

Pour avoir la paix dans le monde, Il doit y avoir la paix dans les nations.
Pour avoir la paix dans les nations, Il doit y avoir la paix dans les villes.
Pour avoir la paix dans les villes, Il doit y avoir la paix entre voisins.
Pour avoir la paix entre voisins, Il doit y avoir la paix dans la maison.
Pour avoir la paix dans la maison, Il doit y avoir la paix dans le cœur.

 

Prière jaïna :

La paix et l’amour universel sont l’essence de l’évangile prêché par les plus éclairés.

Le Seigneur nous enseigne que la sérénité vient du karma.

Que je pardonne à toutes les créatures, et que toutes les créatures me pardonnent. Que pour tous j’aie de l’amitié, pour personne de l’inimitié.

Sache que la violence est la source de toutes les misères du monde.

La violence est, de fait, le nœud de l’esclavage.

« Ne blessez aucun être vivant. »

C’est la voix éternelle, perpétuelle et inaltérable de la vie spirituelle.

Une arme, aussi puissante soit-elle, peut toujours être supplantée par une autre ; mais aucune, jamais, ne peut surpasser la non-violence et l’amour.

 

Prière zoroastrienne :

Nous prions Dieu d’éliminer

toute la misère du monde :

pour que la compréhension triomphe

sur l’ignorance,

la générosité sur l’indifférence,

la confiance sur le mépris,

et la vérité sur le mensonge.

 

Prière bouddhiste :

Que tous les êtres tourmentés partout

par les souffrances du corps et de l’esprit

soient promptement délivrés de leurs maux.

Que ceux qui ont peur cessent d’être effrayés, et que ceux qui sont attachés soient libérés.

Que ceux qui n’ont aucun pouvoir en trouvent et que les hommes pensent à se lier d’amitié les uns avec les autres.

Que ceux qui se trouvent dans des déserts

sans chemins et inquiétants,

enfants, vieillards ou sans défense,

soient gardés par des anges bienveillants,

et atteignent rapidement la sagesse bouddhique.

 

Prière hindoue :

Ô Dieu, conduisez-nous de l’irréel au réel.

Ô Dieu, conduisez-nous de l’obscurité à la lumière.

Ô Dieu, conduisez-nous de la mort à l’immortalité.

Shanti, Shanti, Shanti.

Ô Seigneur tout-puissant, que la paix existe dans les cieux.

Que la paix existe sur terre.

Que les eaux soient calmes.

Que les herbes soient saines, et que les arbres et les plantes apportent la paix à tous.

Que tous les êtres bienfaisants nous apportent la paix.

Que ta loi védique propage la paix dans le monde entier.

Que toute chose soit pour nous une source de paix.

Et que ta paix accorde la paix à tous, et qu’elle arrive aussi jusqu’à moi.

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Prière musulmane :

Au nom d’Allah,

le bienfaisant, le miséricordieux.

Loué soit le Seigneur

de l’Univers qui nous a créés

et constitués en tribus et en nations.

Que nous puissions nous connaître,

au lieu de nous mépriser.

Si l’ennemi tend à la paix,

tends-y également, et fie-toi

à Dieu, car c’est lui

qui entend et sait toutes choses.

Et les serviteurs de Dieu

les plus Gracieux sont ceux qui marchent

sur cette Terre avec humilité,

et quand nous leur parlons, nous disons « PAIX ».

  

Prière chrétienne :

Que soient bénis les artisans de la paix, car ils seront reconnus

comme les enfants de Dieu.

Mais je dis à ceux qui entendent, aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous maltraitent.

A ceux qui vous frappent la joue,

tendez l’autre, et à ceux qui prennent votre cape, ne refusez pas votre manteau.

Donnez à tous ceux qui mendient,

et à ceux qui emportent vos biens,

ne les redemandez pas.

Et ce que vous voudriez que les autres vous fassent, faites-le-leur.

 

Prière sikhe :

Dieu nous accorde,

selon nos actes,

non selon le manteau que nous portons :

cette Vérité est au-dessus de tout,

mais une vie sincère est encore plus haut.

Sache que nous atteignons Dieu en aimant,

et que seule cette victoire

tolère des conséquences

où personne n’est battu.

Prière amérindienne pour la paix

Ô Grand Esprit

de nos ancêtres, je lève

mon calumet et ton honneur.

En celui de tes messagers les quatre vents,

et de la Terre Mère qui nourrit

tes enfants.

Donne-nous la sagesse d’apprendre à nos enfants à aimer, à respecter, et à être bons

les uns avec les autres afin de grandir

dans la paix intérieure.

Laisse-nous apprendre à partager toutes les bonnes choses que tu nous apportes sur cette Terre.

 

Prière bahaïe :

Sois généreux dans la prospérité,

et reconnaissant dans l’adversité.

Sois juste dans ton jugement,

et prudent dans tes paroles.

Sois une lampe pour ceux qui marchent

dans l’obscurité, et un abri pour l’étranger.

Sois des yeux pour l’aveugle, et un phare

pour ceux qui errent.

Sois un souffle de vie pour le corps

humain, une rosée pour le sol

du cœur humain,

et un fruit pour l’arbre de l’humilité.

 

Prière juive :

Sers-toi de nous Seigneur pour faire venir plus rapidement le jour de la réconciliation, où la pauvreté, les préjugés raciaux et les préjugés religieux ne menaceront plus de nous détruire; où la violence, les conflits provoqués par la colère et la méfiance ne seront plus que des démons oubliés; où notre richesse servira à nourrir l’affamé et à soigner le malade, où nous chérirons le monde et saurons lui faire confiance pour les enfants de nos enfants.

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Dans mon portable (5)

Nous arrivons en fin d’année, une petite promenade dans les photos prises avec mon téléphone me permet de revenir sur quelques rencontres auxquelles j’ai participées…

29 décembre 2016

Fête de Noël (organisée par ACCIRD). Les représentants des divers religions étaient invités à venir visiter la cathédrale nouvellement rénovée. Au programme: chants de Noël, sermon de l’évêque de Singapour sur la signification de Noël pour les chrétiens, et bien sûr repas obligatoire.

28 avril 2017

À l’initiative de l’Association Humaniste de Singapour, de la Free Community Church et du Leftwrite Center, une discussion très ouverte et franche sur « Religion et Athéisme ». Les intervenants étaient une bouddhistes, un musulman, un chrétien et un athée. Voici ce que dit la charte à droite:

Les règles

  1. La règle d’or: traitez les autres comme vous souhaiteriez être traité.
  2. Accepter le désaccord: quand vous montrez votre désaccord, faites-le avec respect et civilité. Restez cordial, sans être obligé d’accepter l’opinion d’autrui.
  3. Parler avec le ‘je’. Exprimez votre opinion personnelle, évitez de parler au nom d’un groupe plus large.
  4. Écouter lorsque les autres parlent. Une seule personne parle à la fois.
  5. Les idées et points de vue de tous les participants en lien avec la discussion et dans la limite du temps impartie, méritent d’être entendu.
  6. Être ouvert d’esprit et éviter de porter des jugements. Contrairement à un débat, une discussion invite à la prise de conscience et la réflexion. Cela donne la possibilité de se tromper et d’être ouvert au changement. Le but d’une conversation est de générer une meilleure compréhension et non pas de gagner une joute verbale.

13 août 2017

CNA 10:17

Visionnage en avant première d’un documentaire intitulé « Regardless of Religion », sur la cohabitation des différentes religions à Singapour. Ce film est disponible sur le Net: Regardless of Religion.

19 août 2017

Imran talk 08:17

Conférence donnée par mon ami Imran sur l’origine du conservatisme dans le milieu religieux malais. Il nous a expliqué comment, pour des raisons historiques, les musulmans de Singapour et de Malaisie sont plus attachés à la lettre qu’à l’esprit dans leurs pratiques religieuses.

24 octobre 2017

Accird mort 10:17

Conversation interreligieuse (organisée par ACCIRD), sur le thème: les rituels de la mort. Chaque intervenant (un hindou, un musulman, un chrétien, un bouddhiste et un taoïste) a présenté en 15 minutes ce qui est fait dans sa religion, et un temps de questions-réponses a suivi.

12 novembre 2017

Visite du ‘Harmony Center’ avec des prêtres des Missions Etrangères de Paris. Le centre fait partie d’une mosquée et travaille à la promotion du dialogue interreligieux.

 

Le Feng Shui à Singapour

Dans un pays où les croyances sont multiples, les mélanges et les superstisions ne sont pas rares. Le Feng Shui est une croyance de tradition chinoise, qui est présente partout à Singapour, notamment dans l’architecture. Il s’agit d’être en harmonie avec son environnement pour faciliter le flot des énergies vitales. Je viens de lire un très bon article sur le sujet, écrit par un excellent blogueur qui vit à Singapour: Louis.

Bonne lecture:

Superstitions à Singapour : l’impact insoupçonné du Feng Shui

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Halimah Yacob, femme, musulmane et présidente de la République de Singapour.

Halimah Yacob, musulmane de la minorité malaise, est devenue présidente de la République de Singapour : c’est la seule candidate à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections présidentielles.

Lundi 11 septembre, le comité électoral a confirmé que les élections présidentielles de Singapour n’auront pas lieu. Halimah Yacob, 63 ans, présidente du Parlement jusqu’à sa démission en août dernier, est la seule des trois candidats à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections. Celles-ci, réservées exclusivement aux candidats de la minorité malaise de Singapour, auraient dû se tenir le 23 septembre.

La présidente de la République aura essentiellement un rôle cérémoniel, comme ses prédécesseurs, car l’exécutif est entre les mains du Premier ministre Lee Hsien Loong (fils de Lee Kuan Yew, le ‘père de la nation’). Elle détient néanmoins des pouvoirs de veto sur la nomination des postes clés du gouvernement et l’utilisation des réserves financières de Singapour. Normalement, l’accession à ce poste d’une femme issue d’une minorité, qui plus est, musulmane pratiquante portant le voile, dans un Etat laïque et majoritairement chinois (1) devrait être considérée comme une percée remarquable. Cette victoire facile est en fait très controversée.

Une figure publique reconnaissable

Le 6 août dernier, Madame Halimah Yacob annonçait qu’elle se présenterait aux élections présidentielles. « Je fais confiance aux Singapouriens pour voir au-delà du voile, au-delà de la religion, au-delà de la race, au-delà du genre, car c’est ce qui est à la base de notre système » affirmait-elle. Pourtant les Singapouriens ne lui reprochent ni sa religion, ni le fait qu’elle soit une femme. La critique qui revient le plus souvent est le fait d’avoir nié son héritage indien et de prétendre être indépendante alors qu’elle est un ‘produit’ du PAP, le Parti de l’Action du Peuple, au pouvoir depuis l’indépendance de la cité-Etat.

Qui est Halimah Yacob ? Son père d’origine indienne et de religion musulmane est mort quand elle avait huit ans. C’est donc sa mère d’origine malaise qui l’a élevée. Les origines ethniques sont importantes à souligner, car cette élection présidentielle, la première de ce genre, était réservée aux candidats de la minorité malaise de Singapour. Or, certains ont mis en doute le fait que Madame Yacob puisse se présenter car la ‘race’ (2) est traditionnellement considérée comme étant celle du père, et non de la mère. Après avoir fait des études de droit, Mme Yacob fut avocate. C’est en 2001 qu’elle s’est engagée en politique et, à l’âge de 47 ans, elle fut élue députée. En 2011, elle est devenue ministre d’État au ministère du Développement communautaire, de la Jeunesse et des Sports, puis ministre d’État au ministère du Développement social et familial l’année suivante. Sur proposition du Premier ministre Lee Hsien Loong, elle a été élue présidente du Parlement le 14 janvier 2013, devenant ainsi la première femme à tenir ce poste dans l’histoire de la République.

Être ou ne pas être malais ?

Pour cette élection résevée aux Malais, la question de savoir si un candidat à la présidence est « assez malais » était au centre des débats de ces dernières semaines. Deux autres personnes s’étaient présentées pour faire face à Madame Yacob, mais tout comme elle, leur identité ethnique était mise en doute : M. Salleh Marican, dont le père était indien, s’est un peu embrouillé dans son malais lors d’une interview et M. Farid Khan  est d’origine pakistanaise sur sa carte d’identité.

Dans la constitution singapourienne: une « personne appartenant à la communauté malaise » est définie comme étant de race malaise ou autre, mais se considérant comme membre de la communauté malaise et généralement acceptée comme tel par celle-ci.

« Pour l’instant, les politiques clés de Singapour dépendent encore de l’utilisation du modèle CMIO[Chinois, Malais, Indiens et Autres (3)]. […] Les identités raciales et culturelles demeurent importantes pour la plupart des Singapouriens », souligne Eugene Tan, professeur de droit à l’Université de Management de Singapour« Alors que Singapour s’épanouit en tant que nation, l’importance du système CMIO dans la sphère publique devrait diminuer progressivement. Chaque Singapourien a plusieurs identités et aucune classification ne peut jamais en capturer toutes les nuances », ajoute-t-il. Et de préciser : « reconnaître que les identités multiples font partie intégrante de Singapour est vital pour les relations ethniques ».

Une commission a été mise en place pour juger de l’ethnicité de chaque candidat. Mme Halimah Yacob, M. Salleh Marican et M. Farid Khan ont tous les trois reçu leur certificat stipulant qu’ils faisaient bien partie de la communauté malaise. Mais au final, seule Mme Yacob a pu obtenir un certificat d’éligibilité, car elle avait occupé un poste clé dans le service public pendant plus de trois ans. Les deux autres venant du secteur privé devaient justifier de trois ans de travail à la tête d’une entreprise dotée d’un capital d’au moins 500 millions de dollars singapouriens (330 millions d’euros), et ce n’était pas le cas.

Le jeu politique du gouvernement

Le PAP a mis en place ces changements dans le processus électoral afin, soi-disant, d’élargir la représentation politique des minorités ; et les dirigeants, dont le Premier ministre Lee Hsien Loong, ont été forcés de nier que les nouvelles règles allaient à l’encontre de l’éthique méritocratique de Singapour. De nombreux observateurs estiment en fait que ces critères auraient plutôt été mis en place pour barrer la route à l’un des candidats malheureux des dernières élections (en 2011): le docteur Tan Cheng Bock avait perdu de justesse face au candidat officiel Tony Tan, mais il comptait bien se représenter cette année.

La majorité des Singapouriens semblent néanmoins être d’accord sur le fait que Mme Halimah Yacob devrait être une bonne présidente. Mais comme le souligne Md Suhaile, un journaliste singapourien, le fait d’avoir été ‘élue’ grâce à une élection réservée aux malais nourrit le stéréotype des malais qui ne sont tout simplement pas aussi bons que les autres. Il y a quelques jours, Lawrence Chong, un jeune singapourien engagé dans le dialogue interreligieux indiquait sur Facebook « Je m’inquiète vraiment des conséquences de cette élection présidentielle sur nous en tant que nation. Les commentaires en ligne ne vont pas dans la bonne direction et je crains que le discours nous divise et laisse des blessures béantes dans notre tissu social. Je me demande pourquoi le gouvernement n’a pas choisi un candidat malais lors d’élections précédentes si c’était un problème. Il y a un antécédent, le gouvernement a soutenu le président Nathan [NDLR : SR Nathan, indien, fut le président de Singapour de 1999 à 2011] qui a assumé sa tâche avec sagesse et grâce. Alors, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas laissé ces élections ouvertes à tous, en soutenant Halimah, qui est une excellente candidate ? C’est ce qui me surprend le plus. »

« Si nos dirigeants croient vraiment à la diversité, pourquoi ne préconisons-nous pas que le Premier ministre soit aussi issue d’une minorité ? » questionne Jeraldine, une jeune blogueuse. Elle fait ici référence à la succession du Premier ministre, Lee Hsien Loong, qui a annoncé sa retraite prochaine. Le vice-Premier ministre Tharman Shanmugaratnam, semble être la personnalité préférée des Singapouriens pour lui succéder, mais il est indien.

Dans un entretien avec la BBC en mars dernier, Lee Hsien Loong expliquait : « à Singapour, c’est bien mieux qu’avant, mais la race et la religion comptent toujours. […] Je pense que les considérations ethniques ne sont jamais absentes lorsque les électeurs votent et cela rend les choses difficiles, ce n’est pas impossible, et j’espère qu’un jour il y aura un Premier ministre non chinois, mais vous me demandez si cela va arriver demain, je ne le pense pas. »

 

(1) Selon le recensement de 2015, Singapour compte près de 5,4 millions d’habitants ; les malais représentent 13,3 %, les indiens 9,1 % et les autres minorités 3,3 % d’une population à majorité chinoise (74,3 %).

(2) Le terme de ‘race’ pourrait choquer, mais dans le contexte singapourien, votre ‘race’ est mentionnée sur votre carte d’identité.

(3) La population est catégorisée en fonction des origines ethniques de chacun pour favoriser une sorte de discrimination positive dans de nombreux domaines, tels que l’accession au logement ou à l’éducation.

EiF: Un dialogue interreligieux basé sur des échanges en profondeur.

Sous l’habituelle moiteur singapourienne, c’est à 9h00 que je rejoins une trentaine de personnes devant la cathédrale du Bon Berger (Cathedral of the Good Shepherd). Nous nous sommes donnés rendez-vous pour visiter l’édifice nouvellement restauré. Parmi nous, il y a Aaron, un musulman dont le père était chrétien avant d’épouser sa mère et de se convertir à l’islam ; Thavam, une hindoue qui cherche depuis longtemps à approfondir la foi de sa mère qui se réduit souvent, selon elle, à des rites mécaniques et répétitifs ; Chew Lin, elle, vient d’une famille bouddhiste, mais elle est allée dans une école chrétienne et se dit aujourd’hui agnostique, mais très intéressée par la question du religieux… Tous font partie de l’EiF (Explorations into Faiths[1]), un groupe de jeunes adultes qui se réunissent régulièrement pour s’engager dans un dialogue interreligieux.

Quelques participants de l’EiF visitant la cathédrale du Bon Pasteur

J’ai découvert l’EiF il y a 6 ans. À l’époque, je souhaitais lever le pied par rapport à mes engagements professionnels et m’investir un peu plus dans ce qui a toujours été un de mes centres d’intérêt : le dialogue interreligieux. Bruno Saint Girons, prêtre des MEP, m’a alors conseillé de contacter l’EiF. Je me suis inscrit à une formation sur deux week-ends durant lesquels j’ai fait la connaissance d’une vingtaine de personnes désirant, comme moi, aller plus loin dans la rencontre de l’Autre. Aujourd’hui, je suis devenu ‘facilitator’, c’est-à-dire animateur de petits groupes de discussions sur des sujets sensibles souvent en lien avec la religion ou l’ethnicité.

Depuis 2007, l’EiF forme des ‘facilitators’, organise des conférences et des rencontres mensuelles sur des sujets de réflexion tels que « la foi et l’écologie », « la foi et l’orientation sexuelle », « la foi et la musique », etc… Le but est d’avoir un échange en profondeur, basé sur l’expérience de vie de chacun : « Comment ma foi, mes valeurs, influencent mon quotidien ? Comment je me situe par rapport au sujet proposé… ». Le dialogue commence parfois par la présentation d’une religion ou la visite d’un lieu de culte comme c’est le cas aujourd’hui.

Mabel, notre guide, est bénévole et à la retraite. Elle se présente et nous explique qu’elle a été baptisée à l’âge de 21 ans. Elle a vu un jour son prof de maths, un homme imposant qui lui tirait régulièrement les oreilles, s’agenouiller devant un Christ en croix. « Quel est ce Dieu devant lequel même mon prof de maths se met à genoux ? » s’est-elle alors demandé. Ce fut le début de son cheminement vers le baptême… C’est avec beaucoup d’enthousiasme que Mabel nous a parlé des premiers missionnaires français, à l’origine de la construction de la cathédrale. Elle mentionne en particulier Saint Laurent Imbert (MEP), le premier missionnaire catholique à se rendre à Singapour en 1821. La dédicace de l’église au Bon Pasteur provient de la note qu’il a écrite à ses confrères missionnaires, leur expliquant qu’il allait se rendre aux autorités pour sauver son troupeau de l’extermination pendant une période de persécution chrétienne en Corée : « Dans des circonstances désespérées, le bon berger donne sa vie pour ses brebis ». Il a été décapité le 21 septembre 1839. Les nouvelles de son martyre sont arrivées à Singapour lorsqu’on y cherchait un nom pour l’église et le ‘bon berger’ a été choisi. Aujourd’hui, la cathédrale abrite les reliques de Saint Laurent Imbert.

La cathédrale du Bon Pasteur récemment restaurée

Nous entrons dans la cathédrale. Heureusement, l’intérieur est climatisé. L’édifice a été béni et ouvert par le père Jean-Marie Beurel (MEP), le 6 juin 1847. Le père Beurel est également responsable de la fondation de la « Saint Joseph Institution », une école de garçons, et du « Holy Infant Jesus Convent », une école de filles. Comme nous l’explique Mabel, l’église catholique a à cœur le bien de la communauté au sens large, et on sent bien que Mabel a une admiration toute particulière pour le père Beurel qui s’est beaucoup démené pour mener à bien tous ses projets.

Après la visite, nous nous retrouvons dans une des salles de l’évêché pour deux heures de dialogue. Le thème du jour : « la foi et le dialogue interreligieux ». Certains participants sont nouveaux, invités par des amis ou simplement curieux de découvrir ce qui se dit dans ce type de rencontre. D’autres sont des habitués. Victor est anglican, mais se dit plus à l’aise chez les luthériens. Ariz est un jeune musulman ayant découvert la richesse de la discussion interreligieuse en partageant sa chambre d’étudiant avec un chrétien. Cheryl, notre animatrice principale aujourd’hui, est catholique et c’est elle qui a choisi ce sujet qui lui tient à cœur, elle a d’ailleurs invité son mari et son père pour l’occasion.

Après une brève présentation de chacun, Cheryl nous propose ‘d’accorder nos violons’ : « Nous allons nous engager dans un dialogue de vie et non dans un débat d’idées. Comment pouvons-nous mettre en place une atmosphère de confiance et de soutien afin que chacun puisse partager ce qu’il ressent ? Quelles attitudes et quels comportements devons-nous attendre les uns des autres afin d’avoir un dialogue significatif ». Les règles de l’échange émises par les uns et les autres sont alors affichées au tableau pour que chacun se sente concerné.

Engagement de chacun avant le dialogue

Le véritable dialogue se déroulera en petits groupes de 5 à 6 personnes autour d’un ‘facilitator’. Dans mon groupe, je commence par leur demander d’écrire un mot sur un post-it : « Notez un mot pour décrire une interaction interconfessionnelle, une rencontre que vous avez eue ou que vous avez décidé de ne pas avoir. » Par la suite, j’invite chacun à partager ce qui se cache derrière ce mot et la discussion s’amorce naturellement. Il s’agit avant tout d’un partage de vie et non d’un échange intellectuel sur les tenants et les aboutissants du dialogue interreligieux. L’une des personnes de mon groupe fait part de sa gêne : lorsqu’elle était à l’école, des chrétiens un peu trop prosélytes lui ont affirmé qu’elle irait en enfer si elle ne croyait pas en Jésus Christ ! Elle est hindoue et s’est sentie marginalisée par ses camarades de classe. Un autre nous explique qu’il est ravi de se retrouver dans ce genre de discussion aujourd’hui, car sa première expérience de dialogue interreligieux fut très superficielle selon lui. Il était allé à une rencontre de l’IRO (Inter-Religious Organisation), un organisme qui se veut indépendant, mais qui est en fait très lié avec le gouvernement et qui rassemble essentiellement des représentants officiels des 10 religions reconnues à Singapour…

Les rencontres de l’EiF sont très enrichissantes. Nous ne sommes pas là pour parler au nom de notre religion, même s’il peut y avoir parmi nous des experts dans le domaine, nous discutons simplement en tant qu’expert de notre vie, de notre expérience. Nous ne faisons pas de syncrétisme, il ne s’agit pas de dire que toutes les religions se valent. Les partages sont d’autant plus riches que chacun vit de sa foi ou de ses convictions. Personnellement, j’ai pu me rendre compte que ma foi catholique s’en trouve approfondie, car lorsque nous abordons un sujet, je ne peux m’empêcher de creuser la question sous le regard de ma foi, de ce qu’en dit l’Eglise, la Bible, etc…

Singapour apparaît souvent comme un modèle d’harmonie religieuse. Une étude comparative sur la diversité religieuse dans le monde[2] place Singapour à la première place des pays ayant la plus grande diversité religieuse, et tout se passe relativement bien en effet. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un grain de sable qui pourrait enrayer la machine. Que se passerait-il en cas d’attentat terroriste ? Serions-nous solidaires ou aurions-nous plutôt tendance à montrer du doigt et généraliser ?

Il est déjà 12h30, en grand groupe, chacun partage ce qu’il retient de nos échanges. Les odeurs de poulet au gingembre et de gambas à la sauce aigre douce entre dans la pièce. C’est l’heure du déjeuner. À Singapour, il est rare de ne pas commencer ou finir une rencontre par un repas. C’est le moment des discussions informelles entre les participants. Au fur et à mesure de nos rencontres les liens d’amitiés se renforcent. Finalement, n’est-ce pas là le cœur du dialogue interreligieux ? Comme le rappelait le pape François avec d’autres responsables religieux en Juin dernier[3], l’amitié entre les croyants est essentielle.

 

[1] https://www.facebook.com/ExplorationsintoFaith/

[2] http://www.pewforum.org/2014/04/04/global-religious-diversity/

[3] http://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/video-pape-souligne-lenrichissement-dialogue-interreligieux-2017-06-16-1200855570

Singapour est un singulier laboratoire interreligieux

Article publié dans La Croix.

Dorian Malovic, le 19/07/2017

La diversité ethnique et religieuse de la cité–État de presque 6 millions d’habitants encourage le gouvernement à une tolérance vis-à-vis de tous.

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Bénédiction des dix représentants religieux avant le Grand Prix de Formule de 1 de Singapour. / E. Su/Reuters

De notre envoyé spécial

« Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour », a lancé le ministre de l’intérieur, K. Shanmugan, en février dernier lorsqu’un imam a tenu des propos diffamatoires sur les juifs et les chrétiens. L’imam venu d’Inde a été condamné à payer une forte amende et a été ramené à la frontière. De la même façon en 2009, un couple de chrétiens avait été condamné à huit semaines de prison pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam. « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…) et il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Le Père Bruno Saint Girons des Missions étrangères de Paris (MEP), à Singapour depuis des années, ne s’étonne pas de l’attitude très claire du gouvernement de ­Singapour à l’égard des religions et du respect mutuel que chacun doit montrer. « Ici on ne plaisante pas avec les religions qui toutes ont leur place sur un petit territoire et où se côtoient tant d’origines ethniques et près de dix croyances différentes (1). De la même façon les propos racistes sont condamnés par la justice. » Membre de la commission diocésaine pour le dialogue interreligieux et l’œcuménisme, il participe activement à des cercles interreligieux, des rencontres, des échanges, « très souvent à l’initiative des musulmans d’ailleurs, c’est très précieux et je peux dire que se vit ici un véritable laboratoire interreligieux unique en son genre». Pour lui cette démarche dépasse « la simple tolérance », il s’agit de faire coexister de multiples différences avec « sincérité ».

Dans un contexte singapourien singulier, 5,6 millions d’habitants sur un petit territoire de la taille de Paris et de la petite couronne, « l’harmonie sociale et l’unité du pays » a toujours été le mot d’ordre du régime depuis l’indépendance en 1965. Pour André Ahchak, porte-parole de l’archevêché de Singapour, « le gouvernement encourage et soutient le dialogue entre toutes les religions afin que chacun sente sa responsabilité et le rôle qu’il a à jouer afin de maintenir une bonne entente, source de paix et de compréhension mutuelle ».

Le philosophe écrivain musulman Imran Mohamed, 40 ans, un modèle d’engagement interreligieux à Singapour, ne dit pas autre chose : « Ici à Singapour ce dialogue et ces échanges entre bouddhistes, hindous ou chrétiens ne sont pas une chimère, ce ne sont pas que des mots faits pour nous rassurer, il se vit dans la réalité. » À une époque où la menace terroriste islamique se fait sentir de plus en plus en Asie du Sud-Est, il prend son rôle de pédagogue et de « passeur de savoir » très au sérieux. Il y va de l’harmonie religieuse à Singapour.

Dorian Malovic

Pour rire…

Un peu d’humour interreligieux en période de vacances. L’antithèse de l’intégriste est à mon avis celui qui sait rire de lui-même…

Lève-toi et marche !

Je suis allé à un séminaire interreligieux. Un évêque est venu, posa ses mains sur ma main et me dit: «Par la volonté de Jésus-Christ, vous marcherez aujourd’hui!»
J’ai souri et lui ai dit que je n’étais pas paralysé.
Un rabbin est venu, posa ses mains sur ma main et dit: «Par la volonté du Dieu Tout-Puissant, vous marcherez aujourd’hui!»
J’étais moins amusé quand je lui ai dit que j’allais très bien.
Un iman est venu, a pris mes mains et dit: «Incha Allah, vous marcherez aujourd’hui! »
J’ai craqué et ai protesté: «Je suis en pleine forme!»
Un moine bouddhiste est venu, a tenu mes mains et dit: «Par la volonté de Bouddha, vous marcherez aujourd’hui!»
Je lui ai fait savoir un peu agressivement qu’il se trompait de personne.
Enfin, un prêtre hindou est venu, a tenu mes mains et a ajouté : « Par la volonté de Dieu, vous marcherez aujourd’hui. »
J’ai ricané et ai fait semblant de l’ignorer.
Après le séminaire, je suis sorti et ai réalisé que ma voiture avait été volée.
Je crois aujourd’hui en toutes les religions, également.

dans un bar

(Jeu de mot en anglais : « un pasteur, un prêtre et un rabbin entre dans une barre/un bar »)

Du haut de la Tour Eiffel

C’est l’histoire d’un musulman, d’un bouddhiste et un chrétien. Ils sont en haut de la Tour Eiffel et veulent se prouver la toute-puissance de leur croyance. Le chrétien saute dans le vide et dit à haute voix :
– Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, et il s’écrase en bas, mort.
Le bouddhiste saute et crie à haute voix :
– Bouddha, Bouddha, Bouddha, Bouddha, et au bout de 10 mètres, il s’arrête de tomber et se retrouve sur les escaliers qu’il descend tranquillement à pied.
Enfin le musulman saute et crie à haute voix :
– Allah, Allah, Allah, Allah, Allah et au bout de 10 mètres il crie : Bouddha, Bouddha, Bouddha, Bouddha !

Examens

(Paru dans un journal singapourien : Les jeunes désertent la religion. « D’après les infos, de plus en plus de jeunes ne croient pas au divin » « Pourtant, j’ai remarqué qu’ils sont encore beaucoup à prier…le jour de la publication des résultats d’examens. »)

J’achète !

Un catholique, un protestant, un musulman et un juif discutent dans un café :
– J’ai une grande fortune. Et j’achèterais bien la Citibank ! Dit le catholique.
– Je suis très riche et j’achèterais bien la General Motors ! Dit le protestant
– Je suis un prince fabuleusement riche… Je vais acheter Microsoft ! Dit le musulman
Ensuite viens le tour du juif… Il remue son café, place la cuillère proprement sur la table, prend une petite gorgée de café, les regarde et dit avec désinvolture :
– Je ne vends pas !

Paradis interreligieux

(Centre de tri des âmes. « Bouddhiste? – recyclable. Hindou? – recyclable. Luthérien? – Non-recyclable. Krishna? – Oui. Catholique? – Non. Agnostique? – Fais-le à pile ou face. »)