La cécité…, euh pardon, laïcité française

Le fondamentalisme n’est pas que religieux. La France depuis quelques temps nous donne de bons exemples de fondamentalisme laïc. La Liberté d’expression, que l’on a défendue suite aux massacres à Charlie Hebdo et dans une supérette casher en janvier dernier, n’inclut-elle pas la liberté de religion ? Egalité ne veut pas dire uniformité, et la Fraternité à mon sens exprime le souci de l’Autre, qui malgré sa différence est celui dont je me sens proche. Rappel des faits :

  • Novembre 2013 : une jeune fille voilée, membre de l’association interreligieuse Coexister, se voit refuser d’apporter son aide aux Restos du Cœur. Le port du foulard islamique enfreint la «charte du bénévole», selon l’association.
  • Décembre 2014 : Des crèches de Noël sont interdites dans des mairies. On ne veut pas d’emblème religieux dans un bâtiment public.
  • Mars 2015 : Un rabbin de Toulouse a failli ne pas pouvoir voter aux élections départementales, car il portait une kippa. Une responsable du bureau de vote y voyait une atteinte à la laïcité.
  • Mars 2015 : Des jeunes filles ne peuvent entrer dans leur collège à Montpellier car elles portent des jupes trop longues et celles-ci sont assimilables à des signes religieux.
  • Avril 2015 : La RATP décide de ne pas afficher une publicité pour le concert « Les Prêtres », car l’affiche mentionne que ce concert est au bénéfice des chrétiens d’Orient. Cette mention est dans un premier temps refusée au nom du « principe de neutralité du service public », mais la RATP fera machine arrière devant les nombreuses critiques, y compris celle de Manuel Valls qui dira : « Stop aux débats stériles ! Soutenons les Chrétiens d’Orient, victimes de la terreur obscurantiste. La RATP doit assumer ses responsabilités. »

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On pourrait citer d’autres exemples, mais ceux-ci me semblent intéressants. S’agit-il de cas isolés ? Sans doute, mais la fréquence de ce genre d’accrochages révèle un problème de fond : la montée de l’intolérance envers la présence du religieux dans l’espace public.

La laïcité serait-elle devenue paradoxalement une sorte de religion d’état ? Lorsque je vois la laïcité à la singapourienne, je ne peux m’empêcher de croire que la France se met le doigt dans l’œil. Bien sûr que la liberté religieuse ne doit pas encourager le prosélytisme, mais on peut très bien faire de la place à chacun, quel que soit sa particularité. Une laïcité inclusive est possible.

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Singapour doit aussi faire face régulièrement à des frictions concernant la place de chaque religion dans l’espace public. En 2013, par exemple, la question du port du voile pour les infirmières dans les hôpitaux publiques a fait débat. Le premier ministre a rencontré les associations et dirigeants religieux pour en discuter en janvier 2014. Il leur a alors dit que la position du gouvernement sur la question du voile n’était pas figée, se référant à l’évolution des attitudes, il a ajouté que des « arrangements seraient mise à jour ». Fidèle à l’approche pragmatique du gouvernement, M. Lee a affirmé qu’il était «convaincu que nous ne serons pas dans la même situation aujourd’hui et dans cinq ou dix ans (…). Il est préférable que nous continuions une évolution progressive et prudente (…). L’harmonie raciale dont nous jouissons n’est pas parfaite, mais elle est plus précieuse et plus fragile que nous le pensons. Travaillons dur pour la renforcer, de sorte que toutes les races puissent vivre heureuses ensemble comme un seul peuple uni. »

Le voile pour les musulmanes ou le turban pour les sikhs font partie du paysage singapourien, cependant l’expression religieuse vestimentaire n’est pas autorisée partout. Tout comme en France, il y a des règles, mais de manière générale, le signe extérieur de religiosité est accepté.

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La laïcité est « une conquête historique » et « la liberté de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, de manifester ses convictions y compris en dehors de chez soi. Vous avez le droit d’afficher vos convictions syndicales, politiques, le club de football que vous soutenez… et y compris vos convictions religieuses. La neutralité ne s’impose pas aux gens dans la rue. » Seulement aux agents de l’État. Les limites étant la décence, la sécurité ou le trouble de l’ordre public. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Jean-Louis Bianco, le président de l’Observatoire de la laïcité en France.

Pour conclure, je vous laisse avec cette photo du président de la République singapourienne Tony Tan Keng Yam (au centre), entouré par la Présidente du Parlement Halimah Yacob (à droite) et le juge en chef Sundaresh Menon (à gauche), à l’ouverture de la session parlementaire, le 16 mai 2014:

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