Colloque entre chrétiens et taoïstes

Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, l’archidiocèse catholique de Singapour et la fédération taoïste de Singapour ont organisé conjointement le deuxième colloque chrétien-taoïste à Singapour du 5 au 7 novembre 2018 (le premier avait eu lieu à Taiwan en 2014). Le thème du colloque était « Éthique chrétienne et taoïste en dialogue ». Soixante-dix spécialistes chrétiens et taoïstes, ainsi que de nombreux acteurs du dialogue interreligieux, venus principalement de Singapour, mais également de Chine, de France, de Corée du Sud, de Malaisie, de Suisse, de Taiwan et du Vatican, ont pris part à cet événement.

La rencontre avait pour but d’approfondir le dialogue entre chrétiens et taoïstes, dans des échanges à la fois intellectuels et informels, en réponse aux défis contemporains dans les domaines de la bioéthique, la pauvreté, la morale en économie et les problèmes environnementaux… Le programme comprenait également des visites culturelles et interreligieuses. Singapour étant le pays ayant la plus grande diversité religieuse au monde, les initiatives interreligieuses s’y multiplient et sont de plus en plus encouragées par le gouvernement qui, par l’intermédiaire du ministère de la culture et de la jeunesse, soutenait ce colloque. Le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, rappelait d’ailleurs au même moment qu’en « créant des possibilités d’interaction entre les religions et en renforçant les liens entre les religions, nous nous protégeons contre les forces qui pourraient déchirer notre société ».

Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a repris dans son message d’introduction au colloque les mots du pape François, prononcés lors du congrès organisé par la fondation Centesimus Annus – Pro Pontifice le 26 mai 2018 : « Les difficultés et les crises actuelles du système économique ont une dimension éthique indéniable : elles sont liées à une mentalité d’égoïsme et d’exclusion qui a engendré dans les faits une culture du rebut, aveugle face à la dignité humaine des plus vulnérables. Nous le voyons dans la ‘mondialisation de l’indifférence’ croissante face aux défis moraux évidents que la famille humaine est appelée à affronter. […] Je pense aussi aux questions éthiques urgentes liées aux mouvements migratoires mondiaux. » Il souligne en outre que « la dimension éthique des relations sociales et économiques dans la vie et dans l’activité sociale ne peut être importée de l’extérieur, mais qu’elle doit émerger de l’intérieur. Cela représente naturellement un objectif à long terme, qui exige l’engagement de chaque personne et de chaque institution au sein de la société ».

Taoisme

« Une réponse multiforme aux défis de notre époque »

Dans la première partie du colloque, les intervenants ont analysé la crise morale qui affecte le monde aujourd’hui. Les spécialistes ont ensuite présenté les enseignements de Jésus, de saint Paul, de Lao-Tseu et d’autres sages taoïstes. Après avoir examiné les écrits sacrés des deux traditions, chacun a essayé de proposer des orientations et des solutions pour améliorer le monde en crise. Invitée par la fédération taoïste de Singapour, Karine Martin, femme prêtre taoïste française, a conclu son intervention en soulignant que « si des religions telles que le taoïsme et le christianisme doivent participer à la résolution des problèmes auxquels la société est actuellement confrontée, elles doivent présenter leur technique ancestrale consistant à apaiser l’esprit et à réconforter le cœur de chaque individu. »

Interrogée par Églises d’Asie sur la place du taoïsme aujourd’hui dans la société, Karine Martin a fait remarquer qu’il tient « une place très importante sur le plan spirituel et sur le plan du bien-être, parce que toutes les pratiques de Tai-chi et les enseignements de la médecine chinoise prennent racine dans les enseignements taoïstes. En revanche, les enseignements taoïstes religieux sont beaucoup moins connus. Le taoïsme est un chemin qui fournit des outils pour partir à la recherche de la vérité. » Interrogé par Églises d’Asie, le père Benoît Vermander, un jésuite présent depuis plus de vingt ans en Chine, notait pendant le colloque que ce qui lui semblait enrichissant en premier lieu, c’était la participation importante des taoïstes à l’événement, en particulier les jeunes taoïstes de Chine continentale. « Le fait qu’on ait parlé de thèmes très concrets tels que la famille et l’éducation a joué un rôle important. C’est sans doute la première fois qu’il y a une participation aussi active de leaders taoïstes. » Le père Vermander a également tenu à souligner la qualité de l’organisation de ce colloque par de nombreux bénévoles singapouriens.

PGP02582

Dans une déclaration publiée à l’issue du colloque, les participants ont d’abord noté que cette réunion avait renforcé des liens d’amitié. Les deux groupes reconnaissent que « la crise éthique d’aujourd’hui nécessite la redécouverte de valeurs universelles fondées sur la justice sociale, l’écologie intégrale, ainsi que la dignité de la vie humaine à tous les niveaux et dans toutes les circonstances. Par conséquent, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 reste une expression fondamentale de la conscience humaine pour notre époque et offre une base solide pour la promotion d’un monde plus juste. Nous croyons en la capacité de nos traditions religieuses d’inspirer une réponse multiforme aux défis de notre époque. Par conséquent, il est nécessaire d’améliorer les méthodes de communication de nos traditions dans un langage facilement compréhensible. »

(EDA / François Bretault)

Publicités

Halimah Yacob, femme, musulmane et présidente de la République de Singapour.

Halimah Yacob, musulmane de la minorité malaise, est devenue présidente de la République de Singapour : c’est la seule candidate à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections présidentielles.

Lundi 11 septembre, le comité électoral a confirmé que les élections présidentielles de Singapour n’auront pas lieu. Halimah Yacob, 63 ans, présidente du Parlement jusqu’à sa démission en août dernier, est la seule des trois candidats à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections. Celles-ci, réservées exclusivement aux candidats de la minorité malaise de Singapour, auraient dû se tenir le 23 septembre.

La présidente de la République aura essentiellement un rôle cérémoniel, comme ses prédécesseurs, car l’exécutif est entre les mains du Premier ministre Lee Hsien Loong (fils de Lee Kuan Yew, le ‘père de la nation’). Elle détient néanmoins des pouvoirs de veto sur la nomination des postes clés du gouvernement et l’utilisation des réserves financières de Singapour. Normalement, l’accession à ce poste d’une femme issue d’une minorité, qui plus est, musulmane pratiquante portant le voile, dans un Etat laïque et majoritairement chinois (1) devrait être considérée comme une percée remarquable. Cette victoire facile est en fait très controversée.

Une figure publique reconnaissable

Le 6 août dernier, Madame Halimah Yacob annonçait qu’elle se présenterait aux élections présidentielles. « Je fais confiance aux Singapouriens pour voir au-delà du voile, au-delà de la religion, au-delà de la race, au-delà du genre, car c’est ce qui est à la base de notre système » affirmait-elle. Pourtant les Singapouriens ne lui reprochent ni sa religion, ni le fait qu’elle soit une femme. La critique qui revient le plus souvent est le fait d’avoir nié son héritage indien et de prétendre être indépendante alors qu’elle est un ‘produit’ du PAP, le Parti de l’Action du Peuple, au pouvoir depuis l’indépendance de la cité-Etat.

Qui est Halimah Yacob ? Son père d’origine indienne et de religion musulmane est mort quand elle avait huit ans. C’est donc sa mère d’origine malaise qui l’a élevée. Les origines ethniques sont importantes à souligner, car cette élection présidentielle, la première de ce genre, était réservée aux candidats de la minorité malaise de Singapour. Or, certains ont mis en doute le fait que Madame Yacob puisse se présenter car la ‘race’ (2) est traditionnellement considérée comme étant celle du père, et non de la mère. Après avoir fait des études de droit, Mme Yacob fut avocate. C’est en 2001 qu’elle s’est engagée en politique et, à l’âge de 47 ans, elle fut élue députée. En 2011, elle est devenue ministre d’État au ministère du Développement communautaire, de la Jeunesse et des Sports, puis ministre d’État au ministère du Développement social et familial l’année suivante. Sur proposition du Premier ministre Lee Hsien Loong, elle a été élue présidente du Parlement le 14 janvier 2013, devenant ainsi la première femme à tenir ce poste dans l’histoire de la République.

Être ou ne pas être malais ?

Pour cette élection résevée aux Malais, la question de savoir si un candidat à la présidence est « assez malais » était au centre des débats de ces dernières semaines. Deux autres personnes s’étaient présentées pour faire face à Madame Yacob, mais tout comme elle, leur identité ethnique était mise en doute : M. Salleh Marican, dont le père était indien, s’est un peu embrouillé dans son malais lors d’une interview et M. Farid Khan  est d’origine pakistanaise sur sa carte d’identité.

Dans la constitution singapourienne: une « personne appartenant à la communauté malaise » est définie comme étant de race malaise ou autre, mais se considérant comme membre de la communauté malaise et généralement acceptée comme tel par celle-ci.

« Pour l’instant, les politiques clés de Singapour dépendent encore de l’utilisation du modèle CMIO[Chinois, Malais, Indiens et Autres (3)]. […] Les identités raciales et culturelles demeurent importantes pour la plupart des Singapouriens », souligne Eugene Tan, professeur de droit à l’Université de Management de Singapour« Alors que Singapour s’épanouit en tant que nation, l’importance du système CMIO dans la sphère publique devrait diminuer progressivement. Chaque Singapourien a plusieurs identités et aucune classification ne peut jamais en capturer toutes les nuances », ajoute-t-il. Et de préciser : « reconnaître que les identités multiples font partie intégrante de Singapour est vital pour les relations ethniques ».

Une commission a été mise en place pour juger de l’ethnicité de chaque candidat. Mme Halimah Yacob, M. Salleh Marican et M. Farid Khan ont tous les trois reçu leur certificat stipulant qu’ils faisaient bien partie de la communauté malaise. Mais au final, seule Mme Yacob a pu obtenir un certificat d’éligibilité, car elle avait occupé un poste clé dans le service public pendant plus de trois ans. Les deux autres venant du secteur privé devaient justifier de trois ans de travail à la tête d’une entreprise dotée d’un capital d’au moins 500 millions de dollars singapouriens (330 millions d’euros), et ce n’était pas le cas.

Le jeu politique du gouvernement

Le PAP a mis en place ces changements dans le processus électoral afin, soi-disant, d’élargir la représentation politique des minorités ; et les dirigeants, dont le Premier ministre Lee Hsien Loong, ont été forcés de nier que les nouvelles règles allaient à l’encontre de l’éthique méritocratique de Singapour. De nombreux observateurs estiment en fait que ces critères auraient plutôt été mis en place pour barrer la route à l’un des candidats malheureux des dernières élections (en 2011): le docteur Tan Cheng Bock avait perdu de justesse face au candidat officiel Tony Tan, mais il comptait bien se représenter cette année.

La majorité des Singapouriens semblent néanmoins être d’accord sur le fait que Mme Halimah Yacob devrait être une bonne présidente. Mais comme le souligne Md Suhaile, un journaliste singapourien, le fait d’avoir été ‘élue’ grâce à une élection réservée aux malais nourrit le stéréotype des malais qui ne sont tout simplement pas aussi bons que les autres. Il y a quelques jours, Lawrence Chong, un jeune singapourien engagé dans le dialogue interreligieux indiquait sur Facebook « Je m’inquiète vraiment des conséquences de cette élection présidentielle sur nous en tant que nation. Les commentaires en ligne ne vont pas dans la bonne direction et je crains que le discours nous divise et laisse des blessures béantes dans notre tissu social. Je me demande pourquoi le gouvernement n’a pas choisi un candidat malais lors d’élections précédentes si c’était un problème. Il y a un antécédent, le gouvernement a soutenu le président Nathan [NDLR : SR Nathan, indien, fut le président de Singapour de 1999 à 2011] qui a assumé sa tâche avec sagesse et grâce. Alors, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas laissé ces élections ouvertes à tous, en soutenant Halimah, qui est une excellente candidate ? C’est ce qui me surprend le plus. »

« Si nos dirigeants croient vraiment à la diversité, pourquoi ne préconisons-nous pas que le Premier ministre soit aussi issue d’une minorité ? » questionne Jeraldine, une jeune blogueuse. Elle fait ici référence à la succession du Premier ministre, Lee Hsien Loong, qui a annoncé sa retraite prochaine. Le vice-Premier ministre Tharman Shanmugaratnam, semble être la personnalité préférée des Singapouriens pour lui succéder, mais il est indien.

Dans un entretien avec la BBC en mars dernier, Lee Hsien Loong expliquait : « à Singapour, c’est bien mieux qu’avant, mais la race et la religion comptent toujours. […] Je pense que les considérations ethniques ne sont jamais absentes lorsque les électeurs votent et cela rend les choses difficiles, ce n’est pas impossible, et j’espère qu’un jour il y aura un Premier ministre non chinois, mais vous me demandez si cela va arriver demain, je ne le pense pas. »

 

(1) Selon le recensement de 2015, Singapour compte près de 5,4 millions d’habitants ; les malais représentent 13,3 %, les indiens 9,1 % et les autres minorités 3,3 % d’une population à majorité chinoise (74,3 %).

(2) Le terme de ‘race’ pourrait choquer, mais dans le contexte singapourien, votre ‘race’ est mentionnée sur votre carte d’identité.

(3) La population est catégorisée en fonction des origines ethniques de chacun pour favoriser une sorte de discrimination positive dans de nombreux domaines, tels que l’accession au logement ou à l’éducation.

« La loi s’applique à tous, que vous soyez ministre, simple citoyen, pasteur ou imam »

Ces mots sont ceux du ministre de la Justice et de l’Intérieur, K. Shanmugam, suite aux différents démêlés avec la justice impliquant récemment, d’une part, les responsables de la City Harvest Church, une importante Eglise évangélique, et, d’autre part, un iman étranger.

Peines de prison réduites pour les responsables de l’Eglise évangélique

Condamnés en novembre 2015 à des peines allant de 21 mois à huit ans de prison pour abus de confiance et falsification de comptes, les six accusés dans le procès de la City Harvest Church avaient fait appel auprès de la Haute Cour de justice. Le verdict est tombé le 7 avril dernier : le tribunal a confirmé le verdict de culpabilité des accusés, mais a significativement réduit leurs peines, prenant en compte notamment le fait qu’il n’y avait pas eu d’enrichissement personnel par les six accusés qui ont agi dans ce qu’ils considéraient être l’intérêt supérieur de leur Eglise. Le principal accusé, le Rév. Kong Hee, fondateur de cette importante Eglise évangélique de Singapour, a vu sa peine passer de huit ans à trois ans et demi de prison ferme. Pour rappel, lui et ses collaborateurs avaient détourné une somme de 50 millions de SGD (dollars de Singapour), soit 32 millions d’euros, afin de financer la carrière musicale de Ho Yeow Sun, chanteuse pop et épouse du Rév. Kong Hee.

La City Harvest Church a publié une déclaration sur son site Web en se disant « profondément attristée par cette décision (de condamnation) », mais « remerciant Dieu pour les réductions de peines ». Le Rév. Kong Hee a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il était reconnaissant que sa peine ait été réduite, même si « les termes du jugement retenus ne sont pas ceux que j’avais espérés ». Le procès criminel le plus coûteux de l’histoire de Singapour aurait dû s’arrêter ici. Mais le procureur général en a décidé autrement : la semaine dernière, l’affaire a été renvoyée devant la Cour d’appel dans le but de maintenir ou d’alourdir la condamnation initiale. Les honoraires des avocats, déjà estimés à plus de 10 millions de SGD, pourraient augmenter entre un million et cinq millions de dollars de plus, maintenant que le procès va continuer, souligne la presse locale.

Malgré une nette baisse de fréquentation due au scandale, la City Harvest Church continue ses activités, une nouvelle direction a été mise en place, sous le label « CHC 2.0 » afin de se donner une nouvelle image.

La tolérance zéro du gouvernement singapourien

« Il y a une règle de droit, et la règle de droit est que, si les faits montrent qu’une infraction a été commise, peu importe ce que vous êtes, des mesures seront prises », a souligné le ministre de la Justice et de l’Intérieur lors d’un dialogue sur l’harmonie raciale et religieuse tenu au début de ce mois. K. Shanmugam faisait référence au procès de la City Harvest Church, mais aussi à celui de l’imam Nalla Mohamed Abdul Jameel, dont le verdict a aussi été rendu au début du mois (le responsable musulman était accusé d’avoir fait des remarques offensantes envers les chrétiens et les juifs).

Les commentaires de l’imam, prononcés lors d’un prêche dans une mosquée, avait été filmés et postés sur les réseaux sociaux. Ayant admis avoir prié en public pour que « Dieu accorde aux musulmans la victoire sur les juifs et les chrétiens », citant non pas le Coran, comme certains l’avaient affirmé dans un premier temps, mais un texte venant de son village natal en Inde, l’imam s’est excusé devant une assemblée d’une trentaine de représentants religieux chrétiens, sikhs, taoïstes, bouddhistes et musulmans. « Les Singapouriens tiennent beaucoup à la diversité et l’harmonie de leur peuple, et je n’ai pas le droit de les déstabiliser. C’est la raison pour laquelle j’ai bien compris et accepté la décision d’être poursuivi en justice afin de maintenir l’ordre public », a-t-il déclaré.

singapour - imam 2.jpeg

Les représentants juifs n’étant pas présents ce jour-là, l’imam est à nouveau allé s’excuser deux jours plus tard auprès du rabbin Mordechai Abergel. Malgré tout, le responsable religieux a été condamné à une amende de 4 000 dollars de Singapour (2 700 euros) et a été expulsé vers l’Inde, son pays d’origine.

La question religieuse reste très sensible à Singapour. Le public réagit avec passion aux affaires impliquant l’une ou l’autre religion, et le gouvernement n’hésite pas à régulièrement brandir le souvenir du précédent historique des émeutes religieuses qui avaient fait 36 morts en 1964, afin de signifier qu’il est le meilleur garant contre le pire. Singapour étant le pays au monde ayant la plus forte diversité religieuse (c’est ce qu’affirme une récente étude du Pew Research Centre), les autorités maintiennent une attitude punitive très stricte pour éviter tout éventuel débordement. Amos Yee, un adolescent très anti-establishment, issu d’une famille catholique, en a aussi fait les frais après avoir « offensé les sentiments religieux des musulmans et des chrétiens » dans plusieurs vidéos postées sur Internet. Les Etats-Unis viennent de lui accorder l’asile politique

Ouverture d’une enquête suite aux propos belliqueux d’un imam envers les juifs et les chrétiens

Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour, a déclaré le ministre de l’Intérieur, K. Shanmugam. Singapour vient en effet de rappeler l’importance que son gouvernement attache au respect d’une tolérance religieuse très stricte en réponse aux remarques qu’un imam aurait faites lors d’un sermon le mois dernier.

masjid-jamae-chulia-192934

La mosquée où le prêche a eu lieu: Masjid Jamae (Chulia)

Suite à une vidéo postée sur les réseaux sociaux, qui montre l’imam affirmant : « Dieu nous accorde la victoire sur les juifs et les chrétiens », le ministre de l’Intérieur a expliqué qu’une enquête avait été ouverte pour éclaircir le contexte dans lequel ces remarques avaient été faites. « Si l’imam a utilisé cette phrase pour dire, par exemple, que de telles phrases peuvent promouvoir la haine ou la violence envers les autres communautés et que cela n’est pas acceptable dans une société plurireligieuse, alors il n’y a rien à redire (…). En revanche, s’il a dit que les juifs et les chrétiens devraient être vaincus, et que Dieu accorderait la victoire aux musulmans pour illustrer sa position, c’est totalement inacceptable », a-t-il déclaré. Faisant référence à un couple chrétien condamné à huit semaines de prison en 2009 pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam, K. Shanmugam a ajouté : « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…), il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Statut particulier des musulmans à Singapour

Les musulmans à Singapour, en majorité malais, représentent 15 % de la population et jouissent d’un statut particulier, inscrit dans la Constitution du pays (1) en raison de son histoire. Dans certains domaines juridiques tels que le mariage, le divorce ou le droit des successions, la communauté musulmane suit la loi musulmane, la charia, et l’Etat apporte son soutien à divers aspects de la vie religieuse telle que la construction de mosquées. Enclavé entre deux pays à forte majorité musulmane (la Malaisie et l’Indonésie), Singapour tient à respecter sa minorité de confession musulmane, entre autres pour ne pas attiser les tensions avec ses voisins. Dans le même temps, le gouvernement singapourien s’efforce de promouvoir un islam ouvert et respectueux de la dimension multireligieuse de la cité-Etat.

La vidéo portant le sermon controversé de l’imam a été publiée sur Facebook le 24 février dernier, par Terence Nunis, un converti musulman. Ce dernier critiquait l’imam pour son allocution et se demandait comment ce genre de remarques était possible à Singapour. Sa publication a déclenché une tempête. Certains ont soutenu sa position, tandis que d’autres l’ont vertement critiqué. Parmi ces détracteurs, Khairudin Aljunied, professeur agrégé au département des études malaises à l’Université nationale de Singapour (NUS), a publié sur sa propre page Facebook un dialogue imaginaire intitulé « L’imam et l’idiot de converti », dans lequel il reproche à Terence Nunis de ne pas être un bon musulman. Cela engendra une nouvelle vague de réactions…

Lors d’une session parlementaire, le 3 mars dernier, le ministre de l’Intérieur a réagi aux commentaires de l’universitaire : « La position et les actions de M. Khairudin sont tout à fait inacceptables. Il est intervenu sans vérifier les faits, sans vérifier le contexte, et il soutient une position qui est tout à fait contraire aux normes, aux valeurs et aux lois de Singapour. » Le professeur a depuis été suspendu de ses fonctions par l’université et sa page Facebook a été désactivée.

Suite aux commentaires enflammés arrivant sur sa page Facebook, le mufti de Singapour, le Dr Fatris Bakaram, a quant à lui décidé de mettre son compte hors ligne pendant une journée afin que les choses se calment un peu. Après son retour en ligne, le mufti a déclaré qu’il fallait prendre du recul pour réfléchir à la situation. « Personnellement, je ne suis pas d’accord avec l’approche adoptée par certains individus qui jouent sur le côté sensationnel de la vidéo (…), mais, quelle que soit notre opinion, il n’est pas approprié d’agir ou de commenter d’une manière qui blesse les sentiments ou crée un malaise public », a déclaré le Dr Fatris, avant d’ajouter que personne ne devrait donner une fausse image de l’islam ou de la communauté musulmane, laquelle s’efforce de développer l’harmonie entre les différentes communautés.

Les autorités singapouriennes font beaucoup d’efforts pour promouvoir la bonne entente et le respect entre les communautés religieuses, mais elles craignent les éléments isolés de la société qui, via les réseaux sociaux, parviennent à avoir un auditoire et fragilisent la cohésion sociale. Dénoncer les dérives et l’intolérance religieuse est fortement encouragé à Singapour, mais la méthode employée n’est pas toujours idéale, car elle contribue parfois à mettre de l’huile sur le feu. Yaacob Ibrahim, ministre chargé des Affaires musulmanes, résume ainsi le problème dans un message sur Facebook : « Il n’y a pas de place à Singapour pour l’extrémisme ou l’exclusivisme parce que nous encourageons le respect mutuel et l’harmonie. (…) S’il est juste de tirer la sonnette d’alarme quand on voit des actes répréhensibles, il faut aussi se demander si la manière dont cela est fait est appropriée, ou si elle sème plus de discorde et provoque des tensions dans notre société. Sur des sujets aussi sensibles, il serait préférable de s’adresser en premier lieu aux autorités plutôt que de passer par Internet. »

Désamorcer les conséquences sociales d’un éventuel attentat

Cette actualité prend place dans un contexte relativement tendu à Singapour. Le gouvernement vient de lancer la campagne « SGSecure », visant à préparer le public en cas d’attentat terroriste. « Soyons vigilant, il ne s’agit pas de savoir ‘si’, mais ‘quand’ », affirment des affiches placées dans les couloirs du métro et dans les quartiers résidentiels. De nouvelles caméras de vidéosurveillance, déjà très présentes, apparaissent dans les ascenseurs et les cages d’escalier. Dans son discours au Parlement, K. Shanmugam a également évoqué le contexte tendu dans la région, en expliquant comment la menace de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (ISIS) s’était rapprochée de Singapour. Des attaques revendiquées par l’Etat islamique ont été menées en Indonésie et en Malaisie en 2016, et l’organisation terroriste semble vouloir cibler le Sud philippin. Un des objectifs de la campagne SGSecure est de prévoir l’après-attentat. Si jamais l’Etat islamique frappait Singapour, comment faire en sorte que les musulmans singapouriens ne soient pas montrés du doigt ?, s’inquiètent les autorités de la cité-Etat. Si c’était le cas, l’harmonie entre les religions, caractéristique de Singapour, pourrait voler en éclats.

stayUnited_icon

Un des logos de la campagne SGSecure

Le gouvernement singapourien affiche donc sa détermination concernant les questions religieuses. En parlant de ceux qui s’en sont pris de façon vulgaire et inacceptable au mufti de Singapour, le ministre de l’Intérieur a averti : « Nous surveillons de près les personnes qui font ces choses. Si leur conduite va trop loin et devient criminelle, des mesures seront prises. »

(1) Art 152 (2) de la Constitution : « Le gouvernement doit exercer ses fonctions de façon à reconnaître la situation particulière des Malais, qui sont les autochtones de Singapour ; il est par conséquent de la responsabilité du gouvernement de protéger, sauvegarder, soutenir, favoriser et promouvoir leur éducation, leurs intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels et religieux, ainsi que la langue malaise. »

Singapour autorise les jeux de hasard et les paris en ligne, les responsables religieux s’inquiètent

Suite à l’annonce faite par le gouvernement de légaliser les paris en ligne pour les deux opérateurs nationaux Singapore Pools et Singapore Turf Club, l’archevêque catholique de Singapour, Mgr William Goh, a publié le mois dernier une lettre pastorale pour s’exprimer sur le sujet.

« Tout en partageant les appréhensions de beaucoup de Singapouriens concernant les implications morales et sociales des jeux d’argent, en particulier sur les familles de par l’intrusion imminente d’un vice potentiel dans l’espace sacré de nos foyers, je souhaite saisir cette occasion pour vous rappeler les enseignements de l’Eglise concernant les jeux d’argent et vous informer de nos engagements auprès des autorités sur cette question », explique Mgr Goh dans l’introduction de sa lettre. Il continue son message en citant le Catéchisme de l’Eglise catholique, au paragraphe n° 2 413 : « Les jeux de hasard (jeu de cartes, etc.) ou les paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. Ils deviennent moralement inacceptables lorsqu’ils privent la personne de ce qui lui est nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux d’autrui. » L’archevêque exprime ensuite ses préoccupations par rapport aux effets néfastes possibles d’une « culture du jeu » qui pourrait s’emparer des Singapouriens.

Page d'accueil du site Singapore Pools. (La bande jaune vous encourage à ne pas trop jouer, mais la photo vous dit qu'une partie des gains est reversé à la communauté...).

Page d’accueil du site Singapore Pools. (La bande jaune vous encourage à ne pas trop jouer, tandis que la photo vous dit qu’une partie des gains est reversé à la communauté…).

L’attitude paradoxale du gouvernement singapourien vis-à-vis des jeux d’argent

Le gouvernement de Singapour a depuis quelques années adopté une approche pragmatique dans sa gestion des jeux d’argent. Déjà en 2005, il avait autorisé la construction de deux casinos dans la cité-Etat, ce qui n’avait pas été sans susciter une désapprobation générale de la part des autorités religieuses. A l’époque, le Premier ministre Lee Hsien Loong avait paradoxalement invité les institutions religieuses à se joindre à l’action du gouvernement pour limiter l’impact social de sa décision. Les considérations économiques avaient primé, et il est vrai que depuis l’ouverture de ces casinos en 2010, le nombre de touristes à Singapour est en nette progression, mais en parallèle, le nombre de personnes demandant à être soignées contre de la dépendance aux jeux d’argent a doublé depuis 2010.

Singapour reste un des pays les plus joueurs au monde, en deuxième position derrière l’Australie, avec des citoyens perdant en moyenne 1 189 $ de Singapour (788 €) par personne chaque année. Depuis le 25 octobre dernier pour Singapore Pools et depuis le 15 novembre pour Singapore Turf Club, il suffit d’avoir au moins 21 ans et de s’inscrire personnellement auprès d’un des bureaux de ces deux opérateurs nationaux pour pouvoir jouer en ligne à la loterie ou parier sur des compétitions sportives telles que la Formule 1, le football ou les courses de chevaux… Le ministre du Développement social et de la Famille, Tan Chuan-Jin, a déclaré que l’objectif était de fournir un « espace plus sûr » aux joueurs en ligne, afin d’éviter de passer par des sites de jeux illégaux, souvent liés à des activités criminelles.

Des institutions religieuses vigilantes

Le sujet est visiblement très sensible pour les institutions religieuses, qui d’une part ne veulent pas encourager ce qu’elles considèrent comme un vice, mais d’autre part veulent éviter toute tension avec le gouvernement qui a pris le temps de les rencontrer avant de prendre sa décision. Le Conseil religieux islamique de Singapour (MUIS) a ainsi fait part de ses inquiétudes. « Les parents devraient éduquer leurs enfants aux dangers des jeux en ligne et même s’inscrire pour s’exclure volontairement de toute activité de jeux d’argent autorisés sur le Net », conseille le MUIS (1). « L’islam interdit fermement les jeux d’argent car ils peuvent affecter potentiellement toute la famille et la communauté », ajoute l’organisation musulmane. Le Conseil national des Eglises de Singapour (organisme représentant les principales dénominations protestantes), qui avait jusqu’ici une position très claire contre l’autorisation des jeux en ligne, a mis de l’eau dans son vin en déclarant récemment : « Nos représentants ont eu une discussion importante et franche avec le ministère de l’Intérieur et le ministère des Affaires sociales et familiales. Le gouvernement est disposé à renforcer de manière proactive l’environnement familial et social afin de prévenir et d’atténuer les conséquences néfastes du jeu en ligne. » De même, Mgr Goh explique dans sa lettre pastorale : « Nous reconnaissons que les autorités ont pris soin de nous consulter, de clarifier et de nous assurer que cette mesure visant à permettre l’accès restreint aux opérateurs de jeux en ligne et à leurs services est celle qui a été prise après une étude minutieuse du contexte et en tenant compte de ce qui serait le mieux pour la société. »

Archevêque de Singapour, Mgr William Goh

Archevêque de Singapour, Mgr William Goh

L’archevêque de Singapour insiste surtout sur le fait qu’il faut rester vigilant et il invite le gouvernement évaluer les conséquences de cette décision : « Reconnaissant que les enjeux sont élevés, l’Eglise catholique en appelle aux autorités pour surveiller de près l’efficacité de ce changement, tout en prenant toutes les mesures nécessaires pour aider ceux qui pourraient être victimes des jeux d’argent en ligne. En outre, nous avons demandé une consultation plus régulière et des mises à jour sur les conséquences de cette loi (…). En tant qu’Eglise, il nous incombe non seulement de nous opposer à tout mouvement qui menace de détruire le bien-être de nos familles, mais surtout de travailler avec les responsables pour trouver des solutions durables aux problèmes auxquels notre société est confrontée. »

Les partis d’opposition se sont exprimés contre cette nouvelle législation, et une pétition sur le Net demandant l’arrêt de la légalisation des paris en ligne a rassemblé plus de 10 000 signatures en moins de quinze jours. Certains critiques soupçonnent les autorités d’avoir mis en place cette légalisation dans une tentative d’augmenter les revenus du gouvernement, puisque Singapore Pools et Singapore Turf Club sont la propriété du gouvernement de Singapour. D’autres se sont amusés à rapprocher de façon ironique cet ‘encouragement’ aux jeux d’argent en ligne avec la récente décision du Comité international olympique de changer l’abréviation pour Singapour lors des manifestations sportives, en utilisant SGP au lieu de SIN. Le Comité national olympique de Singapour ne voyait en effet pas d’un bon œil la connotation négative du mot ‘sin’ qui en anglais veut dire ‘péché’. Etre associé à l’idée d’immoralité n’est vraisemblablement pas le message que les autorités singapouriennes souhaitent faire passer pour attirer toujours plus de visiteurs dans la cité-Etat…

 

(1) Une « liste noire » des personnes qui sont interdites de jeu existe déjà pour l’accès aux casinos et toute personne étant sur cette liste ne peut pas s’inscrire pour jouer en ligne avec Singapore Pools et Singapore Turf Club.

Un adolescent emprisonné pour « offense aux sentiments religieux » des musulmans et des chrétiens

Le 29 septembre dernier, un tribunal de Singapour a condamné Amos Yee, un adolescent singapourien de 17 ans, à six semaines de prison ferme et 2 000 dollars d’amende (1 300 euros), pour avoir « offensé les sentiments religieux des musulmans et des chrétiens » dans plusieurs vidéos postées sur Internet (voir ici et ici). En 2015 déjà, Amos Yee, né dans une famille catholique, baptisé dans la religion catholique mais revendiquant haut et fort son athéisme, avait été condamné à quatre semaines de prison pour avoir fait des remarques jugées offensantes envers les chrétiens.

Amos Yee

Amos Yee

Selon différents acteurs de la société civile locale, cette affaire illustre à nouveau le climat général de restrictions envers la liberté d’expression à Singapour. Les débats sur des sujets sensibles tels que la politique, le racisme ou la religion sont surveillés de près par les autorités singapouriennes et soumis à une législation très répressive en cas de débordement. Le gouvernement n’a aucune tolérance pour les insultes raciales ou religieuses. Ainsi, le Sedition Act est une loi qui criminalise tout discours « qui tend à promouvoir des sentiments de malveillance et d’hostilité entre les différentes races ou les classes de la population de Singapour ».

L’année dernière, Amos Yee avait été inculpé notamment pour avoir enfreint la section 298 du Code pénal qui, au chapitre 224, stipule qu’on ne peut faire de remarques contre une religion avec l’intention délibérée de heurter les sentiments religieux des croyants de cette religion. Peu de temps après le décès de Lee Kuan Yew (Premier ministre de 1959 à 1990 et fondateur du Singapour moderne), l’adolescent avait mis une vidéo sur YouTube intitulée « Lee Kuan Yew est enfin mort ! » (« Lee Kuan Yew Is Finally Dead »), dans laquelle il pestait contre ce dernier, mais aussi contre les chrétiens. Une vingtaine de personnes avaient alors porté plainte contre lui, il avait été reconnu coupable devant les tribunaux et condamné à quatre semaines de prison. Ayant déjà passé cinquante jours en détention préventive, il fut remis en liberté le jour de sa condamnation. Dans sa vidéo, avec l’outrance de son jeune âge mais non sans talent et beaucoup d’humour, Amos Yee avait comparé Lee Kuan Yew à Jésus, en disant que les deux étaient « avides de pouvoir et malicieux : ils ont trompé les gens en se faisant passer pour des êtres à la fois plein de compassion et gentils. Leur impact et leur héritage finalement ne dureront pas car de plus en plus de gens découvrent qu’ils racontaient n’importe quoi. »

A l’époque, le Premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, avait déclaré dans un entretien avec l’hebdomadaire américain Time Magazine que « la religion est une bonne chose à condition que nous soyons en mesure de combler les différences entre nos diverses croyances, à condition de faire des concessions mutuelles, à condition de bien s’entendre ensemble et de ne pas offenser l’autre par un prosélytisme agressif, en dénigrant les autres religions, en étant séparé et, par conséquent, en ayant des soupçons les uns sur les autres, ce qui peut facilement se produire ». Les « autorités sont ouvertes à la critique », avait-il ajouté, mais la « capacité d’exercer la liberté d’expression vient avec des limites ».

Quatre mois après avoir été condamné pour cette première infraction à la loi, Amos Yee récidiva en ciblant cette fois-ci les musulmans dans une vidéo où on peut le voir maltraiter le Coran et en citer des passages pour en ridiculiser le contenu. Le jeune homme de 17 ans a continué à défier les autorités et, par la suite, a refusé de se présenter à deux reprises au commissariat de police. En septembre dernier, Amos Yee, qui refusait jusqu’ici les accusations qui pesaient sur lui, a fini par plaider coupable et a donc été condamné à six semaines de prison et 2 000 dollars d’amende. « Il a, à plusieurs reprises, délibérément choisi de faire du mal en utilisant des mots injurieux et outrageants et des gestes profanes pour blesser les sentiments des chrétiens et des musulmans. Ses remarques méprisantes et irrévérencieuses ont tendance à générer des troubles sociaux et saper l’harmonie religieuse dans notre société », a déclaré le juge le 29 septembre dernier, dans les attendus accompagnant la sentence.

Ce deuxième procès s’est déroulé en présence d’observateurs du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et de l’Union européenne. « En poursuivant Amos Yee pour ses commentaires, quel qu’en soit le côté scandaleux, Singapour a malheureusement mis les bouchées doubles en poursuivant une stratégie qui viole clairement la liberté d’expression », a commenté Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie de Human Rights Watch.

En 2015, des intellectuels singapouriens, des artistes et des militants pour les droits de l’homme avaient critiqué le traitement sévère imposé par le gouvernement à l’adolescent. Dans une lettre ouverte au Premier ministre, 77 signataires avaient écrit : « Nous pouvons prétendre encourager l’indépendance de la pensée et la créativité [un des objectifs affichés des autorités singapouriennes pour soutenir la croissance économique], mais si nos actions révèlent une incapacité à tolérer les non-conformistes, les jeunes vont voir nos exhortations à prendre la parole comme de simples platitudes. »

Avec une population de 5,5 millions d’habitants, Singapour compte 18 % de chrétiens et environ 15 % de musulmans.