« La loi s’applique à tous, que vous soyez ministre, simple citoyen, pasteur ou imam »

Ces mots sont ceux du ministre de la Justice et de l’Intérieur, K. Shanmugam, suite aux différents démêlés avec la justice impliquant récemment, d’une part, les responsables de la City Harvest Church, une importante Eglise évangélique, et, d’autre part, un iman étranger.

Peines de prison réduites pour les responsables de l’Eglise évangélique

Condamnés en novembre 2015 à des peines allant de 21 mois à huit ans de prison pour abus de confiance et falsification de comptes, les six accusés dans le procès de la City Harvest Church avaient fait appel auprès de la Haute Cour de justice. Le verdict est tombé le 7 avril dernier : le tribunal a confirmé le verdict de culpabilité des accusés, mais a significativement réduit leurs peines, prenant en compte notamment le fait qu’il n’y avait pas eu d’enrichissement personnel par les six accusés qui ont agi dans ce qu’ils considéraient être l’intérêt supérieur de leur Eglise. Le principal accusé, le Rév. Kong Hee, fondateur de cette importante Eglise évangélique de Singapour, a vu sa peine passer de huit ans à trois ans et demi de prison ferme. Pour rappel, lui et ses collaborateurs avaient détourné une somme de 50 millions de SGD (dollars de Singapour), soit 32 millions d’euros, afin de financer la carrière musicale de Ho Yeow Sun, chanteuse pop et épouse du Rév. Kong Hee.

La City Harvest Church a publié une déclaration sur son site Web en se disant « profondément attristée par cette décision (de condamnation) », mais « remerciant Dieu pour les réductions de peines ». Le Rév. Kong Hee a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il était reconnaissant que sa peine ait été réduite, même si « les termes du jugement retenus ne sont pas ceux que j’avais espérés ». Le procès criminel le plus coûteux de l’histoire de Singapour aurait dû s’arrêter ici. Mais le procureur général en a décidé autrement : la semaine dernière, l’affaire a été renvoyée devant la Cour d’appel dans le but de maintenir ou d’alourdir la condamnation initiale. Les honoraires des avocats, déjà estimés à plus de 10 millions de SGD, pourraient augmenter entre un million et cinq millions de dollars de plus, maintenant que le procès va continuer, souligne la presse locale.

Malgré une nette baisse de fréquentation due au scandale, la City Harvest Church continue ses activités, une nouvelle direction a été mise en place, sous le label « CHC 2.0 » afin de se donner une nouvelle image.

La tolérance zéro du gouvernement singapourien

« Il y a une règle de droit, et la règle de droit est que, si les faits montrent qu’une infraction a été commise, peu importe ce que vous êtes, des mesures seront prises », a souligné le ministre de la Justice et de l’Intérieur lors d’un dialogue sur l’harmonie raciale et religieuse tenu au début de ce mois. K. Shanmugam faisait référence au procès de la City Harvest Church, mais aussi à celui de l’imam Nalla Mohamed Abdul Jameel, dont le verdict a aussi été rendu au début du mois (le responsable musulman était accusé d’avoir fait des remarques offensantes envers les chrétiens et les juifs).

Les commentaires de l’imam, prononcés lors d’un prêche dans une mosquée, avait été filmés et postés sur les réseaux sociaux. Ayant admis avoir prié en public pour que « Dieu accorde aux musulmans la victoire sur les juifs et les chrétiens », citant non pas le Coran, comme certains l’avaient affirmé dans un premier temps, mais un texte venant de son village natal en Inde, l’imam s’est excusé devant une assemblée d’une trentaine de représentants religieux chrétiens, sikhs, taoïstes, bouddhistes et musulmans. « Les Singapouriens tiennent beaucoup à la diversité et l’harmonie de leur peuple, et je n’ai pas le droit de les déstabiliser. C’est la raison pour laquelle j’ai bien compris et accepté la décision d’être poursuivi en justice afin de maintenir l’ordre public », a-t-il déclaré.

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Les représentants juifs n’étant pas présents ce jour-là, l’imam est à nouveau allé s’excuser deux jours plus tard auprès du rabbin Mordechai Abergel. Malgré tout, le responsable religieux a été condamné à une amende de 4 000 dollars de Singapour (2 700 euros) et a été expulsé vers l’Inde, son pays d’origine.

La question religieuse reste très sensible à Singapour. Le public réagit avec passion aux affaires impliquant l’une ou l’autre religion, et le gouvernement n’hésite pas à régulièrement brandir le souvenir du précédent historique des émeutes religieuses qui avaient fait 36 morts en 1964, afin de signifier qu’il est le meilleur garant contre le pire. Singapour étant le pays au monde ayant la plus forte diversité religieuse (c’est ce qu’affirme une récente étude du Pew Research Centre), les autorités maintiennent une attitude punitive très stricte pour éviter tout éventuel débordement. Amos Yee, un adolescent très anti-establishment, issu d’une famille catholique, en a aussi fait les frais après avoir « offensé les sentiments religieux des musulmans et des chrétiens » dans plusieurs vidéos postées sur Internet. Les Etats-Unis viennent de lui accorder l’asile politique

Ouverture d’une enquête suite aux propos belliqueux d’un imam envers les juifs et les chrétiens

Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour, a déclaré le ministre de l’Intérieur, K. Shanmugam. Singapour vient en effet de rappeler l’importance que son gouvernement attache au respect d’une tolérance religieuse très stricte en réponse aux remarques qu’un imam aurait faites lors d’un sermon le mois dernier.

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La mosquée où le prêche a eu lieu: Masjid Jamae (Chulia)

Suite à une vidéo postée sur les réseaux sociaux, qui montre l’imam affirmant : « Dieu nous accorde la victoire sur les juifs et les chrétiens », le ministre de l’Intérieur a expliqué qu’une enquête avait été ouverte pour éclaircir le contexte dans lequel ces remarques avaient été faites. « Si l’imam a utilisé cette phrase pour dire, par exemple, que de telles phrases peuvent promouvoir la haine ou la violence envers les autres communautés et que cela n’est pas acceptable dans une société plurireligieuse, alors il n’y a rien à redire (…). En revanche, s’il a dit que les juifs et les chrétiens devraient être vaincus, et que Dieu accorderait la victoire aux musulmans pour illustrer sa position, c’est totalement inacceptable », a-t-il déclaré. Faisant référence à un couple chrétien condamné à huit semaines de prison en 2009 pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam, K. Shanmugam a ajouté : « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…), il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Statut particulier des musulmans à Singapour

Les musulmans à Singapour, en majorité malais, représentent 15 % de la population et jouissent d’un statut particulier, inscrit dans la Constitution du pays (1) en raison de son histoire. Dans certains domaines juridiques tels que le mariage, le divorce ou le droit des successions, la communauté musulmane suit la loi musulmane, la charia, et l’Etat apporte son soutien à divers aspects de la vie religieuse telle que la construction de mosquées. Enclavé entre deux pays à forte majorité musulmane (la Malaisie et l’Indonésie), Singapour tient à respecter sa minorité de confession musulmane, entre autres pour ne pas attiser les tensions avec ses voisins. Dans le même temps, le gouvernement singapourien s’efforce de promouvoir un islam ouvert et respectueux de la dimension multireligieuse de la cité-Etat.

La vidéo portant le sermon controversé de l’imam a été publiée sur Facebook le 24 février dernier, par Terence Nunis, un converti musulman. Ce dernier critiquait l’imam pour son allocution et se demandait comment ce genre de remarques était possible à Singapour. Sa publication a déclenché une tempête. Certains ont soutenu sa position, tandis que d’autres l’ont vertement critiqué. Parmi ces détracteurs, Khairudin Aljunied, professeur agrégé au département des études malaises à l’Université nationale de Singapour (NUS), a publié sur sa propre page Facebook un dialogue imaginaire intitulé « L’imam et l’idiot de converti », dans lequel il reproche à Terence Nunis de ne pas être un bon musulman. Cela engendra une nouvelle vague de réactions…

Lors d’une session parlementaire, le 3 mars dernier, le ministre de l’Intérieur a réagi aux commentaires de l’universitaire : « La position et les actions de M. Khairudin sont tout à fait inacceptables. Il est intervenu sans vérifier les faits, sans vérifier le contexte, et il soutient une position qui est tout à fait contraire aux normes, aux valeurs et aux lois de Singapour. » Le professeur a depuis été suspendu de ses fonctions par l’université et sa page Facebook a été désactivée.

Suite aux commentaires enflammés arrivant sur sa page Facebook, le mufti de Singapour, le Dr Fatris Bakaram, a quant à lui décidé de mettre son compte hors ligne pendant une journée afin que les choses se calment un peu. Après son retour en ligne, le mufti a déclaré qu’il fallait prendre du recul pour réfléchir à la situation. « Personnellement, je ne suis pas d’accord avec l’approche adoptée par certains individus qui jouent sur le côté sensationnel de la vidéo (…), mais, quelle que soit notre opinion, il n’est pas approprié d’agir ou de commenter d’une manière qui blesse les sentiments ou crée un malaise public », a déclaré le Dr Fatris, avant d’ajouter que personne ne devrait donner une fausse image de l’islam ou de la communauté musulmane, laquelle s’efforce de développer l’harmonie entre les différentes communautés.

Les autorités singapouriennes font beaucoup d’efforts pour promouvoir la bonne entente et le respect entre les communautés religieuses, mais elles craignent les éléments isolés de la société qui, via les réseaux sociaux, parviennent à avoir un auditoire et fragilisent la cohésion sociale. Dénoncer les dérives et l’intolérance religieuse est fortement encouragé à Singapour, mais la méthode employée n’est pas toujours idéale, car elle contribue parfois à mettre de l’huile sur le feu. Yaacob Ibrahim, ministre chargé des Affaires musulmanes, résume ainsi le problème dans un message sur Facebook : « Il n’y a pas de place à Singapour pour l’extrémisme ou l’exclusivisme parce que nous encourageons le respect mutuel et l’harmonie. (…) S’il est juste de tirer la sonnette d’alarme quand on voit des actes répréhensibles, il faut aussi se demander si la manière dont cela est fait est appropriée, ou si elle sème plus de discorde et provoque des tensions dans notre société. Sur des sujets aussi sensibles, il serait préférable de s’adresser en premier lieu aux autorités plutôt que de passer par Internet. »

Désamorcer les conséquences sociales d’un éventuel attentat

Cette actualité prend place dans un contexte relativement tendu à Singapour. Le gouvernement vient de lancer la campagne « SGSecure », visant à préparer le public en cas d’attentat terroriste. « Soyons vigilant, il ne s’agit pas de savoir ‘si’, mais ‘quand’ », affirment des affiches placées dans les couloirs du métro et dans les quartiers résidentiels. De nouvelles caméras de vidéosurveillance, déjà très présentes, apparaissent dans les ascenseurs et les cages d’escalier. Dans son discours au Parlement, K. Shanmugam a également évoqué le contexte tendu dans la région, en expliquant comment la menace de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (ISIS) s’était rapprochée de Singapour. Des attaques revendiquées par l’Etat islamique ont été menées en Indonésie et en Malaisie en 2016, et l’organisation terroriste semble vouloir cibler le Sud philippin. Un des objectifs de la campagne SGSecure est de prévoir l’après-attentat. Si jamais l’Etat islamique frappait Singapour, comment faire en sorte que les musulmans singapouriens ne soient pas montrés du doigt ?, s’inquiètent les autorités de la cité-Etat. Si c’était le cas, l’harmonie entre les religions, caractéristique de Singapour, pourrait voler en éclats.

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Un des logos de la campagne SGSecure

Le gouvernement singapourien affiche donc sa détermination concernant les questions religieuses. En parlant de ceux qui s’en sont pris de façon vulgaire et inacceptable au mufti de Singapour, le ministre de l’Intérieur a averti : « Nous surveillons de près les personnes qui font ces choses. Si leur conduite va trop loin et devient criminelle, des mesures seront prises. »

(1) Art 152 (2) de la Constitution : « Le gouvernement doit exercer ses fonctions de façon à reconnaître la situation particulière des Malais, qui sont les autochtones de Singapour ; il est par conséquent de la responsabilité du gouvernement de protéger, sauvegarder, soutenir, favoriser et promouvoir leur éducation, leurs intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels et religieux, ainsi que la langue malaise. »

Le port du voile en 12 questions

Le port du voile pour les femmes musulmanes est un sujet de débat qui est récurent en France. La plupart du temps, il s’agit d’un dialogue de sourds. D’un côté il y a ceux qui y voit une exploitation de la femme ou qui estiment que le voile n’a pas sa place dans une société laïque moderne, et de l’autre côté ceux qui affirment que c’est une recommandation religieuse ou que les femmes devraient avoir le droit de choisir leur tenue vestimentaire. J’ai moi-même changé ma vision des choses, car mon approche qui au départ était uniquement intellectuelle, s’est heurtée à l’expérience de la rencontre et du dialogue, notamment avec des femmes qui portent le voile. On pourrait me reprocher le fait qu’en tant que chrétien, je ne suis pas qualifié pour parler de l’islam. En effet, je ne suis pas un spécialiste, mais je m’intéresse aux religions en général et je m’informe auprès de spécialistes quand une question comme celle-ci me semble complexe et que je souhaite comprendre plutôt que de juger. Je vais donc essayer de répondre à quelques questions sur le sujet, en essayant d’être le plus objectif possible, mais je peux me tromper. Si c’est le cas, merci de me corriger. Je laisserai ensuite la parole à des femmes musulmanes singapouriennes dans un autre article.

  1. Que dit le Coran sur le port du voile ?

Le Coran est écrit en arabe, et le traduire est toujours délicat car chaque mot peut avoir plusieurs sens et nécessite une interprétation qui est rarement objective. Le mot ‘ḥijāb’ par exemple peut signifier ‘barrière’, ‘partition’, ‘rideau’, ‘voile’. Ce mot apparaît 7 fois dans le Coran (7:46, 17:45, 19:17, 33:53, 38:32, 41:5, 42:51), et il est clair qu’il s’agit à chaque fois d’une sorte de barrière ou de partition, notamment à l’intérieur d’une tente pour séparer l’espace de réception de l’espace privé. C’est donc dans le cadre du respect de la vie privé qu’est énoncé par exemple :

Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (hijab). Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs. (33:53)

Il n’y a que deux versets du Coran qui font référence au voile en tant que tenue vestimentaire pour les femmes:

Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines (…). (24:31)

Ce verset pour ‘les croyantes’ suit un autre verset encourageant ‘les croyants’ à baisser les yeux et à demeurer chaste. Le mot utilisé pour le voile mentionné dans ce verset 31 est khimâr, ‘voile de tête’, un vêtement porté aussi bien par les hommes que par les femmes.

Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. (33:59)

Le mot utilisé ici est jilbâb, une sorte de manteau qui appartenait à la tenue locale des femmes des villes et qui aurait englobé la tête. Les esclaves ne devaient pas porter la même tenue que les épouses de leurs maîtres.

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Mais le Coran rappelle aussi que ce qui prime, ce n’est pas le vêtement, mais le cœur :

Ô enfants d’Adam! Nous avons fait descendre sur vous un vêtement pour cacher vos nudités, ainsi que des parures. – Mais le vêtement de la piété voilà qui est meilleur – C’est un des signes (de la puissance) d’Allah. Afin qu’ils se rappellent. (7:26)

En fait, dans le Coran, la manière de s’habiller relève historiquement de questions de société et non de religion. Le Coran incite seulement à porter une tenue vestimentaire pudique.

  1. Que disent les hadiths, la tradition ?

Les hadiths (paroles et faits rapportés du prophète) et la tradition dans l’islam, tout comme dans l’Eglise catholique d’ailleurs, ont un poids non négligeable dans la mise en place de rites ou de règles. Il est difficile d’être exhaustif sur le sujet, je me contente de donner simplement deux exemples qui sont en contradiction :

Quand le fils d’un compagnon éminent du Prophète a demandé à sa femme Aisha bint Talha de se voiler le visage, elle a répondu, « Puisque le Tout-Puissant a mis sur moi le sceau de la beauté, c’est mon souhait que le public regarde la beauté et ainsi reconnaissent Sa grâce parmi eux. Je ne me voilerai donc en aucun cas. » Citée dans “Women in the Muslim World, ed. Lynn Reese, 1998

Selon Aisha, la femme du prophète, « Asma, fille d’Abu Bakr, s’est présentée devant l’Apôtre d’Allah portant des vêtements minces. L’Apôtre d’Allah détourna son regard d’elle. Il dit: O Asma, quand une femme atteint l’âge de la menstruation, il ne convient pas qu’elle montre ses parties de corps à l’exception de celle-ci et de celle-là, dit-il en montrant son visage et ses mains. » Abu Dawud, Livre 32, numéro 4092.

« Un autre hadith parle des femmes qui sont parfaitement habillées mais moralement nues, et donc impudiques, ce qui indique que la pudeur réside dans une attitude et un comportement plus que dans un vêtement. » explique Tareq Oubrou[1], l’imam de Bordeaux. Les prescriptions vestimentaires sont le reflet de normes sociales spécifiques (culturelles) et ne devraient pas avoir de dimension cultuelle.

  1. Le port du voile est-il une obligation religieuse ?

Non. À aucun moment, il n’est mentionné dans la Charia (droit musulman) la moindre sanction à l’encontre de celles qui ne portent pas le voile. « En aucun cas, il ne peut être porté comme une obligation religieuse. Le véritable habit de l’islam est celui de la décence, tout le reste n’est que mascarade. »[2]

Pour aller plus loin sur cette question, on pourra lire ici (Le voile est-il une obligation religieuse?) une remise en contexte des extraits du Coran cités précédemment.

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  1. Est-ce que les hommes musulmans font pression pour que leurs femmes portent le voile ?

Encore une fois, une réponse simple est impossible. Dans certains pays, les femmes sont contraintes de se voiler, c’est une norme sociale. À Singapour, ce n’est pas le cas, et en France non plus. Je vous conseille l’article très complet à ce sujet publié sur le site slate.fr (Les femmes musulmanes sont-elles forcées à porter le voile, comme on l’entend dire?)

« On a transformé un fantasme en une règle intangible, en considérant que s’il y a des femmes forcées de porter le voile, toutes les sont. Ce qui a été observé dans ces enquêtes [qualitatives] a souvent été conforté. La majorité des femmes qui se voilent le font librement, le reste c’est du fantasme » affirme la chercheuse Nacira Guénif-Souilamas, professeure à l’Université Paris 8 et vice-présidente de l’Institut des Cultures d’Islam.

  1. Pourquoi est-il demandé à la femme de se vêtir davantage que l’homme ?

Dans l’islam, l’homme et la femme sont tous les deux invités à la pudeur, mais la femme est en effet plus ciblée que l’homme. Plusieurs explications sont données…

« Dieu a créé le corps féminin en lui donnant certaines particularités par rapport à celui de l’homme. Le corps masculin est doté d’une « simplicité » qui fait que l’attirance charnelle qu’il éveille est d’ordre global, tandis que, chez le corps féminin, chaque partie possède son attirance. On peut d’ailleurs voir qu’aujourd’hui dans certains pays, l’homme se met en valeur en s’habillant, tandis que la femme se met en valeur en se déshabillant le plus possible, en exposant donc les attraits naturels de son corps[3] »

Certains ajoutent que la femme est plus sensible à l’affection, la gentillesse, l’humour… alors que l’homme, lui, est plus attiré par le look. Dans beaucoup de culture, les femmes expriment leur malaise face aux regards déplacés de certains hommes. C’est rarement le cas pour les hommes, qui eux sont souvent fiers d’être l’objet de regards féminins.

Au final, la plupart s’accorde aujourd’hui sur le fait que l’homme et la femme sont égaux, mais différents. Ils ne sont donc pas traités de manière identique concernant les prescriptions vestimentaires. On n’est pas obligé d’être d’accord, mais on peut comprendre le choix, il me semble.

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Costume folklorique de mon Anjou natal

6. Le voile aurait-il une origine culturelle ?

Il est intéressant de lire les études faites sur l’histoire du port du voile. Comme souvent en religion, un objet pratique peut prendre une signification symbolique. Dans certaines tribus de bédouins, le voile est porté par les femmes et les hommes pour se protéger du soleil et des tempêtes de sable. Il se trouve que l’islam est né dans ce contexte. Mais quand on étudie la société dans laquelle l’islam a vu le jour, on s’aperçoit aussi qu’elle « comprenait des disparités sociales et culturelles importantes, par exemple entre femmes libres et esclaves ou entre femmes des villes et nomades du désert, les recommandations coraniques visaient simplement à privilégier l’habit local des citadines libres, parce qu’il était apparemment considéré comme représentant la meilleure tenue de la bienséance, et aussi parce que Mahomet avait été un citadin.[5] ». Encore une fois, c’est le social qui s’exprime ici et non le religieux.

« Une grande ignorance régnait à l’âge pré-islamique. Les petites filles étaient enterrées vivantes. On vendait les personnes sur des marchés telles des marchandises. Les femmes esclaves déambulaient dans les rues à moitié dénudées, pour tenter d’attirer l’attention d’individus fortunés. En définitive sont descendus des versets prescrivant aux femmes de se couvrir à l’extérieur, afin que les femmes libres ne soient pas prises pour des esclaves[6]. »

Porter un voile dans la rue semble avoir été un signe de statut privilégié dans certaines cultures antiques, tout le contraire d’un signe d’asservissement. L’origine culturelle est évidente, et les raisons du port du voile sont multiples dès le départ.

7. Quelle est l’origine du voile dans la religion ?

En fait, c’est dans le christianisme qu’on mentionne le voile dans sa dimension religieuse pour la première fois. Saint Paul, dans la première Epître aux Corinthiens au chapitre 11, insiste pour que les femmes se voilent quand elles assistent au culte.

(3) Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. (4) Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. (5) Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c’est comme si elle était rasée. (1 Corinthiens 11)

Ce chapitre lu aujourd’hui peut choquer. Il est sans doute bon de le replacer dans le contexte de l’époque. En tout cas, c’est le premier écrit issu des religions monothéistes à avoir lié le voile des femmes à leur relation à l’homme et à Dieu.

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Marie apparaît voilée dans la majorité des peintures la représentant

Dans le judaïsme, le mot « voile », qui apparaît très peu dans l’Ancien Testament, a aussi une fonction plus sociologique que religieuse.

8. Le voile est-il une soumission de la femme à l’homme ?

Beaucoup de musulmans parlent ici d’un malentendu. L’occident a tendance à appréhender de nombreux éléments du religieux à travers le prisme de leur signification dans le christianisme. Or, la Bible, comme nous l’avons vu dans la question précédente fait référence à la soumission de la femme à l’homme dans le port du voile. Les mémoires de l’inconscient collectif semblent avoir gardé trace de cette signification particulière donnée au voile que portaient des femmes en Europe.

Le malentendu vient souvent d’un transfert de symbole d’une religion ou d’une culture à une autre. (…) Dans la lecture judéo-chrétienne, le voile renvoie à la soumission de la femme. Or, pour les musulmans, il s’agit en réalité d’une soumission à Dieu. (…) Ainsi, il ne vient pas à l’esprit d’aucune femme musulmane observant cette pratique qu’elle le fait par obéissance au mari, au père ou au frère. Ceux qui ont cette perception partent d’un a priori culturel chrétien[7].

9. Peut-on porter le voile et être féministe ?

Autant être clair, les religions en général ne sont pas vraiment des organisations féministes. Le féminisme s’oppose à la discrimination basée sur le sexe et dans pratiquement toutes les religions, les femmes ne peuvent pas accéder aux postes d’autorité. Le voile peut être perçu comme discriminatoire, car il est exclusivement réservé aux femmes, et dans la culture musulmane, les critères de pudeur sont plus stricts pour les femmes que pour les hommes. L’Islam relègue les femmes derrière les hommes pendant la prière, ne leur accorde pas les mêmes droits en matière d’héritage et de divorce, etc…

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Asma Lamrabet

Cependant, il serait intéressant de regarder l’attitude du prophète Mahomet envers les femmes avant de dire que l’Islam est misogyne. Replacées dans leur contexte, la plupart des innovations concernant la femme dans le Coran sont des avancées, même si on est encore loin du féminisme de l’époque moderne. « En considérant le contexte, on peut qualifier de révolutionnaires les mesures prises en faveur des femmes par Mahomet. (…) Après la mort du Prophète, l’ordre patriarcal devait régner à nouveau. L’oppression des femmes reprit son cours. On n’osa certes pas rétablir la coutume de les enterrer vives, mais on les enterra sous d’épais voiles, chez elles, les condamnant, elles qui furent la consolation du Prophète Mahomet, à des siècles de silence et d’invisibilité.[4] » À partir du Coran, beaucoup de femmes parviennent à démontrer que les interprétations classiques se basent sur des expériences d’hommes, à partir d’un regard masculin, influencées par les sociétés patriarcales dans lesquelles ils vivaient.

Le choix de porter le voile n’est pas un acte féministe, mais les féministes qui portent le voile sont nombreuses. « Ce n’est pas l’islam qui opprime les femmes, c’est la lecture machiste qui en est faite. » résume l’une d’entre elles, Amina Wadud. « Il faut déconstruire la lecture patriarcale qui mine la pensée islamique » explique Asma Lamrabet, une féministe marocaine.

Chez mes voisins de Malaisie, le collectif des Sisters in Islam (SIS) (http://www.sistersinislam.org.my/), fondé en 1987, prend régulièrement des positions controversées sur des questions comme la polygamie, le rôle des femmes dans l’histoire de l’islam ou encore la liberté de religion, les SIS ont contribué à remettre en question la version « officielle » de l’islam telle qu’elle est promue par l’État malaisien.

  1. Que signifie le port du voile ?

Le Monde des religions vient de consacrer un numéro à l’histoire du voile. Dans son éditorial[8], Virginie Larousse résume les choses ainsi :

« Le voile est extraordinairement polysémique. Il peut vouloir dire une chose et son contraire. C’est ainsi que, entre autres, le voile peut être : simple coutume culturelle, à dimension souvent pratique (protection contre la poussière, le soleil) ; signe d’émancipation (chez les Grecques païennes) ou à l’inverse de soumission (mais dans ce cas, soumission à qui : à Dieu ou à la gent masculine ?) ; revendication identitaire dans des sociétés qui tendent à l’uniformisation ou accessoire de mode ; symbole d’une quête spirituelle, voire mystique (chez les sikhs par exemple, où ce sont les hommes qui portent le voile !). D’où mon interrogation : lorsque l’on s’écharpe sur le voile, au fond, de quel voile parle-t-on ? (…) Certes, les symboles, les rites, sont importants, et peuvent être signifiants. Néanmoins, ils ne sauraient l’emporter sur la dimension intérieure que toute spiritualité doit s’attacher à cultiver. En d’autres termes, attention à ne pas réduire la religion à un signe. « L’habit ne fait pas le moine », nous dit la sagesse populaire. Il importe de privilégier l’être, plutôt que le paraître. »

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Lorsqu’on parle de symbole, on doit se replacer dans une culture spécifique et une époque précise, car les symboles perdent facilement de leur signification et sont souvent détournés quand ils sont replacés dans un autre contexte. « Il est fréquent de rencontrer des femmes portant le hijâb concomitamment avec des vêtements très moulants ou transparent et tout en étant maquillées de manière exagérée. On peut parler là d’un vrai détournement de symbole et se demander : où est la pudeur[9] ? »

« Le voile est resté un symbole puissant de l’altérité quand le colonialisme s’est effondré après la seconde guerre mondiale et que les Musulmans des pays colonisés ont afflué en France. Mais maintenant, cette altérité se joue à l’intérieur même d’un pays qui tente de définir sa propre identité postcoloniale.[10] »

Selon Bruno Nassim Aboudrar, le voile s’est répandu en terre d’islam comme signe de subordination de la femme, avant de devenir un enjeu symbolique de refus de la colonisation, puis une revendication d’indépendance culturelle par rapport à un Occident perçu comme hégémonique. Ce qui explique que, de nos jours, il puisse être autant porté comme un symbole de liberté que de sujétion[11].

  1. L’incompréhension ne vient-elle pas d’une conception différente de la visibilité ?

On est en face ici de deux cultures très différentes. Pour les chrétiens, Dieu s’est fait homme, il a été vu, on peut le représenter par des images. Pour les musulmans, Dieu est invisible et ne peut être représenté. Il suffit de comparer l’intérieur d’une église avec celui d’une mosquée pour se rendre compte de la différence au niveau visuel. Dans l’islam, on se méfie du regard. Voir, c’est ouvrir la porte du désir. Le voile sert à soustraire les femmes au visible, mettant ainsi en valeur leur dimension sacrée. Dans la société moderne où le visuel et le paraître prennent tellement de place, l’islam a du mal à trouver sa place.

  1. Faut-il interdire le port du voile ?

Suite à l’affaire du burkini, un article très intéressant est paru dans le New York Times, sous le titre : « France’s ‘Burkini’ Bans Are About More Than Religion or Clothing ». L’auteure, Amanda Taub, soulignait que « Les interdictions vestimentaires ont pour but, de faire pression sur les Musulmans français pour qu’ils se détournent de tout sentiment d’identité communautaire et adoptent l’identité française étroitement définie qui préexistait avant leur arrivée. Mais essayer de forcer à l’assimilation peut avoir l’effet contraire : dire aux Musulmans français qu’ils ne peuvent pas avoir simultanément une identité musulmane et une identité française, les forcer à choisir, c’est ainsi les exclure de ce que recouvre l’identité nationale au lieu de les convier à y contribuer.(…) La France a un autre choix : elle pourrait élargir sa définition de l’identité nationale pour inclure les Musulmans français tels qu’ils sont. C’est quelque chose qui peut effrayer beaucoup de Français, qui le vivrait comme renoncer à une identité « traditionnelle » confortable et non comme l’ajout d’une nouvelle dimension à celle-ci. »

En conclusion, vue la complexité derrière les raisons qui peuvent pousser une femme à porter le voile, ne serait-il pas plus juste d’en revenir à la liberté individuelle de chaque femme. Tant qu’elle n’est pas obligée de le porter, pourquoi ne pas laisser la femme musulmane libre de choisir sa tenue vestimentaire selon ses croyances religieuses, sans projeter notre propre interprétation ou croyance basée sur notre histoire à nous et non la sienne. Une femme ne devrait pas être obligée de porter le voile pour des raisons religieuses, de même qu’elle ne devrait pas être obligée de l’enlever pour des raisons de laïcité mal comprise.

Je termine en reprenant les mots de mon ami Imran qui souligne que le public devrait être encouragé à ne pas adopter de stéréotypes sur le voile et ne pas accuser les femmes qui le portent d’être des ignorantes ou des opprimées, ni les femmes qui ne le portent pas d’être immorales ou impudiques. La dignité de la femme à décider par elle-même doit être primordiale. Dans le contexte du Singapour multiculturel, le droit de porter et le droit de ne pas porter le voile doivent être respectés sur la base des droits de l’homme et de la liberté de croyance.

Les musulmans sont des gens comme les autres, on ne rencontre jamais des cultures ou des religions, mais toujours des individus qui s’en sont approprié différents éléments en constante évolution et interaction les uns avec les autres pour se construire.

Au hasard de mes recherches, je suis tombé sur cette vidéo d’une émission québécoise sur le sujet. Je trouve le débat très clair et instructif, d’autant plus que si on le replace dans l’actualité (attentat dans une mosquée de Québec) il devient crucial d’en reparler:

[1] “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[2] Cheikh Khaled Bentounès. Le monde des religions Septembre 2003.

[3] Abû Chuqqa, d’après Tahrîr ul-mar’a, 4/22

[4] “Le Prophète qui aimait les femmes.” Leili Anvar dans le Monde des religions

[5] Citation de Jacqueline Chabbi. Extrait du “Monde des religions” de janvier 2004.

[6] Hayat Nur Artiran. Le Monde des Religions, Septembre-octobre 2016, n°79

[7] Tareq Oubrou. “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[8] L’étole des femmes. Le Monde des Religions, Septembre-octobre 2016, n°79

[9] Tareq Oubrou, “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[10] Amanda Taub, The New York Times (USA) 18 août 2016.

[11] “Comment
 le voile est devenu musulman”. Bruno Nassim Aboudrar
, Flammarion, 2014.

Un peu d’histoire : Telok Ayer, la rue de la diversité

Telok Ayer Street est l’une des plus anciennes rues de Singapour. La rue était autrefois sur le littoral et les migrants arrivés par la mer y posaient pour la première fois le pied à Singapour. Aujourd’hui, les projets de récupération sur la mer ont poussé le littoral plus loin, mais le lieu et les traces historiques sont restés.

Baie de Telok Ayer en 1872, photo prise par Bourne et Shepherd. National Museum of Singapore.

Baie de Telok Ayer en 1872. National Museum of Singapore.

En tant que point de débarquement pour les immigrants, les premières communautés ont construit leurs lieux de culte respectifs dans cette rue (face au front de mer) afin d’exprimer leur gratitude à leurs divinités pour leur arrivée, sain et sauf, après un dur et long voyage. Bien que le quartier de Telok Ayer ait été attribué à la communauté chinoise selon le plan de la ville de Jackson en 1822, l’emplacement de ces lieux de culte a fait Telok Ayer un espace multiculturel où les différentes communautés ont coexisté.

Lithographie du temple de Thian Hock Keng, 1842. Musée national de Singapour.

Lithographie du temple de Thian Hock Keng, 1842. Musée national de Singapour.

Certains lieux de culte ont été classés ‘Monuments nationaux’. En fait, Telok Ayer est la rue ayant le plus de monuments nationaux, ils sont au nombre de six.

Les monuments nationaux de Telok Ayer Street

  • Ying Fo Fui Kun, 98 Telok Ayer Street

C’est la maison de la plus ancienne association de Singapour, celle du clan hakka. Elle a été fondée en 1822 pour les besoins de la communauté hakka venant de la province du Guangdong en Chine. Le bâtiment lui-même a été construit en 1844 et a servi de temple au départ. Les Hakkas étaient l’un des cinq principaux groupes de dialecte chinois à Singapour, les autres étant les Hokkiens, les Teochews, les Cantonais, et les Hainanais. La plupart des Hakkas étaient des bûcherons, des charpentiers, des forgerons ou bien des orfèvres.

Ying Fo Fui Kun

Ying Fo Fui Kun

  • Le centre Nagore Dargah pour le patrimoine musulman-indien, 140 Telok Ayer Street

Ce bâtiment visuellement très particulier, a été construit en 1830 par les immigrants Chulias. Les Chulias[2] étaient principalement des commerçants et des changeurs de monnaie. Beaucoup d’entre eux étaient musulmans et des dévots du prédicateur soufi tamoul Shahul Hamid, originaire d’une ville du Tamil Nadu : Nagore. Le sanctuaire lui est dédié. Depuis 2011, il abrite le ‘Nagore Dargah Indian Muslim Heritage Centre’, qui documente l’histoire des musulmans indiens et leurs nombreuses contributions à Singapour.

Nagore Dargah

Nagore Dargah

  • Yu Huang Gong, ou temple de l’empereur céleste de jade, 150 Telok Ayer Street

Cet ancien bâtiment abritait l’association Keng Teck Whay, créée par 36 marchands peranakans en 1831. Il témoigne de la présence et des contributions des Hokkiens peranakans dans la colonie de Singapour et de l’esprit communautaire d’entraide entre les pionniers. Aujourd’hui c’est un temple taoïste en l’honneur de la plus haute divinité du taoïsme, l’empereur céleste de jade. Le bâtiment a été rénové et le temple a officiellement ouvert ses portes au public en janvier 2015.

Temple de Yu Huang Gong

Temple de Yu Huang Gong

  • Le temple Thian Hock Keng, 158 Telok Ayer Street

Thian Hock Keng (天 福 宫, « Palais du bonheur céleste ») est l’un des plus anciens temples hokkien à Singapour. Le temple demeure un lieu de culte important pour les bouddhistes et les taoïstes chinois locaux. Entre 1998 et 2000, Thian Hock Keng a subi une restauration majeure qui lui a valu une mention honorable de la part de l’UNESCO en 2001 pour la conservation du patrimoine culturel.

Thian Hock Keng Temple, 1880s. National Museum of Singapore.

Thian Hock Keng Temple, 1880s. National Museum of Singapore.

Intérieur du temple aujourd'hui

Intérieur du temple aujourd’hui

  • La mosquée Al-Abrar, 192 Telok Ayer Street

La mosquée d’Al-Abrar établie dès 1827 était au départ une cabane de chaume. Elle est également connue sous le nom de Masjid[3] Chulia, pour les musulmans indiens de la côte de Coromandel du sud de l’Inde. La mosquée n’était pas seulement leur refuge spirituel, mais aussi un lieu social où la communauté pouvait se retrouver. La construction de la mosquée actuelle en brique a commencé en 1850. La mosquée a été rénovée entre 1986 et 1989. Ces développements permettent à la mosquée de pouvoir accueillir aujourd’hui jusqu’à 800 fidèles à la fois.

La mosquée Al-Abrar

La mosquée Al-Abrar

  • L’église méthodiste chinoise, 235 Telok Ayer Street

Les débuts de l’église méthodiste à Singapour peuvent être attribués à l’arrivée des premiers missionnaires méthodistes à Singapour, William Oldham et James Thoburn, en 1885.

Initialement fondée en 1889 dans la clinique d’une maison-boutique, l’église a déménagé à Telok Ayer en 1925. Au cours de ses premières années, l’église Telok Ayer a assuré le bien-être de ses paroissiens, notamment en aidant les analphabètes à écrire des lettres à leurs familles en Chine. Un toit de pavillon de style chinois est placé au-dessus du bâtiment qui accueille une congrégation en grande partie chinoise. Les murs sont très épais car ils ont été renforcés pendant la Seconde Guerre mondiale, quand l’église servit de refuge. Les murs protégeaient ceux qui se trouvaient à l’intérieur des balles perdues et des éclats d’obus.

Eglise méthodiste chinoise

Eglise méthodiste chinoise

Telok Ayer n’est pas unique, il existe de nombreuses rues à Singapour où l’harmonie religieuse s’exprime visuellement dans les monuments et les lieux de culte: Waterloo Street, South Bridge Road, etc… Je vous y emmènerai sans doute un de ces jours…

 

[1] Cet article s’inspire de celui publié ici en anglais : Telok Ayer: Street of Diversity

[2] Ce terme est apparu dans les registres anglais de la British East India Company, pour designer les Indiens de la côte de Coromandel du Sud de l’Inde.

[3] Mosquée en malais

Singapour autorise les jeux de hasard et les paris en ligne, les responsables religieux s’inquiètent

Suite à l’annonce faite par le gouvernement de légaliser les paris en ligne pour les deux opérateurs nationaux Singapore Pools et Singapore Turf Club, l’archevêque catholique de Singapour, Mgr William Goh, a publié le mois dernier une lettre pastorale pour s’exprimer sur le sujet.

« Tout en partageant les appréhensions de beaucoup de Singapouriens concernant les implications morales et sociales des jeux d’argent, en particulier sur les familles de par l’intrusion imminente d’un vice potentiel dans l’espace sacré de nos foyers, je souhaite saisir cette occasion pour vous rappeler les enseignements de l’Eglise concernant les jeux d’argent et vous informer de nos engagements auprès des autorités sur cette question », explique Mgr Goh dans l’introduction de sa lettre. Il continue son message en citant le Catéchisme de l’Eglise catholique, au paragraphe n° 2 413 : « Les jeux de hasard (jeu de cartes, etc.) ou les paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. Ils deviennent moralement inacceptables lorsqu’ils privent la personne de ce qui lui est nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux d’autrui. » L’archevêque exprime ensuite ses préoccupations par rapport aux effets néfastes possibles d’une « culture du jeu » qui pourrait s’emparer des Singapouriens.

Page d'accueil du site Singapore Pools. (La bande jaune vous encourage à ne pas trop jouer, mais la photo vous dit qu'une partie des gains est reversé à la communauté...).

Page d’accueil du site Singapore Pools. (La bande jaune vous encourage à ne pas trop jouer, tandis que la photo vous dit qu’une partie des gains est reversé à la communauté…).

L’attitude paradoxale du gouvernement singapourien vis-à-vis des jeux d’argent

Le gouvernement de Singapour a depuis quelques années adopté une approche pragmatique dans sa gestion des jeux d’argent. Déjà en 2005, il avait autorisé la construction de deux casinos dans la cité-Etat, ce qui n’avait pas été sans susciter une désapprobation générale de la part des autorités religieuses. A l’époque, le Premier ministre Lee Hsien Loong avait paradoxalement invité les institutions religieuses à se joindre à l’action du gouvernement pour limiter l’impact social de sa décision. Les considérations économiques avaient primé, et il est vrai que depuis l’ouverture de ces casinos en 2010, le nombre de touristes à Singapour est en nette progression, mais en parallèle, le nombre de personnes demandant à être soignées contre de la dépendance aux jeux d’argent a doublé depuis 2010.

Singapour reste un des pays les plus joueurs au monde, en deuxième position derrière l’Australie, avec des citoyens perdant en moyenne 1 189 $ de Singapour (788 €) par personne chaque année. Depuis le 25 octobre dernier pour Singapore Pools et depuis le 15 novembre pour Singapore Turf Club, il suffit d’avoir au moins 21 ans et de s’inscrire personnellement auprès d’un des bureaux de ces deux opérateurs nationaux pour pouvoir jouer en ligne à la loterie ou parier sur des compétitions sportives telles que la Formule 1, le football ou les courses de chevaux… Le ministre du Développement social et de la Famille, Tan Chuan-Jin, a déclaré que l’objectif était de fournir un « espace plus sûr » aux joueurs en ligne, afin d’éviter de passer par des sites de jeux illégaux, souvent liés à des activités criminelles.

Des institutions religieuses vigilantes

Le sujet est visiblement très sensible pour les institutions religieuses, qui d’une part ne veulent pas encourager ce qu’elles considèrent comme un vice, mais d’autre part veulent éviter toute tension avec le gouvernement qui a pris le temps de les rencontrer avant de prendre sa décision. Le Conseil religieux islamique de Singapour (MUIS) a ainsi fait part de ses inquiétudes. « Les parents devraient éduquer leurs enfants aux dangers des jeux en ligne et même s’inscrire pour s’exclure volontairement de toute activité de jeux d’argent autorisés sur le Net », conseille le MUIS (1). « L’islam interdit fermement les jeux d’argent car ils peuvent affecter potentiellement toute la famille et la communauté », ajoute l’organisation musulmane. Le Conseil national des Eglises de Singapour (organisme représentant les principales dénominations protestantes), qui avait jusqu’ici une position très claire contre l’autorisation des jeux en ligne, a mis de l’eau dans son vin en déclarant récemment : « Nos représentants ont eu une discussion importante et franche avec le ministère de l’Intérieur et le ministère des Affaires sociales et familiales. Le gouvernement est disposé à renforcer de manière proactive l’environnement familial et social afin de prévenir et d’atténuer les conséquences néfastes du jeu en ligne. » De même, Mgr Goh explique dans sa lettre pastorale : « Nous reconnaissons que les autorités ont pris soin de nous consulter, de clarifier et de nous assurer que cette mesure visant à permettre l’accès restreint aux opérateurs de jeux en ligne et à leurs services est celle qui a été prise après une étude minutieuse du contexte et en tenant compte de ce qui serait le mieux pour la société. »

Archevêque de Singapour, Mgr William Goh

Archevêque de Singapour, Mgr William Goh

L’archevêque de Singapour insiste surtout sur le fait qu’il faut rester vigilant et il invite le gouvernement évaluer les conséquences de cette décision : « Reconnaissant que les enjeux sont élevés, l’Eglise catholique en appelle aux autorités pour surveiller de près l’efficacité de ce changement, tout en prenant toutes les mesures nécessaires pour aider ceux qui pourraient être victimes des jeux d’argent en ligne. En outre, nous avons demandé une consultation plus régulière et des mises à jour sur les conséquences de cette loi (…). En tant qu’Eglise, il nous incombe non seulement de nous opposer à tout mouvement qui menace de détruire le bien-être de nos familles, mais surtout de travailler avec les responsables pour trouver des solutions durables aux problèmes auxquels notre société est confrontée. »

Les partis d’opposition se sont exprimés contre cette nouvelle législation, et une pétition sur le Net demandant l’arrêt de la légalisation des paris en ligne a rassemblé plus de 10 000 signatures en moins de quinze jours. Certains critiques soupçonnent les autorités d’avoir mis en place cette légalisation dans une tentative d’augmenter les revenus du gouvernement, puisque Singapore Pools et Singapore Turf Club sont la propriété du gouvernement de Singapour. D’autres se sont amusés à rapprocher de façon ironique cet ‘encouragement’ aux jeux d’argent en ligne avec la récente décision du Comité international olympique de changer l’abréviation pour Singapour lors des manifestations sportives, en utilisant SGP au lieu de SIN. Le Comité national olympique de Singapour ne voyait en effet pas d’un bon œil la connotation négative du mot ‘sin’ qui en anglais veut dire ‘péché’. Etre associé à l’idée d’immoralité n’est vraisemblablement pas le message que les autorités singapouriennes souhaitent faire passer pour attirer toujours plus de visiteurs dans la cité-Etat…

 

(1) Une « liste noire » des personnes qui sont interdites de jeu existe déjà pour l’accès aux casinos et toute personne étant sur cette liste ne peut pas s’inscrire pour jouer en ligne avec Singapore Pools et Singapore Turf Club.

Dans mon portable (4)

Nouveau retour en arrière, à travers quelques photos prises avec mon téléphone…

8 avril 2016

histoire

Conférence sur la notion de ‘race’ dans les manuels scolaires singapouriens. Passionnant!

5 août 2016

naissance

naissance2

Conversation interreligieuse (organisée par ACCIRD), sur le thème: les rituels de la naissance. Chaque intervenant (une hindoue, un musulman, un chrétien, un bouddhiste et un taoïste) a présenté en 15 minutes ce qui est fait dans sa religion, et un temps de questions-réponses a suivi. La prochaine fois on parlera mariage…

13 août 2016

unconferenceEiF UnConference

Il s’agit d’une conférence sans sujet précis, si ce n’est que nous y parlons de religion, mais les participants proposent les sujets qui seront abordés en petits groupes, sans tabous.

14 août 2016

acm

Visite du Musée de la civilisation asiatique pour son exposition: « Le christianisme en Asie ». Fascinant!

20 août 2016

festivalDans le quartier chinois, pendant le mois des fantômes affamés.

13 octobre 2016

rome1

rome2Conférence organisée par ACCIRD, à l’occasion du passage à Singapour de l’évêque Miguel Ayuso, Secrétaire du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (CPDI). Il est accompagné du père Indunil Janakaratne Kodithuwakku Kankanamalage, son assistant au CPDI et du révérend Dr. Peniel Rajkumar, de l’Interreligious Dialogue and Cooperation, WCC. Dans le public, divers représentants des religions à Singapour étaient présents pour essayer de comprendre l’approche du pape François concernant le dialogue interreligieux.

14 octobre 2016

noelOrchard road, la rue commerçante de Singapour est déjà décorée pour Noël!

15 octobre 2016

terrorismeCommaCon 2016

J’ai eu le plaisir d’être l’un des ‘facilitators’ lors de cette conférence sur le thème du terrorisme. Un moment très enrichissant pour discuter en petits groupes de l’impact du terrorisme dans la vie quotidienne de chacun.