Le Feng Shui à Singapour

Dans un pays où les croyances sont multiples, les mélanges et les superstisions ne sont pas rares. Le Feng Shui est une croyance de tradition chinoise, qui est présente partout à Singapour, notamment dans l’architecture. Il s’agit d’être en harmonie avec son environnement pour faciliter le flot des énergies vitales. Je viens de lire un très bon article sur le sujet, écrit par un excellent blogueur qui vit à Singapour: Louis.

Bonne lecture:

Superstitions à Singapour : l’impact insoupçonné du Feng Shui

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Halimah Yacob, femme, musulmane et présidente de la République de Singapour.

Halimah Yacob, musulmane de la minorité malaise, est devenue présidente de la République de Singapour : c’est la seule candidate à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections présidentielles.

Lundi 11 septembre, le comité électoral a confirmé que les élections présidentielles de Singapour n’auront pas lieu. Halimah Yacob, 63 ans, présidente du Parlement jusqu’à sa démission en août dernier, est la seule des trois candidats à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections. Celles-ci, réservées exclusivement aux candidats de la minorité malaise de Singapour, auraient dû se tenir le 23 septembre.

La présidente de la République aura essentiellement un rôle cérémoniel, comme ses prédécesseurs, car l’exécutif est entre les mains du Premier ministre Lee Hsien Loong (fils de Lee Kuan Yew, le ‘père de la nation’). Elle détient néanmoins des pouvoirs de veto sur la nomination des postes clés du gouvernement et l’utilisation des réserves financières de Singapour. Normalement, l’accession à ce poste d’une femme issue d’une minorité, qui plus est, musulmane pratiquante portant le voile, dans un Etat laïque et majoritairement chinois (1) devrait être considérée comme une percée remarquable. Cette victoire facile est en fait très controversée.

Une figure publique reconnaissable

Le 6 août dernier, Madame Halimah Yacob annonçait qu’elle se présenterait aux élections présidentielles. « Je fais confiance aux Singapouriens pour voir au-delà du voile, au-delà de la religion, au-delà de la race, au-delà du genre, car c’est ce qui est à la base de notre système » affirmait-elle. Pourtant les Singapouriens ne lui reprochent ni sa religion, ni le fait qu’elle soit une femme. La critique qui revient le plus souvent est le fait d’avoir nié son héritage indien et de prétendre être indépendante alors qu’elle est un ‘produit’ du PAP, le Parti de l’Action du Peuple, au pouvoir depuis l’indépendance de la cité-Etat.

Qui est Halimah Yacob ? Son père d’origine indienne et de religion musulmane est mort quand elle avait huit ans. C’est donc sa mère d’origine malaise qui l’a élevée. Les origines ethniques sont importantes à souligner, car cette élection présidentielle, la première de ce genre, était réservée aux candidats de la minorité malaise de Singapour. Or, certains ont mis en doute le fait que Madame Yacob puisse se présenter car la ‘race’ (2) est traditionnellement considérée comme étant celle du père, et non de la mère. Après avoir fait des études de droit, Mme Yacob fut avocate. C’est en 2001 qu’elle s’est engagée en politique et, à l’âge de 47 ans, elle fut élue députée. En 2011, elle est devenue ministre d’État au ministère du Développement communautaire, de la Jeunesse et des Sports, puis ministre d’État au ministère du Développement social et familial l’année suivante. Sur proposition du Premier ministre Lee Hsien Loong, elle a été élue présidente du Parlement le 14 janvier 2013, devenant ainsi la première femme à tenir ce poste dans l’histoire de la République.

Être ou ne pas être malais ?

Pour cette élection résevée aux Malais, la question de savoir si un candidat à la présidence est « assez malais » était au centre des débats de ces dernières semaines. Deux autres personnes s’étaient présentées pour faire face à Madame Yacob, mais tout comme elle, leur identité ethnique était mise en doute : M. Salleh Marican, dont le père était indien, s’est un peu embrouillé dans son malais lors d’une interview et M. Farid Khan  est d’origine pakistanaise sur sa carte d’identité.

Dans la constitution singapourienne: une « personne appartenant à la communauté malaise » est définie comme étant de race malaise ou autre, mais se considérant comme membre de la communauté malaise et généralement acceptée comme tel par celle-ci.

« Pour l’instant, les politiques clés de Singapour dépendent encore de l’utilisation du modèle CMIO[Chinois, Malais, Indiens et Autres (3)]. […] Les identités raciales et culturelles demeurent importantes pour la plupart des Singapouriens », souligne Eugene Tan, professeur de droit à l’Université de Management de Singapour« Alors que Singapour s’épanouit en tant que nation, l’importance du système CMIO dans la sphère publique devrait diminuer progressivement. Chaque Singapourien a plusieurs identités et aucune classification ne peut jamais en capturer toutes les nuances », ajoute-t-il. Et de préciser : « reconnaître que les identités multiples font partie intégrante de Singapour est vital pour les relations ethniques ».

Une commission a été mise en place pour juger de l’ethnicité de chaque candidat. Mme Halimah Yacob, M. Salleh Marican et M. Farid Khan ont tous les trois reçu leur certificat stipulant qu’ils faisaient bien partie de la communauté malaise. Mais au final, seule Mme Yacob a pu obtenir un certificat d’éligibilité, car elle avait occupé un poste clé dans le service public pendant plus de trois ans. Les deux autres venant du secteur privé devaient justifier de trois ans de travail à la tête d’une entreprise dotée d’un capital d’au moins 500 millions de dollars singapouriens (330 millions d’euros), et ce n’était pas le cas.

Le jeu politique du gouvernement

Le PAP a mis en place ces changements dans le processus électoral afin, soi-disant, d’élargir la représentation politique des minorités ; et les dirigeants, dont le Premier ministre Lee Hsien Loong, ont été forcés de nier que les nouvelles règles allaient à l’encontre de l’éthique méritocratique de Singapour. De nombreux observateurs estiment en fait que ces critères auraient plutôt été mis en place pour barrer la route à l’un des candidats malheureux des dernières élections (en 2011): le docteur Tan Cheng Bock avait perdu de justesse face au candidat officiel Tony Tan, mais il comptait bien se représenter cette année.

La majorité des Singapouriens semblent néanmoins être d’accord sur le fait que Mme Halimah Yacob devrait être une bonne présidente. Mais comme le souligne Md Suhaile, un journaliste singapourien, le fait d’avoir été ‘élue’ grâce à une élection réservée aux malais nourrit le stéréotype des malais qui ne sont tout simplement pas aussi bons que les autres. Il y a quelques jours, Lawrence Chong, un jeune singapourien engagé dans le dialogue interreligieux indiquait sur Facebook « Je m’inquiète vraiment des conséquences de cette élection présidentielle sur nous en tant que nation. Les commentaires en ligne ne vont pas dans la bonne direction et je crains que le discours nous divise et laisse des blessures béantes dans notre tissu social. Je me demande pourquoi le gouvernement n’a pas choisi un candidat malais lors d’élections précédentes si c’était un problème. Il y a un antécédent, le gouvernement a soutenu le président Nathan [NDLR : SR Nathan, indien, fut le président de Singapour de 1999 à 2011] qui a assumé sa tâche avec sagesse et grâce. Alors, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas laissé ces élections ouvertes à tous, en soutenant Halimah, qui est une excellente candidate ? C’est ce qui me surprend le plus. »

« Si nos dirigeants croient vraiment à la diversité, pourquoi ne préconisons-nous pas que le Premier ministre soit aussi issue d’une minorité ? » questionne Jeraldine, une jeune blogueuse. Elle fait ici référence à la succession du Premier ministre, Lee Hsien Loong, qui a annoncé sa retraite prochaine. Le vice-Premier ministre Tharman Shanmugaratnam, semble être la personnalité préférée des Singapouriens pour lui succéder, mais il est indien.

Dans un entretien avec la BBC en mars dernier, Lee Hsien Loong expliquait : « à Singapour, c’est bien mieux qu’avant, mais la race et la religion comptent toujours. […] Je pense que les considérations ethniques ne sont jamais absentes lorsque les électeurs votent et cela rend les choses difficiles, ce n’est pas impossible, et j’espère qu’un jour il y aura un Premier ministre non chinois, mais vous me demandez si cela va arriver demain, je ne le pense pas. »

 

(1) Selon le recensement de 2015, Singapour compte près de 5,4 millions d’habitants ; les malais représentent 13,3 %, les indiens 9,1 % et les autres minorités 3,3 % d’une population à majorité chinoise (74,3 %).

(2) Le terme de ‘race’ pourrait choquer, mais dans le contexte singapourien, votre ‘race’ est mentionnée sur votre carte d’identité.

(3) La population est catégorisée en fonction des origines ethniques de chacun pour favoriser une sorte de discrimination positive dans de nombreux domaines, tels que l’accession au logement ou à l’éducation.

EiF: Un dialogue interreligieux basé sur des échanges en profondeur.

Sous l’habituelle moiteur singapourienne, c’est à 9h00 que je rejoins une trentaine de personnes devant la cathédrale du Bon Berger (Cathedral of the Good Shepherd). Nous nous sommes donnés rendez-vous pour visiter l’édifice nouvellement restauré. Parmi nous, il y a Aaron, un musulman dont le père était chrétien avant d’épouser sa mère et de se convertir à l’islam ; Thavam, une hindoue qui cherche depuis longtemps à approfondir la foi de sa mère qui se réduit souvent, selon elle, à des rites mécaniques et répétitifs ; Chew Lin, elle, vient d’une famille bouddhiste, mais elle est allée dans une école chrétienne et se dit aujourd’hui agnostique, mais très intéressée par la question du religieux… Tous font partie de l’EiF (Explorations into Faiths[1]), un groupe de jeunes adultes qui se réunissent régulièrement pour s’engager dans un dialogue interreligieux.

Quelques participants de l’EiF visitant la cathédrale du Bon Pasteur

J’ai découvert l’EiF il y a 6 ans. À l’époque, je souhaitais lever le pied par rapport à mes engagements professionnels et m’investir un peu plus dans ce qui a toujours été un de mes centres d’intérêt : le dialogue interreligieux. Bruno Saint Girons, prêtre des MEP, m’a alors conseillé de contacter l’EiF. Je me suis inscrit à une formation sur deux week-ends durant lesquels j’ai fait la connaissance d’une vingtaine de personnes désirant, comme moi, aller plus loin dans la rencontre de l’Autre. Aujourd’hui, je suis devenu ‘facilitator’, c’est-à-dire animateur de petits groupes de discussions sur des sujets sensibles souvent en lien avec la religion ou l’ethnicité.

Depuis 2007, l’EiF forme des ‘facilitators’, organise des conférences et des rencontres mensuelles sur des sujets de réflexion tels que « la foi et l’écologie », « la foi et l’orientation sexuelle », « la foi et la musique », etc… Le but est d’avoir un échange en profondeur, basé sur l’expérience de vie de chacun : « Comment ma foi, mes valeurs, influencent mon quotidien ? Comment je me situe par rapport au sujet proposé… ». Le dialogue commence parfois par la présentation d’une religion ou la visite d’un lieu de culte comme c’est le cas aujourd’hui.

Mabel, notre guide, est bénévole et à la retraite. Elle se présente et nous explique qu’elle a été baptisée à l’âge de 21 ans. Elle a vu un jour son prof de maths, un homme imposant qui lui tirait régulièrement les oreilles, s’agenouiller devant un Christ en croix. « Quel est ce Dieu devant lequel même mon prof de maths se met à genoux ? » s’est-elle alors demandé. Ce fut le début de son cheminement vers le baptême… C’est avec beaucoup d’enthousiasme que Mabel nous a parlé des premiers missionnaires français, à l’origine de la construction de la cathédrale. Elle mentionne en particulier Saint Laurent Imbert (MEP), le premier missionnaire catholique à se rendre à Singapour en 1821. La dédicace de l’église au Bon Pasteur provient de la note qu’il a écrite à ses confrères missionnaires, leur expliquant qu’il allait se rendre aux autorités pour sauver son troupeau de l’extermination pendant une période de persécution chrétienne en Corée : « Dans des circonstances désespérées, le bon berger donne sa vie pour ses brebis ». Il a été décapité le 21 septembre 1839. Les nouvelles de son martyre sont arrivées à Singapour lorsqu’on y cherchait un nom pour l’église et le ‘bon berger’ a été choisi. Aujourd’hui, la cathédrale abrite les reliques de Saint Laurent Imbert.

La cathédrale du Bon Pasteur récemment restaurée

Nous entrons dans la cathédrale. Heureusement, l’intérieur est climatisé. L’édifice a été béni et ouvert par le père Jean-Marie Beurel (MEP), le 6 juin 1847. Le père Beurel est également responsable de la fondation de la « Saint Joseph Institution », une école de garçons, et du « Holy Infant Jesus Convent », une école de filles. Comme nous l’explique Mabel, l’église catholique a à cœur le bien de la communauté au sens large, et on sent bien que Mabel a une admiration toute particulière pour le père Beurel qui s’est beaucoup démené pour mener à bien tous ses projets.

Après la visite, nous nous retrouvons dans une des salles de l’évêché pour deux heures de dialogue. Le thème du jour : « la foi et le dialogue interreligieux ». Certains participants sont nouveaux, invités par des amis ou simplement curieux de découvrir ce qui se dit dans ce type de rencontre. D’autres sont des habitués. Victor est anglican, mais se dit plus à l’aise chez les luthériens. Ariz est un jeune musulman ayant découvert la richesse de la discussion interreligieuse en partageant sa chambre d’étudiant avec un chrétien. Cheryl, notre animatrice principale aujourd’hui, est catholique et c’est elle qui a choisi ce sujet qui lui tient à cœur, elle a d’ailleurs invité son mari et son père pour l’occasion.

Après une brève présentation de chacun, Cheryl nous propose ‘d’accorder nos violons’ : « Nous allons nous engager dans un dialogue de vie et non dans un débat d’idées. Comment pouvons-nous mettre en place une atmosphère de confiance et de soutien afin que chacun puisse partager ce qu’il ressent ? Quelles attitudes et quels comportements devons-nous attendre les uns des autres afin d’avoir un dialogue significatif ». Les règles de l’échange émises par les uns et les autres sont alors affichées au tableau pour que chacun se sente concerné.

Engagement de chacun avant le dialogue

Le véritable dialogue se déroulera en petits groupes de 5 à 6 personnes autour d’un ‘facilitator’. Dans mon groupe, je commence par leur demander d’écrire un mot sur un post-it : « Notez un mot pour décrire une interaction interconfessionnelle, une rencontre que vous avez eue ou que vous avez décidé de ne pas avoir. » Par la suite, j’invite chacun à partager ce qui se cache derrière ce mot et la discussion s’amorce naturellement. Il s’agit avant tout d’un partage de vie et non d’un échange intellectuel sur les tenants et les aboutissants du dialogue interreligieux. L’une des personnes de mon groupe fait part de sa gêne : lorsqu’elle était à l’école, des chrétiens un peu trop prosélytes lui ont affirmé qu’elle irait en enfer si elle ne croyait pas en Jésus Christ ! Elle est hindoue et s’est sentie marginalisée par ses camarades de classe. Un autre nous explique qu’il est ravi de se retrouver dans ce genre de discussion aujourd’hui, car sa première expérience de dialogue interreligieux fut très superficielle selon lui. Il était allé à une rencontre de l’IRO (Inter-Religious Organisation), un organisme qui se veut indépendant, mais qui est en fait très lié avec le gouvernement et qui rassemble essentiellement des représentants officiels des 10 religions reconnues à Singapour…

Les rencontres de l’EiF sont très enrichissantes. Nous ne sommes pas là pour parler au nom de notre religion, même s’il peut y avoir parmi nous des experts dans le domaine, nous discutons simplement en tant qu’expert de notre vie, de notre expérience. Nous ne faisons pas de syncrétisme, il ne s’agit pas de dire que toutes les religions se valent. Les partages sont d’autant plus riches que chacun vit de sa foi ou de ses convictions. Personnellement, j’ai pu me rendre compte que ma foi catholique s’en trouve approfondie, car lorsque nous abordons un sujet, je ne peux m’empêcher de creuser la question sous le regard de ma foi, de ce qu’en dit l’Eglise, la Bible, etc…

Singapour apparaît souvent comme un modèle d’harmonie religieuse. Une étude comparative sur la diversité religieuse dans le monde[2] place Singapour à la première place des pays ayant la plus grande diversité religieuse, et tout se passe relativement bien en effet. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un grain de sable qui pourrait enrayer la machine. Que se passerait-il en cas d’attentat terroriste ? Serions-nous solidaires ou aurions-nous plutôt tendance à montrer du doigt et généraliser ?

Il est déjà 12h30, en grand groupe, chacun partage ce qu’il retient de nos échanges. Les odeurs de poulet au gingembre et de gambas à la sauce aigre douce entre dans la pièce. C’est l’heure du déjeuner. À Singapour, il est rare de ne pas commencer ou finir une rencontre par un repas. C’est le moment des discussions informelles entre les participants. Au fur et à mesure de nos rencontres les liens d’amitiés se renforcent. Finalement, n’est-ce pas là le cœur du dialogue interreligieux ? Comme le rappelait le pape François avec d’autres responsables religieux en Juin dernier[3], l’amitié entre les croyants est essentielle.

 

[1] https://www.facebook.com/ExplorationsintoFaith/

[2] http://www.pewforum.org/2014/04/04/global-religious-diversity/

[3] http://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/video-pape-souligne-lenrichissement-dialogue-interreligieux-2017-06-16-1200855570

Singapour est un singulier laboratoire interreligieux

Article publié dans La Croix.

Dorian Malovic, le 19/07/2017

La diversité ethnique et religieuse de la cité–État de presque 6 millions d’habitants encourage le gouvernement à une tolérance vis-à-vis de tous.

IRO

Bénédiction des dix représentants religieux avant le Grand Prix de Formule de 1 de Singapour. / E. Su/Reuters

De notre envoyé spécial

« Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour », a lancé le ministre de l’intérieur, K. Shanmugan, en février dernier lorsqu’un imam a tenu des propos diffamatoires sur les juifs et les chrétiens. L’imam venu d’Inde a été condamné à payer une forte amende et a été ramené à la frontière. De la même façon en 2009, un couple de chrétiens avait été condamné à huit semaines de prison pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam. « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…) et il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Le Père Bruno Saint Girons des Missions étrangères de Paris (MEP), à Singapour depuis des années, ne s’étonne pas de l’attitude très claire du gouvernement de ­Singapour à l’égard des religions et du respect mutuel que chacun doit montrer. « Ici on ne plaisante pas avec les religions qui toutes ont leur place sur un petit territoire et où se côtoient tant d’origines ethniques et près de dix croyances différentes (1). De la même façon les propos racistes sont condamnés par la justice. » Membre de la commission diocésaine pour le dialogue interreligieux et l’œcuménisme, il participe activement à des cercles interreligieux, des rencontres, des échanges, « très souvent à l’initiative des musulmans d’ailleurs, c’est très précieux et je peux dire que se vit ici un véritable laboratoire interreligieux unique en son genre». Pour lui cette démarche dépasse « la simple tolérance », il s’agit de faire coexister de multiples différences avec « sincérité ».

Dans un contexte singapourien singulier, 5,6 millions d’habitants sur un petit territoire de la taille de Paris et de la petite couronne, « l’harmonie sociale et l’unité du pays » a toujours été le mot d’ordre du régime depuis l’indépendance en 1965. Pour André Ahchak, porte-parole de l’archevêché de Singapour, « le gouvernement encourage et soutient le dialogue entre toutes les religions afin que chacun sente sa responsabilité et le rôle qu’il a à jouer afin de maintenir une bonne entente, source de paix et de compréhension mutuelle ».

Le philosophe écrivain musulman Imran Mohamed, 40 ans, un modèle d’engagement interreligieux à Singapour, ne dit pas autre chose : « Ici à Singapour ce dialogue et ces échanges entre bouddhistes, hindous ou chrétiens ne sont pas une chimère, ce ne sont pas que des mots faits pour nous rassurer, il se vit dans la réalité. » À une époque où la menace terroriste islamique se fait sentir de plus en plus en Asie du Sud-Est, il prend son rôle de pédagogue et de « passeur de savoir » très au sérieux. Il y va de l’harmonie religieuse à Singapour.

Dorian Malovic

Pour rire…

Un peu d’humour interreligieux en période de vacances. L’antithèse de l’intégriste est à mon avis celui qui sait rire de lui-même…

Lève-toi et marche !

Je suis allé à un séminaire interreligieux. Un évêque est venu, posa ses mains sur ma main et me dit: «Par la volonté de Jésus-Christ, vous marcherez aujourd’hui!»
J’ai souri et lui ai dit que je n’étais pas paralysé.
Un rabbin est venu, posa ses mains sur ma main et dit: «Par la volonté du Dieu Tout-Puissant, vous marcherez aujourd’hui!»
J’étais moins amusé quand je lui ai dit que j’allais très bien.
Un iman est venu, a pris mes mains et dit: «Incha Allah, vous marcherez aujourd’hui! »
J’ai craqué et ai protesté: «Je suis en pleine forme!»
Un moine bouddhiste est venu, a tenu mes mains et dit: «Par la volonté de Bouddha, vous marcherez aujourd’hui!»
Je lui ai fait savoir un peu agressivement qu’il se trompait de personne.
Enfin, un prêtre hindou est venu, a tenu mes mains et a ajouté : « Par la volonté de Dieu, vous marcherez aujourd’hui. »
J’ai ricané et ai fait semblant de l’ignorer.
Après le séminaire, je suis sorti et ai réalisé que ma voiture avait été volée.
Je crois aujourd’hui en toutes les religions, également.

dans un bar

(Jeu de mot en anglais : « un pasteur, un prêtre et un rabbin entre dans une barre/un bar »)

Du haut de la Tour Eiffel

C’est l’histoire d’un musulman, d’un bouddhiste et un chrétien. Ils sont en haut de la Tour Eiffel et veulent se prouver la toute-puissance de leur croyance. Le chrétien saute dans le vide et dit à haute voix :
– Jésus, Jésus, Jésus, Jésus, et il s’écrase en bas, mort.
Le bouddhiste saute et crie à haute voix :
– Bouddha, Bouddha, Bouddha, Bouddha, et au bout de 10 mètres, il s’arrête de tomber et se retrouve sur les escaliers qu’il descend tranquillement à pied.
Enfin le musulman saute et crie à haute voix :
– Allah, Allah, Allah, Allah, Allah et au bout de 10 mètres il crie : Bouddha, Bouddha, Bouddha, Bouddha !

Examens

(Paru dans un journal singapourien : Les jeunes désertent la religion. « D’après les infos, de plus en plus de jeunes ne croient pas au divin » « Pourtant, j’ai remarqué qu’ils sont encore beaucoup à prier…le jour de la publication des résultats d’examens. »)

J’achète !

Un catholique, un protestant, un musulman et un juif discutent dans un café :
– J’ai une grande fortune. Et j’achèterais bien la Citibank ! Dit le catholique.
– Je suis très riche et j’achèterais bien la General Motors ! Dit le protestant
– Je suis un prince fabuleusement riche… Je vais acheter Microsoft ! Dit le musulman
Ensuite viens le tour du juif… Il remue son café, place la cuillère proprement sur la table, prend une petite gorgée de café, les regarde et dit avec désinvolture :
– Je ne vends pas !

Paradis interreligieux

(Centre de tri des âmes. « Bouddhiste? – recyclable. Hindou? – recyclable. Luthérien? – Non-recyclable. Krishna? – Oui. Catholique? – Non. Agnostique? – Fais-le à pile ou face. »)

 

Pourquoi tu portes le voile (2ème partie)

Voici la suite des témoignages de mes amies singapouriennes concernant le port du voile. Elles s’expriment ici en leur nom propre et ne prétendent pas représenter toutes les musulmanes qui, on l’aura compris, sont toutes différentes…

Le voile m’a libéré

Je m’appelle Fistri, je suis musulmane. Cela fait 16 ans que je porte le ‘hijab’. Contrairement à ce qu’on peut penser, un hijab n’est pas seulement un foulard ou une coiffure. Il couvre beaucoup plus que cela, c’est un code vestimentaire. Si vous êtes une femme, il couvre les formes de votre corps et permet que votre visage et vos mains soient visibles; pour les hommes, cela signifie se couvrir du nombril aux genoux. C’est aussi un code qui inclut la façon dont vous parlez, pensez et vous comportez. Comme l’islam lui-même, ce code est assez englobant. Comme l’Islam aussi, c’est un code qui vous guide et vous motive à être une meilleure personne et à accorder vos actions, vos souhaits et vos désirs à votre foi. Le but est ainsi de canaliser ses passions pour devenir une meilleure musulmane, pour plaire à Allah en adhérant à ses paroles.

Fistri

Fistri

J’ai longtemps réfléchi avant de porter le voile. Je pensais que je n’étais pas une assez bonne musulmane pour ça, je n’étais pas prête, mes rêves et mes aspirations ne correspondaient pas, j’aimais trop la vie. Après tout, je faisais la fête jusqu’au matin quand j’étais à l’université (même si je ne buvais pas). J’aimais beaucoup les vêtements sexy, je n’avais que quelques foulards et des robes longues que je gardais pour les funérailles ou les rassemblements religieux. Je voulais travailler dans la publicité, alors j’ai étudié le marketing. Je savais que l’industrie de mon choix ne m’accueillerait pas à bras ouverts si je faisais le choix du voile.

Mais tout cela a changé le jour où mon père a décidé que la famille ferait l’Oumra[1] (le pèlerinage mineur) et quand le World Trade Center a été attaqué. Techniquement, je n’étais pas obligée d’être en hijab avant de faire l’Oumra, mais quelque chose en moi s’est déclenché. Peut-être que ce sont les commentaires et les articles que j’ai lus sur les attentats, décrivant ma religion comme dure, inhumaine et déconnectée, qui m’ont poussée.

Je sais que ma religion n’est pas tout cela, c’est tout le contraire. Ma religion encourage les fidèles à se saluer en se disant « la paix soit avec vous », obligeant ainsi les gens à pardonner les mauvaises actions et les rancœurs entre eux et à prier pour le bien-être de chacun. Cette religion ne peut être une religion de haine et de meurtriers. Alors j’ai décidé d’être courageuse et j’ai fait le premier pas pour reconnaître ma foi et tout ce qui vient avec, le voile étant le plus difficile pour une femme moderne comme moi.

Est-ce que cela a changé ma vie de façon drastique ? J’ai eu des difficultés à obtenir un emploi, bien que ce que je portais n’ait pas été pointé du doigt explicitement. Je suis consciente que pour la plupart des gens, le voile est un symbole d’oppression, du passé et de la culture patriarcale arabe. Encore une fois, c’est plutôt le contraire. Je me suis sentie davantage considérée en tant que personne après le port du voile. Les hommes et les gens, en général, sont capables de me parler et d’écouter mes idées au lieu d’être distrait par mon physique. Je me souviens d’une ex-collègue qui déplorait la façon dont notre patron parlait toujours à sa poitrine plutôt que d’écouter ses idées… Cela ne m’est jamais arrivé à l’évidence.

Je suis aussi plus consciente de la façon dont je me comporte, parle, pense et articule mes pensées car mon voile me rappelle qu’il faut adhérer aux voies du Prophète : dire la vérité, ne pas parler si ce que je veux dire va nuire aux autres, discuter, être patiente, ne pas juger et sourire plus. Le sourire n’est pas une hypocrisie pour obtenir quelconques faveurs, c’est quelque chose de merveilleux qui me permet d’avoir tellement d’amis. Mes amis et confidents sont athées, agnostiques, bouddhistes, chrétiens et hindous. Nous mangeons ensemble, regardons des films, voyageons dans le monde et nous passons généralement de bons moments ensemble sans que cela n’entrave mes 5 obligations de prières quotidiennes (qui peuvent être faites n’importe où) et mon régime alimentaire (halal si possible, sinon, fruits de mer).
Est-ce que cela m’a empêché d’être une femme moderne et active? Je ne fais plus la fête comme avant, je lis plus, je fais du bénévolat dans les musées, je danse la zumba, je fais plus de sport et je voyage seule plus facilement. Le voile ne m’a pas emprisonné, il m’a libéré.

Fistri

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Oumra

La boule de glace sur ma tête

Je m’appelle Liyana, je suis une musulmane malaise de 31 ans, née dans la ville cosmopolite de Singapour.
Je suis née dans une famille musulmane conservatrice. Permettez-moi de définir ce que veut dire ‘conservatrice’ pour moi parce que, je pense que le terme lui-même peut porter à confusion. Je définis ma famille comme conservatrice parce que j’ai toujours vu mes parents s’efforcer d’être de bons musulmans en suivant de près les enseignements de l’islam; faire leurs prières quotidiennes, assister à des conférences religieuses et nous élever, ma sœur et moi, selon les valeurs islamiques. Nous avons toutes les deux été envoyées dans des classes religieuses très jeunes, afin de pouvoir apprendre l’arabe et avoir une meilleure compréhension de notre religion à mesure que nous grandissions.

Par ailleurs, mes parents affichaient des valeurs positives et progressistes : être de bons Singapouriens et des citoyens inclusifs. Dans ma jeunesse, nous habitions un appartement et nous avions de merveilleux voisins chinois, malais et indiens. J’ai grandi en jouant avec leurs enfants; nous nous invitions à jouer chez les uns et les autres. Quand il y avait une fête, nous partagions la nourriture avec nos voisins et je me souviens que quand je rentrais de l’école et que mes parents n’étaient pas à la maison, mes voisins chinois m’invitaient chez eux en attendant leur retour. Beaucoup de Singapouriens ont ce genre de relation, et je suis très fière d’en faire partie.

Quand j’ai eu 4 ans, mes parents ont commencé à m’encourager lentement à l’idée de porter le voile, également connu sous le nom de ‘hijab’. Ils croyaient que porter le voile était un devoir religieux pour chaque femme musulmane et je devais donc commencer à le porter très jeune afin de m’y habituer. Pour eux, c’était ce que commandait le Coran, et la plupart des juristes musulmans affirment que c’est une obligation. À cet âge, j’ai mal compris le concept du hijab. Je l’ai pris comme une tenue religieuse portée par les femmes musulmanes dans ma communauté et je l’utilisais parce que presque toutes les musulmanes le portaient.
Mon père est plutôt strict. Il m’encourage constamment à porter le hijab. Ma mère, par contre, a commencé à le porter beaucoup plus tard dans sa vie, et est donc plus cool avec la pratique. Durant mon enfance, je ne portais pas toujours le voile. Je le mettais et l’enlevais quand j’en avais envie. J’ai commencé à le porter constamment dès que j’ai atteint la puberté. J’ai continué mon lycée et mon enseignement pré-universitaire dans un ‘Madrasah’, une école islamique privée, qui enseigne des matières religieuses et laïques. À l’école, je percevais le voile comme un uniforme scolaire, un symbole de modestie et un devoir religieux à respecter.

Pendant toute cette période, je n’ai jamais vu le port du hijab comme une phase de la vie, j’ai simplement grandi avec, contrairement à certaines de mes amies pour qui l’idée de mettre le voile est presque un saut dans l’inconnu, une transformation de leur vie. Ce n’est que récemment que j’ai commencé à réfléchir à la signification du hijab, surtout après avoir reçu beaucoup de questions de la part d’amis d’autres religions qui en sont curieux. Par ailleurs, certaines de mes amies musulmanes ont du mal à porter le voile pour de nombreuses raisons. Certaines ne peuvent pas se faire à l’idée du port du voile comme étant obligatoire. D’autres estiment qu’elles le portent simplement pour plaire à leurs parents et elles refusent de vivre cette hypocrisie. Certaines l’ont abandonné, car elles pensent que la pudeur c’est beaucoup plus que le simple fait de se couvrir… Nous sommes toujours amies, c’est la vie qui suit son cours. A Cause de tout cela, j’ai commencé à creuser la question du hijab…

Liyana

Liyana (Photo de Priyank Valani)

(Liyana fait alors une analyse de plusieurs passages du Coran. Pour ne pas faire trop long, je vous renvoie à mon article: le port du voile en 12 questions)

Sur la base de plusieurs versets du Coran et de l’interprétation des Hadith (les paroles du Prophète), la majorité des érudits traditionnels concluent que l’idée du hijab est d’observer une étiquette sociale. Ils soulignent également le fait que les femmes musulmanes doivent se couvrir, à l’exception du visage et des mains, lorsqu’elles font leurs prières.

L’accumulation et la compréhension de ces informations me permettent de conclure que cette sagesse primordiale à propos du voile ne consiste pas à se fixer sur la longueur du tissu ou à se cacher, il s’agit d’une responsabilité sociale et de la préservation de l’étiquette sociale dans l’interaction entre les hommes et les femmes. Et le port du voile au jour le jour est une question de liberté de choix. On ne devrait pas être obligé de le porter ou de l’enlever. Mais encore une fois, chaque pays et chaque communauté a un contexte et une culture différente sur la façon dont ils voient et imposent le voile comme règle sociale. Bien qu’il soit obligatoire pour chaque femme de se couvrir en Arabie Saoudite, ce n’est pas le cas dans d’autres pays où les musulmans sont majoritaires comme l’Indonésie ou la Malaisie. Porter le voile est un choix individuel. Il est aussi important de savoir que les différentes longueurs, couleurs et styles de voile (tels que ‘niqab’ qui couvre le visage et le ‘tchador’ qui couvrent entièrement tout) sont purement dus à la culture et au contexte différents et n’ont rien à voir avec une quelconque règle religieuse.

Dans le contexte actuel où les êtres humains font face à de nombreuses réalisations novatrices et sont en contact avec de nombreuses cultures à travers le monde, j’espère que nous sommes plus ouverts à la diversité. Le fait de porter des choses différemment ne signifie pas nécessairement que ce soit une aliénation. Nous devrions toujours essayer de comprendre le pourquoi derrière les choses.

C’est là que je suis reconnaissante de vivre à Singapour, un pays laïque et démocratique et qui, en même temps, offre à quelqu’un comme moi l’espace, la liberté et l’opportunité de coexister paisiblement et de servir ce pays. Porter le voile ne me rend jamais moins singapourienne que les autres. Tout comme les autres Singapouriens, j’aime nager dans une piscine publique, faire du sport, aller dans un café et voyager. En fait, le port du voile est souvent l’occasion du discuter avec les autres de nos différences en prenant un thé par exemple.

Je crois que les enfants nous enseignent souvent une grande sagesse dans l’appréciation des différences. Quand j’étais institutrice en maternelle pour une école internationale, je saluais mes élèves à leur arrivée tous les matins et ils me disaient bonjour avec enthousiasme en m’appelant Mme Liyana, la maîtresse qui a une boule de glace sur la tête. Ils avaient bien remarqué que le vêtement que je porte est différent et drôle. La différence ne leur posait pas plus de problème que ça, et c’est quelque chose que les adultes se devraient bien d’imiter.

Peut-être que nous devrions nous demander pourquoi nous sommes mal à l’aise face à un look différent? Est-ce parce que nous ne sommes pas habitués? Est-ce à cause d’un manque de contact avec la différence? Avons-nous un regard assez critique sur ce que nous lisons ou regardons dans les médias? Que faisons-nous pour nous assurer de l’exactitude des informations reçues? Avons-nous assez d’interaction avec les différents types de musulmanes pour comprendre pourquoi elles portent le voile? Avons-nous tenté d’avoir un dialogue avec nos collègues musulmans ou nos voisins pour répondre à notre inquiétude sur le sujet? Voilà pourquoi je crois que le dialogue avec les gens est extrêmement important. Le dialogue n’a pas pour but le consensus, mais le développement d’un respect mutuel afin de coexister malgré nos différences.

Liyana

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi tu portes le voile? (1ère partie)

Après avoir écrit un article sur le port du voile (« Le port du voile en 12 questions« ), j’ai voulu demandé à quelques amies musulmanes singapouriennes pourquoi elles portaient le voile. Leurs réponses m’ont étonné par leurs diversités reflétant des expériences de vie variées. Le choix du port du voile ne peut pas, encore une fois, être réduit à des explications simplistes, comme le montrent ces témoignages. Je remercie vraiment Noor, Fistri, Fadiah et Liyana pour leur sincérité sur un sujet qui peut parfois être très personnel.

Laissez-nous tranquille!

Cela me dérange à bien des niveaux que le voile soit un problème si important dans le monde aujourd’hui. Je ne peux pas parler au nom de tous les musulmans donc je vais parler en mon nom.

Le ‘hijab’ (le mot arabe a lui-même beaucoup plus de signification qu’un simple morceau de tissu sur la tête), c’est entre moi et Dieu. Un point c’est tout ! Il n’y a pas d’homme dans cette équation. La théorie selon laquelle il protège les femmes ou couvre leur beauté est erronée. J’ai lu une fois le commentaire d’un érudit musulman qui accompagne les fidèles et anime le pèlerinage à la Mecque. Selon lui, chaque année, de nombreuses femmes se plaignent de la façon dont elles sont scrutées ou même touchées tout en faisant le tour de la kaabah. Ces femmes ont beau se retourner pour regarder dans les yeux leur prédateur, ceux-ci n’hésitent pas à ricaner en retour, et tout cela au pied du monument le plus sacré pour les musulmans ! Des femmes en hijab ou en burqa se font aussi violer et il y a des femmes qui sont absolument magnifiques en hijab. Les Saintes Écritures (tous les livres saints) sont des mots, et les mots sont ouverts à l’interprétation. Cela dit, il y a aussi des groupes dans les traditions chrétiennes et judaïques qui honorent également le voile. Il en va de même pour certains groupes de Sikhs et d’Hindous.

Noor

Noor Mastura (au centre sur la photo)

Encore une fois, pour moi : c’est un acte que je fais uniquement pour Dieu, basé sur MON interprétation des Écritures. Et si quelqu’un décide de ne pas porter le voile, cela ne signifie pas qu’elle soit moins croyante que moi ; elle a juste une interprétation différente et qui est aussi valable que la mienne. C’est tout. Certains récemment ont comparé les femmes non-voilées à des bonbons sans emballage qui attirent les mouches. C’est absolument dégradant et insultant. Si vous pensez que seules les femmes voilées peuvent avoir une relation authentique avec Dieu, peut-être que vous devriez faire un peu d’autoréflexion sur le sujet.

Et puis il y a ces hommes qui s’insèrent dans l’équation entre les femmes, Dieu et notre voile. Ils agissent en espèce de médiateur, prétendant relever un aspect important pour faire fonctionner l’équation dans le but de contrôler les femmes : « Si vous ne portez pas le voile, je vais ressentir un désir envers vous et donc Dieu sera en colère contre vous ». Et c’est comme ça à travers toutes les religions et pour des millions d’autres raisons, pas seulement pour le voile. Arrêtons de dire n’importe quoi !

Noor Mastura

(Noor était déjà intervenue ici dans mon blog: « Message de Noel musulman« )

Ne m’identifiez pas à mon voile!

Apparemment, quand j’étais enfant, j’aurais dit à mes parents que je voulais le porter. J’y voyais sans doute quelque chose de bon, j’ai toujours été très intéressée par la religion et la foi. J’ai été amenée à porter le voile régulièrement depuis l’âge de la puberté (à l’exception de l’école à cause des uniformes[1]). Pour être honnête, je n’étais pas très heureuse de le porter en fait, parce que je trouvais que ça manquait d’originalité. Je me sentais moche, et cela s’ajoutait aux problèmes d’image corporelle que j’avais déjà. Mes premières règles n’ont pas amélioré les choses : j’ai ressenti un profond sentiment de honte en moi-même parce que je sentais que mon corps était source de péché.

En tant que jeunes filles, on nous enseignait dans les classes religieuses que nous devenions responsables de nos péchés à partir de la puberté, j’ai donc été consternée quand mes règles sont apparues. Le tudung[2] a fait partie de ce sentiment de rancœur que j’éprouvais déjà envers mon propre corps et mon image, d’autant plus qu’il m’était imposé par mon père. Son raisonnement était simple : le tudung est une obligation, et si nous ne le portons pas, il en sera tenu pour responsable dans l’au-delà. Je suppose qu’une grande partie de ma rancœur envers le port du voile vient aussi des expériences négatives que j’ai vécues pendant mes années de scolarité. Quand j’étais adolescente, il n’était pas courant pour les filles de porter le tudung, et les manifestations ouvertes de piété étaient tournées en ridicule par les autres. Contrairement à aujourd’hui, où il y a beaucoup plus de soutien et d’acceptation sociale pour les filles qui portent le voile.

La première fois que j’ai porté le tudung en public, avec mes amis, c’est quand nous sommes allés à un voyage scolaire à Malacca, quand j’avais 11 ans. Je me souviens de mes camarades, surtout les garçons, ricanant et se moquant de ma « piété ». J’étais la seule en tudung, et je me sentais mise à l’écart. Je l’ai quand même gardé pendant tout le voyage. Je suppose que j’avais l’impression que mes parents m’avaient chargée de le porter, et je n’ai donc pas voulu les trahir. Ce sentiment de ne pas vouloir trahir la confiance de mes parents est resté avec moi pendant longtemps, jusqu’au début de l’âge adulte. À l’âge de 13 ans, les élèves malais de mon école devaient organiser un spectacle traditionnel. Encore une fois, on m’a fait porter le tudung et j’étais vraiment embarrassée, parce que j’étais encore la seule à le porter. Certains camarades m’ont dit que j’avais l’air d’une vieille, et ça m’a mis très mal à l’aise. Je me souviens d’avoir essayé de me cacher la plupart du temps. Je me souviens aussi d’avoir été obligée de porter le tudung quand j’allais à des cours particuliers, à l’âge de 16 ans. Je me rappelle du sentiment de laideur me poussant à l’enlever avant d’entrer dans la classe. Fondamentalement, le tudung ne m’a pas aidé à me sentir bien dans ma peau.

En grandissant, j’ai progressivement accepté le tudung, sans doute parce qu’il faisait peu à peu partie de mon image en public. Le tudung, pour moi, n’a jamais été central dans la façon dont je me considérais comme femme musulmane. Je savais qu’au fond, je ne le portais que pour plaire à mes parents. Je n’ai jamais cru que c’était une obligation ou qu’il y avait quelque chose de divin à ce sujet. Je ne suis pas du genre à encourager le port du voile, et je n’aime pas être identifiée par mon voile. Je ne veux pas être considérée comme traditionnelle ou coincée du fait de ce que je porte sur la tête. Cependant, j’ai vu le tudung comme une motivation pour être plus créative avec mon look, et j’ai commencé à développer un intérêt pour la mode quand je suis entrée à l’université. Je ne voulais pas me conformer aux diktats de la mode ‘hijabi’, et j’ai commencé à avoir un style personnel, que je garde encore aujourd’hui.

Je pense que j’ai commencé à réfléchir plus consciemment au tudung quand j’étais étudiante. Entre autres parce que je sortais avec un ‘agnostique / athée chinois’ qui me questionnait souvent à ce sujet. J’ai eu l’impression de devoir me défendre alors même que je ne croyais pas vraiment au port du tudung. Même quand je sortais avec lui, je gardais le tudung comme une marque de résistance contre ses remarques désobligeantes. Je n’allais pas l’enlever simplement parce qu’il voulait que je le fasse. Je ne voulais plus dépendre des hommes pour me dire ce que je devais porter ou non. Je voulais seulement m’habiller pour moi-même, et donc le tudung est devenu un acte d’affirmation de moi et une résistance contre ceux qui me dicteraient comment m’habiller. Par la suite, j’ai commencé à lire des choses sur les développements historiques du tudung, et comment tout est très entrelacé avec la politique et le patriarcat.

La réalisation que je n’ai jamais cru au port du voile a été progressive, et j’ai commencé à l’enlever de plus en plus. Ça a commencé quand j’étais seule, ou avec quelques amis proches. Je sentais que je ne pouvais pas promouvoir un symbole qui est intrinsèquement patriarcal et problématique, même si c’était purement un choix. J’ai aussi réalisé que même avec le tudung, le corps des femmes est toujours soumis à un examen minutieux et aux jugements de ceux qui les entourent. En fait, c’est même pire avec le tudung, c’est comme si on était placées sur un autre niveau de morale. Il y a des critères encore plus stricts et des codes de conduite auxquels une femme qui porte le tudung doit adhérer, et je sentais que c’était très injuste.

voile Canada

« On se moque de ce qu’il y a sur votre tête. On s’intéresse à ce qu’il y a dedans. » (Publicité canadienne)

À l’âge de 25 ans, à la suite d’un problème de santé et d’une hospitalisation, j’ai dit à mes parents ce que je ressentais vraiment au sujet du tudung et que je ne voulais pas le porter. Comme prévu, mon père en particulier n’a pas voulu accepter mon point de vue et a demandé à ce que je continue à le porter. J’ai décidé de changer de style, d’un tudung normal à un turban-stylisé, et plus tard le style iranien / pakistanais où une partie de mes cheveux pouvaient être vus. C’était une sorte de compromis de ma part : ne pas le porter selon les diktats de la société, qui devient de plus en plus obsédée par le contrôle du corps des femmes. Je ne voulais pas me conformer à ce genre d’uniformisation auquel elles sont soumises. Aujourd’hui, je le porte de moins en moins, mais je sais aussi que je dois faire un effort pour bien m’entendre avec mes parents, et donc je le porte quand je suis avec eux. J’ai le sentiment que ce que j’en pense vraiment n’a pas d’importance pour eux tant que je suis vue le portant. Je ne peux pas leur en vouloir non plus, puisqu’ils ne sont pas exposés à des points de vue différents concernant le voile, ignorant le fait que ce n’est pas réellement une obligation. J’ai essayé de raisonner avec eux et de leur expliquer ma position, mais mon père ne veut rien entendre et pense que je fais preuve d’ignorance. Néanmoins, intérieurement, je suis tout à fait en paix et ma conscience est claire. Je me sens plus honnête avec moi-même et je n’ai plus à défendre ou soutenir quelque chose auquel je ne crois pas

Fait intéressant : la seule fois où je me suis sentie heureuse de porter le tudung, c’était lors de mon programme d’échange en Europe, parce qu’il y est devenu un marqueur d’identité utile. Les gens étaient très gentils et compréhensifs avec moi. Par exemple, mes amis m’ont préparé un plat de fondue séparé qui ne contenait pas d’alcool parce qu’ils savaient que j’étais musulmane. Même si, personnellement, cela ne m’aurait pas dérangé de ne pas avoir un plat séparé. Une autre fois, en Suisse, une dame qui travaillait dans un restaurant asiatique m’a dit qu’elle préparerait un plat de nouilles pour moi avec du poulet, au lieu de la portion habituelle avec du porc, parce qu’elle savait que j’étais musulmane. Ce qui m’a le plus touché à l’époque, c’est la considération des gens pour mes besoins en tant que musulmane. Je me suis fait également des amis parmi les étudiants musulmans quand j’étais là-bas, et le voile est devenu un marqueur d’identité très pratique. Dans ce contexte, le tudung était donc utile, même si je n’y croyais pas vraiment. En fait, les gens me jugeaient moins pour mon port du voile quand j’étais en Europe que quand je suis à Singapour.

Je suppose que maintenant, le tudung représente pour moi une sorte d’image publique, bien que je sois de plus en plus ouverte au fait de ne pas le porter. Je ne sais toujours pas comment en parler à mes parents, peut-être que je n’ai même pas besoin de leur en parler en fait. Je suppose que cela reste une négociation en cours. Ce fut un processus long et fatigant, avec beaucoup de colère, de désespoir et de traumatisme, mais j’ai l’impression d’avoir enfin grandi et j’ai acquis un sentiment de conviction personnelle à ce sujet. Cela dit, je continuerai à parler contre tout ce qui entoure l’imposition du voile, la régulation et le contrôle du corps et du comportement des femmes.

Fadiah

[1] À Singapour, les élèves portent un uniforme à l’école.

[2] Tudung = nom donné au voile islamique à Singapour.