Révision de la loi sur le maintien de l’harmonie religieuse

Mise en place en 1990, la loi sur le maintien de l’harmonie religieuse (MRHA : Maintenance of religious harmony act) à Singapour vient d’être révisée, ce lundi 7 octobre, pour répondre aux défis des nouvelles technologies et contrôler l’influence étrangère au sein des organisations religieuses locales. Dans un communiqué, le diocèse catholique de Singapour a souligné qu’il apportait pleinement son soutien au projet de loi : « Les modifications proposées arrivent à point. Il est donc important que le MRHA soit mis à jour afin de pouvoir réagir efficacement à toute nouvelle menace susceptible de nuire à l’harmonie religieuse. Bien que Singapour ait connu la paix et la stabilité au fil des années, l’harmonie religieuse ne doit pas être considérée comme acquise. »

Le 26 août dernier, lors du dîner de gala pour le 70e anniversaire de l’IRO (Inter-Religious Organisation, l’une des plus vieilles organisations interreligieuses du monde), le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, avait expliqué la nécessité d’une mise à jour de la loi sur le maintien de l’harmonie religieuse, existante depuis presque trente ans. En prenant des exemples régionaux tels que la montée de l’extrémisme et de l’intolérance au Sri Lanka et aux Philippines, M. Lee avait déclaré que Singapour était, en comparaison, dans une situation « très précieuse, très rare et remarquable ». Il a rappelé aux Singapouriens qu’il fallait « respecter les personnes qui ont une foi différente de la nôtre. C’est le seul moyen de maintenir une culture de tolérance et du vivre ensemble dans un environnement urbain dense… Qu’il s’agisse de brûler des bâtons d’encens au cours du septième mois du calendrier lunaire [tradition taoïste issue de la religion populaire chinoise], de faire sonner l’Adhan [appel à la prière] dans nos mosquées ou bien le son des cloches dans les églises et les temples hindous, nous devons faire des ajustements, nous adapter et faire preuve de tolérance les uns envers les autres ». Lee Hsien Loong vient d’ailleurs de remporter un prix interreligieux international pour son rôle dans le soutien de la tolérance et de l’harmonie à Singapour. La loi sur le maintien de l’harmonie religieuse (MRHA : Maintenance of religious harmony act) avait été présentée au parlement par Lee Kuan Yew, premier ministre de Singapour à l’époque et père du premier ministre actuel, dans les années 1980. Officiellement, il s’agissait de protéger Singapour de la résurgence mondiale du fanatisme religieux, et d’éviter les tensions entre les différentes religions, mais le gouvernement souhaitait surtout empêcher les organisations religieuses de faire trop de politique, afin d’éviter toute possibilité de contestation. En 1987, des laïcs et prêtres catholiques (dont le père Guillaume Arotçarena, des Missions Étrangères de Paris) s’étaient engagés dans l’activisme social et avaient été accusés de fomenter un complot marxiste dans le but de renverser le gouvernement.

Dix religions reconnues officiellement à Singapour

Le MRHA habilite le ministre de l’Intérieur à restreindre les activités des responsables religieux ou de toute autre personne menaçant l’harmonie religieuse. Le but est donc de contrôler ceux qui, sous couvert de la propagation ou de la pratique d’une croyance religieuse, essaieraient de remonter les foules contre le gouvernement, et accessoirement contre les autres religions. En fait, cette loi n’a jamais été utilisée depuis son entrée en vigueur en 1992. « Il existe des restrictions claires concernant ce que les groupes religieux peuvent faire ou ne peuvent pas faire, telles que ne pas s’impliquer dans la politique ou nuire à la paix religieuse », a déclaré le Dr Mathew Mathews, chercheur à l’Institut d’études politiques (IPS). « Bien que la loi n’ait pas vraiment été utilisée, cela ne veut pas dire que personne ne pouvait tomber sous le coup de cette loi. La menace même que la loi pourrait être appliquée a poussé ceux qui se conduisaient d’une manière qui pourrait porter atteinte à la paix religieuse à chercher rapidement le moyen de réparer leur faute. » Cette épée de Damoclès encourage en effet les contrevenants à présenter publiquement leurs excuses, comme ce fut le cas par exemple en avril 2017, lorsqu’un iman venant d’Inde en avait appelé à « l’aide de Dieu pour combattre les juifs et les chrétiens », ou encore en avril 2018, lorsqu’un prédicateur chrétien des États-Unis disait vouloir « repousser un nouveau mouvement musulman moderne ». Les propos guerriers de ce genre ne sont pas pris à la légère dans la cité-État où dix religions sont reconnues officiellement.

Le ministre de l’Intérieur actuel, K. Shanmugam, avait aussi affirmé qu’il fallait actualiser la loi pour faire face aux nouvelles menaces découlant de l’omniprésence d’Internet. « Le monde est devenu très différent. Nous avons maintenant Facebook, Twitter, Google… La haine peut devenir virale en quelques secondes », avait-il expliqué. En tant que ministre de l’Intérieur, il pourra maintenant émettre une ordonnance de restriction immédiate contre les personnes qui attiseraient les tensions religieuses en ligne (il fallait attendre quatorze jours auparavant), et le gouvernement pourra aussi ordonner le retrait immédiat de publications dans les médias sociaux. Un autre amendement à cette loi impose que les postes clés de direction dans les organisations religieuses soient occupés par des citoyens singapouriens ou des résidents permanents, afin d’empêcher toute influence étrangère indue. Les organisations religieuses sont également tenues de déclarer les dons d’une valeur supérieure ou égale à 10 000 dollars singapouriens s’ils sont effectués par des étrangers, ainsi que de révéler toute affiliation avec des groupes religieux établis à l’étranger qui pourraient éventuellement exercer une influence sur elles.

« L’harmonie religieuse ne doit pas être considérée comme acquise »

Les divers groupes religieux de Singapour ont déclaré qu’ils soutenaient ces propositions de changement ; ils avaient d’ailleurs été consultés sur le sujet. Dans un communiqué de presse, le diocèse catholique de Singapour a souligné qu’il apportait pleinement son soutien au « projet de loi sur le maintien de l’harmonie religieuse [MRHA]. Les modifications proposées arrivent à point. Avec l’omniprésence d’Internet et des réseaux sociaux, les messages haineux qui peuvent briser l’harmonie religieuse peuvent se répandre plus rapidement et plus largement qu’auparavant. Il est donc important que le MRHA soit mis à jour afin de pouvoir réagir efficacement à toute nouvelle menace susceptible de nuire à l’harmonie religieuse. Bien que Singapour ait connu la paix et la stabilité au fil des années, l’harmonie religieuse ne doit pas être considérée comme acquise. En tant que société multiconfessionnelle, Singapour est vulnérable aux acteurs étrangers mal intentionnés qui peuvent se servir de la religion pour diviser la société. Les acteurs étrangers peuvent, en particulier, exercer une influence et un contrôle sur les organisations religieuses par le biais de dons ou de fortes affiliations étrangères ».

Les modifications votées permettent à Singapour de se rapprocher des normes internationales en matière de réglementation du discours de haine, admet le professeur Cherian George, un intellectuel généralement très critique envers le gouvernement singapourien. Le gouvernement modifie la manière dont il traite l’injure envers les sentiments religieux, affirme-t-il. Il est important de faire la distinction entre les dommages objectifs et les infractions subjectives causées par un discours antireligieux. « Les gouvernements ont le devoir de protéger les communautés religieuses en interdisant l’incitation à la discrimination et à la violence. Le droit international des droits de l’homme leur permet également d’appliquer des restrictions nécessaires et proportionnées aux discours qui menaceraient l’ordre public.

Cependant, ils ne doivent pas restreindre les propos choquants si leur seul impact réel est de blesser les sentiments des gens », a-t-il ajouté. Dans le cadre de la loi modifiée, si l’État veut punir un citoyen ordinaire pour injure religieuse, il ne suffira pas de montrer qu’il a délibérément blessé les sentiments religieux d’une autre personne (ce qui était le cas auparavant dans le cadre de l’article 298 du Code pénal). Désormais, il faudra montrer que la blessure causée menace l’ordre public. « Cela détourne l’attention des émotions subjectives de personnes qui peuvent être trop facilement offensées, au profit du critère plus objectif de l’ordre public », estime le professeur George. Dans le cadre de ces changements, le gouvernement a également proposé l’introduction d’une « Initiative de réhabilitation communautaire » (IRC, Community remedial initiative), qui permet au ministère de l’Intérieur de résoudre les infractions sans que des poursuites soient nécessaires. Il s’agirait par exemple de faire des excuses publiques ou privées, présentées à la communauté affectée, ou encore de participer à des événements interreligieux pour mieux comprendre cette communauté. Le ministère de l’Intérieur a souligné que cette IRC serait volontaire et qu’elle serait prise en compte pour déterminer s’il convient ou non de poursuivre la personne ayant commis l’acte incriminé.

« Ils ont vraiment contribué à la croissance de Singapour en tant que société »

Lors du Grand Prix de Formule 1, qui se déroulait à Singapour il y a quelques jours, Sheena Phua, une « influenceuse », se plaignait des deux spectateurs assis devant elle en publiant une photo sur Instagram : « Deux énormes obstacles ont décidé de sortir de nulle part » avait-elle commenté. Or, il s’agissait de deux sikhs, facilement reconnaissables à leur turban. Les réseaux sociaux se sont enflammés, l’accusant d’être raciste et insensible aux différences culturelles et religieuses. Par la suite, elle a dû s’excuser en soulignant que son message avait été mal interprété – mais loin de se sentir offusqués, des jeunes de la communauté sikhe de Singapour ont invité Mlle Phua dans un temple sikh pour qu’elle y découvre la communauté et ses traditions. « Je n’ai jamais vraiment cherché à comprendre les pratiques religieuses des autres. Pour beaucoup de jeunes, les questions dont nous discutons tournent autour de banalités telles que la mode, les commérages et les voyages », a-t-elle confié, ajoutant qu’elle espérait avoir d’autres opportunités pour interagir avec des groupes minoritaires. « Ils ont vraiment contribué à la croissance de Singapour en tant que société », a-t-elle poursuivi. Il est possible que la révision de la loi sur le maintien de l’harmonie religieuse qui vient d’être votée à Singapour ne soit en fait jamais utilisée, mais continue à encourager chacun à y mettre un peu du sien…

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Colloque entre chrétiens et taoïstes

Le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, l’archidiocèse catholique de Singapour et la fédération taoïste de Singapour ont organisé conjointement le deuxième colloque chrétien-taoïste à Singapour du 5 au 7 novembre 2018 (le premier avait eu lieu à Taiwan en 2014). Le thème du colloque était « Éthique chrétienne et taoïste en dialogue ». Soixante-dix spécialistes chrétiens et taoïstes, ainsi que de nombreux acteurs du dialogue interreligieux, venus principalement de Singapour, mais également de Chine, de France, de Corée du Sud, de Malaisie, de Suisse, de Taiwan et du Vatican, ont pris part à cet événement.

La rencontre avait pour but d’approfondir le dialogue entre chrétiens et taoïstes, dans des échanges à la fois intellectuels et informels, en réponse aux défis contemporains dans les domaines de la bioéthique, la pauvreté, la morale en économie et les problèmes environnementaux… Le programme comprenait également des visites culturelles et interreligieuses. Singapour étant le pays ayant la plus grande diversité religieuse au monde, les initiatives interreligieuses s’y multiplient et sont de plus en plus encouragées par le gouvernement qui, par l’intermédiaire du ministère de la culture et de la jeunesse, soutenait ce colloque. Le premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, rappelait d’ailleurs au même moment qu’en « créant des possibilités d’interaction entre les religions et en renforçant les liens entre les religions, nous nous protégeons contre les forces qui pourraient déchirer notre société ».

Mgr Miguel Ángel Ayuso Guixot, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a repris dans son message d’introduction au colloque les mots du pape François, prononcés lors du congrès organisé par la fondation Centesimus Annus – Pro Pontifice le 26 mai 2018 : « Les difficultés et les crises actuelles du système économique ont une dimension éthique indéniable : elles sont liées à une mentalité d’égoïsme et d’exclusion qui a engendré dans les faits une culture du rebut, aveugle face à la dignité humaine des plus vulnérables. Nous le voyons dans la ‘mondialisation de l’indifférence’ croissante face aux défis moraux évidents que la famille humaine est appelée à affronter. […] Je pense aussi aux questions éthiques urgentes liées aux mouvements migratoires mondiaux. » Il souligne en outre que « la dimension éthique des relations sociales et économiques dans la vie et dans l’activité sociale ne peut être importée de l’extérieur, mais qu’elle doit émerger de l’intérieur. Cela représente naturellement un objectif à long terme, qui exige l’engagement de chaque personne et de chaque institution au sein de la société ».

Taoisme

« Une réponse multiforme aux défis de notre époque »

Dans la première partie du colloque, les intervenants ont analysé la crise morale qui affecte le monde aujourd’hui. Les spécialistes ont ensuite présenté les enseignements de Jésus, de saint Paul, de Lao-Tseu et d’autres sages taoïstes. Après avoir examiné les écrits sacrés des deux traditions, chacun a essayé de proposer des orientations et des solutions pour améliorer le monde en crise. Invitée par la fédération taoïste de Singapour, Karine Martin, femme prêtre taoïste française, a conclu son intervention en soulignant que « si des religions telles que le taoïsme et le christianisme doivent participer à la résolution des problèmes auxquels la société est actuellement confrontée, elles doivent présenter leur technique ancestrale consistant à apaiser l’esprit et à réconforter le cœur de chaque individu. »

Interrogée par Églises d’Asie sur la place du taoïsme aujourd’hui dans la société, Karine Martin a fait remarquer qu’il tient « une place très importante sur le plan spirituel et sur le plan du bien-être, parce que toutes les pratiques de Tai-chi et les enseignements de la médecine chinoise prennent racine dans les enseignements taoïstes. En revanche, les enseignements taoïstes religieux sont beaucoup moins connus. Le taoïsme est un chemin qui fournit des outils pour partir à la recherche de la vérité. » Interrogé par Églises d’Asie, le père Benoît Vermander, un jésuite présent depuis plus de vingt ans en Chine, notait pendant le colloque que ce qui lui semblait enrichissant en premier lieu, c’était la participation importante des taoïstes à l’événement, en particulier les jeunes taoïstes de Chine continentale. « Le fait qu’on ait parlé de thèmes très concrets tels que la famille et l’éducation a joué un rôle important. C’est sans doute la première fois qu’il y a une participation aussi active de leaders taoïstes. » Le père Vermander a également tenu à souligner la qualité de l’organisation de ce colloque par de nombreux bénévoles singapouriens.

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Dans une déclaration publiée à l’issue du colloque, les participants ont d’abord noté que cette réunion avait renforcé des liens d’amitié. Les deux groupes reconnaissent que « la crise éthique d’aujourd’hui nécessite la redécouverte de valeurs universelles fondées sur la justice sociale, l’écologie intégrale, ainsi que la dignité de la vie humaine à tous les niveaux et dans toutes les circonstances. Par conséquent, la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 reste une expression fondamentale de la conscience humaine pour notre époque et offre une base solide pour la promotion d’un monde plus juste. Nous croyons en la capacité de nos traditions religieuses d’inspirer une réponse multiforme aux défis de notre époque. Par conséquent, il est nécessaire d’améliorer les méthodes de communication de nos traditions dans un langage facilement compréhensible. »

(EDA / François Bretault)

Le Ramadan vu par McDonald’s…

Je ne suis pas un fan de la pub, loin de là, mais il faut bien avouer que parfois les pubs sont très bien faites… McDonald’s est d’ailleurs très fort dans le domaine. Une publicité, présentée par McDonald’s Singapour pour le mois du ramadan, est un rappel sympathique de ce que les Singapouriens partagent malgré la diversité religieuse présente ici.

La publicité présente un livreur de McDonald’s lors d’une journée typique de sa vie durant le Ramadan. Il fait les livraisons comme à son habitude, bien qu’il soit en train de jeûner, il donne un coup de main pour aider les autres, comme il est sensé le faire, surtout pendant le Ramadan.

La publicité se termine par une livraison à un non-musulman, qui remarque qu’il est l’heure pour le livreur de rompre son jeûne. Le client l’invite à le faire en partageant son repas avec lui. La publicité se termine par le slogan: « Partagez l’esprit du Ramadan ».

Je me suis permis d’y ajouter les sous-titres en français…

Halimah Yacob, femme, musulmane et présidente de la République de Singapour.

Halimah Yacob, musulmane de la minorité malaise, est devenue présidente de la République de Singapour : c’est la seule candidate à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections présidentielles.

Lundi 11 septembre, le comité électoral a confirmé que les élections présidentielles de Singapour n’auront pas lieu. Halimah Yacob, 63 ans, présidente du Parlement jusqu’à sa démission en août dernier, est la seule des trois candidats à avoir obtenu un « certificat d’éligibilité » aux élections. Celles-ci, réservées exclusivement aux candidats de la minorité malaise de Singapour, auraient dû se tenir le 23 septembre.

La présidente de la République aura essentiellement un rôle cérémoniel, comme ses prédécesseurs, car l’exécutif est entre les mains du Premier ministre Lee Hsien Loong (fils de Lee Kuan Yew, le ‘père de la nation’). Elle détient néanmoins des pouvoirs de veto sur la nomination des postes clés du gouvernement et l’utilisation des réserves financières de Singapour. Normalement, l’accession à ce poste d’une femme issue d’une minorité, qui plus est, musulmane pratiquante portant le voile, dans un Etat laïque et majoritairement chinois (1) devrait être considérée comme une percée remarquable. Cette victoire facile est en fait très controversée.

Une figure publique reconnaissable

Le 6 août dernier, Madame Halimah Yacob annonçait qu’elle se présenterait aux élections présidentielles. « Je fais confiance aux Singapouriens pour voir au-delà du voile, au-delà de la religion, au-delà de la race, au-delà du genre, car c’est ce qui est à la base de notre système » affirmait-elle. Pourtant les Singapouriens ne lui reprochent ni sa religion, ni le fait qu’elle soit une femme. La critique qui revient le plus souvent est le fait d’avoir nié son héritage indien et de prétendre être indépendante alors qu’elle est un ‘produit’ du PAP, le Parti de l’Action du Peuple, au pouvoir depuis l’indépendance de la cité-Etat.

Qui est Halimah Yacob ? Son père d’origine indienne et de religion musulmane est mort quand elle avait huit ans. C’est donc sa mère d’origine malaise qui l’a élevée. Les origines ethniques sont importantes à souligner, car cette élection présidentielle, la première de ce genre, était réservée aux candidats de la minorité malaise de Singapour. Or, certains ont mis en doute le fait que Madame Yacob puisse se présenter car la ‘race’ (2) est traditionnellement considérée comme étant celle du père, et non de la mère. Après avoir fait des études de droit, Mme Yacob fut avocate. C’est en 2001 qu’elle s’est engagée en politique et, à l’âge de 47 ans, elle fut élue députée. En 2011, elle est devenue ministre d’État au ministère du Développement communautaire, de la Jeunesse et des Sports, puis ministre d’État au ministère du Développement social et familial l’année suivante. Sur proposition du Premier ministre Lee Hsien Loong, elle a été élue présidente du Parlement le 14 janvier 2013, devenant ainsi la première femme à tenir ce poste dans l’histoire de la République.

Être ou ne pas être malais ?

Pour cette élection résevée aux Malais, la question de savoir si un candidat à la présidence est « assez malais » était au centre des débats de ces dernières semaines. Deux autres personnes s’étaient présentées pour faire face à Madame Yacob, mais tout comme elle, leur identité ethnique était mise en doute : M. Salleh Marican, dont le père était indien, s’est un peu embrouillé dans son malais lors d’une interview et M. Farid Khan  est d’origine pakistanaise sur sa carte d’identité.

Dans la constitution singapourienne: une « personne appartenant à la communauté malaise » est définie comme étant de race malaise ou autre, mais se considérant comme membre de la communauté malaise et généralement acceptée comme tel par celle-ci.

« Pour l’instant, les politiques clés de Singapour dépendent encore de l’utilisation du modèle CMIO[Chinois, Malais, Indiens et Autres (3)]. […] Les identités raciales et culturelles demeurent importantes pour la plupart des Singapouriens », souligne Eugene Tan, professeur de droit à l’Université de Management de Singapour« Alors que Singapour s’épanouit en tant que nation, l’importance du système CMIO dans la sphère publique devrait diminuer progressivement. Chaque Singapourien a plusieurs identités et aucune classification ne peut jamais en capturer toutes les nuances », ajoute-t-il. Et de préciser : « reconnaître que les identités multiples font partie intégrante de Singapour est vital pour les relations ethniques ».

Une commission a été mise en place pour juger de l’ethnicité de chaque candidat. Mme Halimah Yacob, M. Salleh Marican et M. Farid Khan ont tous les trois reçu leur certificat stipulant qu’ils faisaient bien partie de la communauté malaise. Mais au final, seule Mme Yacob a pu obtenir un certificat d’éligibilité, car elle avait occupé un poste clé dans le service public pendant plus de trois ans. Les deux autres venant du secteur privé devaient justifier de trois ans de travail à la tête d’une entreprise dotée d’un capital d’au moins 500 millions de dollars singapouriens (330 millions d’euros), et ce n’était pas le cas.

Le jeu politique du gouvernement

Le PAP a mis en place ces changements dans le processus électoral afin, soi-disant, d’élargir la représentation politique des minorités ; et les dirigeants, dont le Premier ministre Lee Hsien Loong, ont été forcés de nier que les nouvelles règles allaient à l’encontre de l’éthique méritocratique de Singapour. De nombreux observateurs estiment en fait que ces critères auraient plutôt été mis en place pour barrer la route à l’un des candidats malheureux des dernières élections (en 2011): le docteur Tan Cheng Bock avait perdu de justesse face au candidat officiel Tony Tan, mais il comptait bien se représenter cette année.

La majorité des Singapouriens semblent néanmoins être d’accord sur le fait que Mme Halimah Yacob devrait être une bonne présidente. Mais comme le souligne Md Suhaile, un journaliste singapourien, le fait d’avoir été ‘élue’ grâce à une élection réservée aux malais nourrit le stéréotype des malais qui ne sont tout simplement pas aussi bons que les autres. Il y a quelques jours, Lawrence Chong, un jeune singapourien engagé dans le dialogue interreligieux indiquait sur Facebook « Je m’inquiète vraiment des conséquences de cette élection présidentielle sur nous en tant que nation. Les commentaires en ligne ne vont pas dans la bonne direction et je crains que le discours nous divise et laisse des blessures béantes dans notre tissu social. Je me demande pourquoi le gouvernement n’a pas choisi un candidat malais lors d’élections précédentes si c’était un problème. Il y a un antécédent, le gouvernement a soutenu le président Nathan [NDLR : SR Nathan, indien, fut le président de Singapour de 1999 à 2011] qui a assumé sa tâche avec sagesse et grâce. Alors, pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas laissé ces élections ouvertes à tous, en soutenant Halimah, qui est une excellente candidate ? C’est ce qui me surprend le plus. »

« Si nos dirigeants croient vraiment à la diversité, pourquoi ne préconisons-nous pas que le Premier ministre soit aussi issue d’une minorité ? » questionne Jeraldine, une jeune blogueuse. Elle fait ici référence à la succession du Premier ministre, Lee Hsien Loong, qui a annoncé sa retraite prochaine. Le vice-Premier ministre Tharman Shanmugaratnam, semble être la personnalité préférée des Singapouriens pour lui succéder, mais il est indien.

Dans un entretien avec la BBC en mars dernier, Lee Hsien Loong expliquait : « à Singapour, c’est bien mieux qu’avant, mais la race et la religion comptent toujours. […] Je pense que les considérations ethniques ne sont jamais absentes lorsque les électeurs votent et cela rend les choses difficiles, ce n’est pas impossible, et j’espère qu’un jour il y aura un Premier ministre non chinois, mais vous me demandez si cela va arriver demain, je ne le pense pas. »

 

(1) Selon le recensement de 2015, Singapour compte près de 5,4 millions d’habitants ; les malais représentent 13,3 %, les indiens 9,1 % et les autres minorités 3,3 % d’une population à majorité chinoise (74,3 %).

(2) Le terme de ‘race’ pourrait choquer, mais dans le contexte singapourien, votre ‘race’ est mentionnée sur votre carte d’identité.

(3) La population est catégorisée en fonction des origines ethniques de chacun pour favoriser une sorte de discrimination positive dans de nombreux domaines, tels que l’accession au logement ou à l’éducation.

« La loi s’applique à tous, que vous soyez ministre, simple citoyen, pasteur ou imam »

Ces mots sont ceux du ministre de la Justice et de l’Intérieur, K. Shanmugam, suite aux différents démêlés avec la justice impliquant récemment, d’une part, les responsables de la City Harvest Church, une importante Eglise évangélique, et, d’autre part, un iman étranger.

Peines de prison réduites pour les responsables de l’Eglise évangélique

Condamnés en novembre 2015 à des peines allant de 21 mois à huit ans de prison pour abus de confiance et falsification de comptes, les six accusés dans le procès de la City Harvest Church avaient fait appel auprès de la Haute Cour de justice. Le verdict est tombé le 7 avril dernier : le tribunal a confirmé le verdict de culpabilité des accusés, mais a significativement réduit leurs peines, prenant en compte notamment le fait qu’il n’y avait pas eu d’enrichissement personnel par les six accusés qui ont agi dans ce qu’ils considéraient être l’intérêt supérieur de leur Eglise. Le principal accusé, le Rév. Kong Hee, fondateur de cette importante Eglise évangélique de Singapour, a vu sa peine passer de huit ans à trois ans et demi de prison ferme. Pour rappel, lui et ses collaborateurs avaient détourné une somme de 50 millions de SGD (dollars de Singapour), soit 32 millions d’euros, afin de financer la carrière musicale de Ho Yeow Sun, chanteuse pop et épouse du Rév. Kong Hee.

La City Harvest Church a publié une déclaration sur son site Web en se disant « profondément attristée par cette décision (de condamnation) », mais « remerciant Dieu pour les réductions de peines ». Le Rév. Kong Hee a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il était reconnaissant que sa peine ait été réduite, même si « les termes du jugement retenus ne sont pas ceux que j’avais espérés ». Le procès criminel le plus coûteux de l’histoire de Singapour aurait dû s’arrêter ici. Mais le procureur général en a décidé autrement : la semaine dernière, l’affaire a été renvoyée devant la Cour d’appel dans le but de maintenir ou d’alourdir la condamnation initiale. Les honoraires des avocats, déjà estimés à plus de 10 millions de SGD, pourraient augmenter entre un million et cinq millions de dollars de plus, maintenant que le procès va continuer, souligne la presse locale.

Malgré une nette baisse de fréquentation due au scandale, la City Harvest Church continue ses activités, une nouvelle direction a été mise en place, sous le label « CHC 2.0 » afin de se donner une nouvelle image.

La tolérance zéro du gouvernement singapourien

« Il y a une règle de droit, et la règle de droit est que, si les faits montrent qu’une infraction a été commise, peu importe ce que vous êtes, des mesures seront prises », a souligné le ministre de la Justice et de l’Intérieur lors d’un dialogue sur l’harmonie raciale et religieuse tenu au début de ce mois. K. Shanmugam faisait référence au procès de la City Harvest Church, mais aussi à celui de l’imam Nalla Mohamed Abdul Jameel, dont le verdict a aussi été rendu au début du mois (le responsable musulman était accusé d’avoir fait des remarques offensantes envers les chrétiens et les juifs).

Les commentaires de l’imam, prononcés lors d’un prêche dans une mosquée, avait été filmés et postés sur les réseaux sociaux. Ayant admis avoir prié en public pour que « Dieu accorde aux musulmans la victoire sur les juifs et les chrétiens », citant non pas le Coran, comme certains l’avaient affirmé dans un premier temps, mais un texte venant de son village natal en Inde, l’imam s’est excusé devant une assemblée d’une trentaine de représentants religieux chrétiens, sikhs, taoïstes, bouddhistes et musulmans. « Les Singapouriens tiennent beaucoup à la diversité et l’harmonie de leur peuple, et je n’ai pas le droit de les déstabiliser. C’est la raison pour laquelle j’ai bien compris et accepté la décision d’être poursuivi en justice afin de maintenir l’ordre public », a-t-il déclaré.

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Les représentants juifs n’étant pas présents ce jour-là, l’imam est à nouveau allé s’excuser deux jours plus tard auprès du rabbin Mordechai Abergel. Malgré tout, le responsable religieux a été condamné à une amende de 4 000 dollars de Singapour (2 700 euros) et a été expulsé vers l’Inde, son pays d’origine.

La question religieuse reste très sensible à Singapour. Le public réagit avec passion aux affaires impliquant l’une ou l’autre religion, et le gouvernement n’hésite pas à régulièrement brandir le souvenir du précédent historique des émeutes religieuses qui avaient fait 36 morts en 1964, afin de signifier qu’il est le meilleur garant contre le pire. Singapour étant le pays au monde ayant la plus forte diversité religieuse (c’est ce qu’affirme une récente étude du Pew Research Centre), les autorités maintiennent une attitude punitive très stricte pour éviter tout éventuel débordement. Amos Yee, un adolescent très anti-establishment, issu d’une famille catholique, en a aussi fait les frais après avoir « offensé les sentiments religieux des musulmans et des chrétiens » dans plusieurs vidéos postées sur Internet. Les Etats-Unis viennent de lui accorder l’asile politique

Ouverture d’une enquête suite aux propos belliqueux d’un imam envers les juifs et les chrétiens

Les prédications religieuses qui incitent à la violence ou opposent une religion à une autre ne seront pas tolérées à Singapour, a déclaré le ministre de l’Intérieur, K. Shanmugam. Singapour vient en effet de rappeler l’importance que son gouvernement attache au respect d’une tolérance religieuse très stricte en réponse aux remarques qu’un imam aurait faites lors d’un sermon le mois dernier.

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La mosquée où le prêche a eu lieu: Masjid Jamae (Chulia)

Suite à une vidéo postée sur les réseaux sociaux, qui montre l’imam affirmant : « Dieu nous accorde la victoire sur les juifs et les chrétiens », le ministre de l’Intérieur a expliqué qu’une enquête avait été ouverte pour éclaircir le contexte dans lequel ces remarques avaient été faites. « Si l’imam a utilisé cette phrase pour dire, par exemple, que de telles phrases peuvent promouvoir la haine ou la violence envers les autres communautés et que cela n’est pas acceptable dans une société plurireligieuse, alors il n’y a rien à redire (…). En revanche, s’il a dit que les juifs et les chrétiens devraient être vaincus, et que Dieu accorderait la victoire aux musulmans pour illustrer sa position, c’est totalement inacceptable », a-t-il déclaré. Faisant référence à un couple chrétien condamné à huit semaines de prison en 2009 pour avoir distribué des tracts critiquant l’islam, K. Shanmugam a ajouté : « Le gouvernement est très strict lorsque les musulmans sont attaqués (…), il en est de même pour toute attaque contre les autres religions. »

Statut particulier des musulmans à Singapour

Les musulmans à Singapour, en majorité malais, représentent 15 % de la population et jouissent d’un statut particulier, inscrit dans la Constitution du pays (1) en raison de son histoire. Dans certains domaines juridiques tels que le mariage, le divorce ou le droit des successions, la communauté musulmane suit la loi musulmane, la charia, et l’Etat apporte son soutien à divers aspects de la vie religieuse telle que la construction de mosquées. Enclavé entre deux pays à forte majorité musulmane (la Malaisie et l’Indonésie), Singapour tient à respecter sa minorité de confession musulmane, entre autres pour ne pas attiser les tensions avec ses voisins. Dans le même temps, le gouvernement singapourien s’efforce de promouvoir un islam ouvert et respectueux de la dimension multireligieuse de la cité-Etat.

La vidéo portant le sermon controversé de l’imam a été publiée sur Facebook le 24 février dernier, par Terence Nunis, un converti musulman. Ce dernier critiquait l’imam pour son allocution et se demandait comment ce genre de remarques était possible à Singapour. Sa publication a déclenché une tempête. Certains ont soutenu sa position, tandis que d’autres l’ont vertement critiqué. Parmi ces détracteurs, Khairudin Aljunied, professeur agrégé au département des études malaises à l’Université nationale de Singapour (NUS), a publié sur sa propre page Facebook un dialogue imaginaire intitulé « L’imam et l’idiot de converti », dans lequel il reproche à Terence Nunis de ne pas être un bon musulman. Cela engendra une nouvelle vague de réactions…

Lors d’une session parlementaire, le 3 mars dernier, le ministre de l’Intérieur a réagi aux commentaires de l’universitaire : « La position et les actions de M. Khairudin sont tout à fait inacceptables. Il est intervenu sans vérifier les faits, sans vérifier le contexte, et il soutient une position qui est tout à fait contraire aux normes, aux valeurs et aux lois de Singapour. » Le professeur a depuis été suspendu de ses fonctions par l’université et sa page Facebook a été désactivée.

Suite aux commentaires enflammés arrivant sur sa page Facebook, le mufti de Singapour, le Dr Fatris Bakaram, a quant à lui décidé de mettre son compte hors ligne pendant une journée afin que les choses se calment un peu. Après son retour en ligne, le mufti a déclaré qu’il fallait prendre du recul pour réfléchir à la situation. « Personnellement, je ne suis pas d’accord avec l’approche adoptée par certains individus qui jouent sur le côté sensationnel de la vidéo (…), mais, quelle que soit notre opinion, il n’est pas approprié d’agir ou de commenter d’une manière qui blesse les sentiments ou crée un malaise public », a déclaré le Dr Fatris, avant d’ajouter que personne ne devrait donner une fausse image de l’islam ou de la communauté musulmane, laquelle s’efforce de développer l’harmonie entre les différentes communautés.

Les autorités singapouriennes font beaucoup d’efforts pour promouvoir la bonne entente et le respect entre les communautés religieuses, mais elles craignent les éléments isolés de la société qui, via les réseaux sociaux, parviennent à avoir un auditoire et fragilisent la cohésion sociale. Dénoncer les dérives et l’intolérance religieuse est fortement encouragé à Singapour, mais la méthode employée n’est pas toujours idéale, car elle contribue parfois à mettre de l’huile sur le feu. Yaacob Ibrahim, ministre chargé des Affaires musulmanes, résume ainsi le problème dans un message sur Facebook : « Il n’y a pas de place à Singapour pour l’extrémisme ou l’exclusivisme parce que nous encourageons le respect mutuel et l’harmonie. (…) S’il est juste de tirer la sonnette d’alarme quand on voit des actes répréhensibles, il faut aussi se demander si la manière dont cela est fait est appropriée, ou si elle sème plus de discorde et provoque des tensions dans notre société. Sur des sujets aussi sensibles, il serait préférable de s’adresser en premier lieu aux autorités plutôt que de passer par Internet. »

Désamorcer les conséquences sociales d’un éventuel attentat

Cette actualité prend place dans un contexte relativement tendu à Singapour. Le gouvernement vient de lancer la campagne « SGSecure », visant à préparer le public en cas d’attentat terroriste. « Soyons vigilant, il ne s’agit pas de savoir ‘si’, mais ‘quand’ », affirment des affiches placées dans les couloirs du métro et dans les quartiers résidentiels. De nouvelles caméras de vidéosurveillance, déjà très présentes, apparaissent dans les ascenseurs et les cages d’escalier. Dans son discours au Parlement, K. Shanmugam a également évoqué le contexte tendu dans la région, en expliquant comment la menace de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (ISIS) s’était rapprochée de Singapour. Des attaques revendiquées par l’Etat islamique ont été menées en Indonésie et en Malaisie en 2016, et l’organisation terroriste semble vouloir cibler le Sud philippin. Un des objectifs de la campagne SGSecure est de prévoir l’après-attentat. Si jamais l’Etat islamique frappait Singapour, comment faire en sorte que les musulmans singapouriens ne soient pas montrés du doigt ?, s’inquiètent les autorités de la cité-Etat. Si c’était le cas, l’harmonie entre les religions, caractéristique de Singapour, pourrait voler en éclats.

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Un des logos de la campagne SGSecure

Le gouvernement singapourien affiche donc sa détermination concernant les questions religieuses. En parlant de ceux qui s’en sont pris de façon vulgaire et inacceptable au mufti de Singapour, le ministre de l’Intérieur a averti : « Nous surveillons de près les personnes qui font ces choses. Si leur conduite va trop loin et devient criminelle, des mesures seront prises. »

(1) Art 152 (2) de la Constitution : « Le gouvernement doit exercer ses fonctions de façon à reconnaître la situation particulière des Malais, qui sont les autochtones de Singapour ; il est par conséquent de la responsabilité du gouvernement de protéger, sauvegarder, soutenir, favoriser et promouvoir leur éducation, leurs intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels et religieux, ainsi que la langue malaise. »

Le port du voile en 12 questions

Le port du voile pour les femmes musulmanes est un sujet de débat qui est récurent en France. La plupart du temps, il s’agit d’un dialogue de sourds. D’un côté il y a ceux qui y voit une exploitation de la femme ou qui estiment que le voile n’a pas sa place dans une société laïque moderne, et de l’autre côté ceux qui affirment que c’est une recommandation religieuse ou que les femmes devraient avoir le droit de choisir leur tenue vestimentaire. J’ai moi-même changé ma vision des choses, car mon approche qui au départ était uniquement intellectuelle, s’est heurtée à l’expérience de la rencontre et du dialogue, notamment avec des femmes qui portent le voile. On pourrait me reprocher le fait qu’en tant que chrétien, je ne suis pas qualifié pour parler de l’islam. En effet, je ne suis pas un spécialiste, mais je m’intéresse aux religions en général et je m’informe auprès de spécialistes quand une question comme celle-ci me semble complexe et que je souhaite comprendre plutôt que de juger. Je vais donc essayer de répondre à quelques questions sur le sujet, en essayant d’être le plus objectif possible, mais je peux me tromper. Si c’est le cas, merci de me corriger. Je laisserai ensuite la parole à des femmes musulmanes singapouriennes dans un autre article.

  1. Que dit le Coran sur le port du voile ?

Le Coran est écrit en arabe, et le traduire est toujours délicat car chaque mot peut avoir plusieurs sens et nécessite une interprétation qui est rarement objective. Le mot ‘ḥijāb’ par exemple peut signifier ‘barrière’, ‘partition’, ‘rideau’, ‘voile’. Ce mot apparaît 7 fois dans le Coran (7:46, 17:45, 19:17, 33:53, 38:32, 41:5, 42:51), et il est clair qu’il s’agit à chaque fois d’une sorte de barrière ou de partition, notamment à l’intérieur d’une tente pour séparer l’espace de réception de l’espace privé. C’est donc dans le cadre du respect de la vie privé qu’est énoncé par exemple :

Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites-le derrière un voile (hijab). Cela est plus pur pour vos cœurs et pour leurs cœurs. (33:53)

Il n’y a que deux versets du Coran qui font référence au voile en tant que tenue vestimentaire pour les femmes:

Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines (…). (24:31)

Ce verset pour ‘les croyantes’ suit un autre verset encourageant ‘les croyants’ à baisser les yeux et à demeurer chaste. Le mot utilisé pour le voile mentionné dans ce verset 31 est khimâr, ‘voile de tête’, un vêtement porté aussi bien par les hommes que par les femmes.

Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. (33:59)

Le mot utilisé ici est jilbâb, une sorte de manteau qui appartenait à la tenue locale des femmes des villes et qui aurait englobé la tête. Les esclaves ne devaient pas porter la même tenue que les épouses de leurs maîtres.

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Mais le Coran rappelle aussi que ce qui prime, ce n’est pas le vêtement, mais le cœur :

Ô enfants d’Adam! Nous avons fait descendre sur vous un vêtement pour cacher vos nudités, ainsi que des parures. – Mais le vêtement de la piété voilà qui est meilleur – C’est un des signes (de la puissance) d’Allah. Afin qu’ils se rappellent. (7:26)

En fait, dans le Coran, la manière de s’habiller relève historiquement de questions de société et non de religion. Le Coran incite seulement à porter une tenue vestimentaire pudique.

  1. Que disent les hadiths, la tradition ?

Les hadiths (paroles et faits rapportés du prophète) et la tradition dans l’islam, tout comme dans l’Eglise catholique d’ailleurs, ont un poids non négligeable dans la mise en place de rites ou de règles. Il est difficile d’être exhaustif sur le sujet, je me contente de donner simplement deux exemples qui sont en contradiction :

Quand le fils d’un compagnon éminent du Prophète a demandé à sa femme Aisha bint Talha de se voiler le visage, elle a répondu, « Puisque le Tout-Puissant a mis sur moi le sceau de la beauté, c’est mon souhait que le public regarde la beauté et ainsi reconnaissent Sa grâce parmi eux. Je ne me voilerai donc en aucun cas. » Citée dans “Women in the Muslim World, ed. Lynn Reese, 1998

Selon Aisha, la femme du prophète, « Asma, fille d’Abu Bakr, s’est présentée devant l’Apôtre d’Allah portant des vêtements minces. L’Apôtre d’Allah détourna son regard d’elle. Il dit: O Asma, quand une femme atteint l’âge de la menstruation, il ne convient pas qu’elle montre ses parties de corps à l’exception de celle-ci et de celle-là, dit-il en montrant son visage et ses mains. » Abu Dawud, Livre 32, numéro 4092.

« Un autre hadith parle des femmes qui sont parfaitement habillées mais moralement nues, et donc impudiques, ce qui indique que la pudeur réside dans une attitude et un comportement plus que dans un vêtement. » explique Tareq Oubrou[1], l’imam de Bordeaux. Les prescriptions vestimentaires sont le reflet de normes sociales spécifiques (culturelles) et ne devraient pas avoir de dimension cultuelle.

  1. Le port du voile est-il une obligation religieuse ?

Non. À aucun moment, il n’est mentionné dans la Charia (droit musulman) la moindre sanction à l’encontre de celles qui ne portent pas le voile. « En aucun cas, il ne peut être porté comme une obligation religieuse. Le véritable habit de l’islam est celui de la décence, tout le reste n’est que mascarade. »[2]

Pour aller plus loin sur cette question, on pourra lire ici (Le voile est-il une obligation religieuse?) une remise en contexte des extraits du Coran cités précédemment.

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  1. Est-ce que les hommes musulmans font pression pour que leurs femmes portent le voile ?

Encore une fois, une réponse simple est impossible. Dans certains pays, les femmes sont contraintes de se voiler, c’est une norme sociale. À Singapour, ce n’est pas le cas, et en France non plus. Je vous conseille l’article très complet à ce sujet publié sur le site slate.fr (Les femmes musulmanes sont-elles forcées à porter le voile, comme on l’entend dire?)

« On a transformé un fantasme en une règle intangible, en considérant que s’il y a des femmes forcées de porter le voile, toutes les sont. Ce qui a été observé dans ces enquêtes [qualitatives] a souvent été conforté. La majorité des femmes qui se voilent le font librement, le reste c’est du fantasme » affirme la chercheuse Nacira Guénif-Souilamas, professeure à l’Université Paris 8 et vice-présidente de l’Institut des Cultures d’Islam.

  1. Pourquoi est-il demandé à la femme de se vêtir davantage que l’homme ?

Dans l’islam, l’homme et la femme sont tous les deux invités à la pudeur, mais la femme est en effet plus ciblée que l’homme. Plusieurs explications sont données…

« Dieu a créé le corps féminin en lui donnant certaines particularités par rapport à celui de l’homme. Le corps masculin est doté d’une « simplicité » qui fait que l’attirance charnelle qu’il éveille est d’ordre global, tandis que, chez le corps féminin, chaque partie possède son attirance. On peut d’ailleurs voir qu’aujourd’hui dans certains pays, l’homme se met en valeur en s’habillant, tandis que la femme se met en valeur en se déshabillant le plus possible, en exposant donc les attraits naturels de son corps[3] »

Certains ajoutent que la femme est plus sensible à l’affection, la gentillesse, l’humour… alors que l’homme, lui, est plus attiré par le look. Dans beaucoup de culture, les femmes expriment leur malaise face aux regards déplacés de certains hommes. C’est rarement le cas pour les hommes, qui eux sont souvent fiers d’être l’objet de regards féminins.

Au final, la plupart s’accorde aujourd’hui sur le fait que l’homme et la femme sont égaux, mais différents. Ils ne sont donc pas traités de manière identique concernant les prescriptions vestimentaires. On n’est pas obligé d’être d’accord, mais on peut comprendre le choix, il me semble.

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Costume folklorique de mon Anjou natal

6. Le voile aurait-il une origine culturelle ?

Il est intéressant de lire les études faites sur l’histoire du port du voile. Comme souvent en religion, un objet pratique peut prendre une signification symbolique. Dans certaines tribus de bédouins, le voile est porté par les femmes et les hommes pour se protéger du soleil et des tempêtes de sable. Il se trouve que l’islam est né dans ce contexte. Mais quand on étudie la société dans laquelle l’islam a vu le jour, on s’aperçoit aussi qu’elle « comprenait des disparités sociales et culturelles importantes, par exemple entre femmes libres et esclaves ou entre femmes des villes et nomades du désert, les recommandations coraniques visaient simplement à privilégier l’habit local des citadines libres, parce qu’il était apparemment considéré comme représentant la meilleure tenue de la bienséance, et aussi parce que Mahomet avait été un citadin.[5] ». Encore une fois, c’est le social qui s’exprime ici et non le religieux.

« Une grande ignorance régnait à l’âge pré-islamique. Les petites filles étaient enterrées vivantes. On vendait les personnes sur des marchés telles des marchandises. Les femmes esclaves déambulaient dans les rues à moitié dénudées, pour tenter d’attirer l’attention d’individus fortunés. En définitive sont descendus des versets prescrivant aux femmes de se couvrir à l’extérieur, afin que les femmes libres ne soient pas prises pour des esclaves[6]. »

Porter un voile dans la rue semble avoir été un signe de statut privilégié dans certaines cultures antiques, tout le contraire d’un signe d’asservissement. L’origine culturelle est évidente, et les raisons du port du voile sont multiples dès le départ.

7. Quelle est l’origine du voile dans la religion ?

En fait, c’est dans le christianisme qu’on mentionne le voile dans sa dimension religieuse pour la première fois. Saint Paul, dans la première Epître aux Corinthiens au chapitre 11, insiste pour que les femmes se voilent quand elles assistent au culte.

(3) Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. (4) Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. (5) Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c’est comme si elle était rasée. (1 Corinthiens 11)

Ce chapitre lu aujourd’hui peut choquer. Il est sans doute bon de le replacer dans le contexte de l’époque. En tout cas, c’est le premier écrit issu des religions monothéistes à avoir lié le voile des femmes à leur relation à l’homme et à Dieu.

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Marie apparaît voilée dans la majorité des peintures la représentant

Dans le judaïsme, le mot « voile », qui apparaît très peu dans l’Ancien Testament, a aussi une fonction plus sociologique que religieuse.

8. Le voile est-il une soumission de la femme à l’homme ?

Beaucoup de musulmans parlent ici d’un malentendu. L’occident a tendance à appréhender de nombreux éléments du religieux à travers le prisme de leur signification dans le christianisme. Or, la Bible, comme nous l’avons vu dans la question précédente fait référence à la soumission de la femme à l’homme dans le port du voile. Les mémoires de l’inconscient collectif semblent avoir gardé trace de cette signification particulière donnée au voile que portaient des femmes en Europe.

Le malentendu vient souvent d’un transfert de symbole d’une religion ou d’une culture à une autre. (…) Dans la lecture judéo-chrétienne, le voile renvoie à la soumission de la femme. Or, pour les musulmans, il s’agit en réalité d’une soumission à Dieu. (…) Ainsi, il ne vient pas à l’esprit d’aucune femme musulmane observant cette pratique qu’elle le fait par obéissance au mari, au père ou au frère. Ceux qui ont cette perception partent d’un a priori culturel chrétien[7].

9. Peut-on porter le voile et être féministe ?

Autant être clair, les religions en général ne sont pas vraiment des organisations féministes. Le féminisme s’oppose à la discrimination basée sur le sexe et dans pratiquement toutes les religions, les femmes ne peuvent pas accéder aux postes d’autorité. Le voile peut être perçu comme discriminatoire, car il est exclusivement réservé aux femmes, et dans la culture musulmane, les critères de pudeur sont plus stricts pour les femmes que pour les hommes. L’Islam relègue les femmes derrière les hommes pendant la prière, ne leur accorde pas les mêmes droits en matière d’héritage et de divorce, etc…

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Asma Lamrabet

Cependant, il serait intéressant de regarder l’attitude du prophète Mahomet envers les femmes avant de dire que l’Islam est misogyne. Replacées dans leur contexte, la plupart des innovations concernant la femme dans le Coran sont des avancées, même si on est encore loin du féminisme de l’époque moderne. « En considérant le contexte, on peut qualifier de révolutionnaires les mesures prises en faveur des femmes par Mahomet. (…) Après la mort du Prophète, l’ordre patriarcal devait régner à nouveau. L’oppression des femmes reprit son cours. On n’osa certes pas rétablir la coutume de les enterrer vives, mais on les enterra sous d’épais voiles, chez elles, les condamnant, elles qui furent la consolation du Prophète Mahomet, à des siècles de silence et d’invisibilité.[4] » À partir du Coran, beaucoup de femmes parviennent à démontrer que les interprétations classiques se basent sur des expériences d’hommes, à partir d’un regard masculin, influencées par les sociétés patriarcales dans lesquelles ils vivaient.

Le choix de porter le voile n’est pas un acte féministe, mais les féministes qui portent le voile sont nombreuses. « Ce n’est pas l’islam qui opprime les femmes, c’est la lecture machiste qui en est faite. » résume l’une d’entre elles, Amina Wadud. « Il faut déconstruire la lecture patriarcale qui mine la pensée islamique » explique Asma Lamrabet, une féministe marocaine.

Chez mes voisins de Malaisie, le collectif des Sisters in Islam (SIS) (http://www.sistersinislam.org.my/), fondé en 1987, prend régulièrement des positions controversées sur des questions comme la polygamie, le rôle des femmes dans l’histoire de l’islam ou encore la liberté de religion, les SIS ont contribué à remettre en question la version « officielle » de l’islam telle qu’elle est promue par l’État malaisien.

  1. Que signifie le port du voile ?

Le Monde des religions vient de consacrer un numéro à l’histoire du voile. Dans son éditorial[8], Virginie Larousse résume les choses ainsi :

« Le voile est extraordinairement polysémique. Il peut vouloir dire une chose et son contraire. C’est ainsi que, entre autres, le voile peut être : simple coutume culturelle, à dimension souvent pratique (protection contre la poussière, le soleil) ; signe d’émancipation (chez les Grecques païennes) ou à l’inverse de soumission (mais dans ce cas, soumission à qui : à Dieu ou à la gent masculine ?) ; revendication identitaire dans des sociétés qui tendent à l’uniformisation ou accessoire de mode ; symbole d’une quête spirituelle, voire mystique (chez les sikhs par exemple, où ce sont les hommes qui portent le voile !). D’où mon interrogation : lorsque l’on s’écharpe sur le voile, au fond, de quel voile parle-t-on ? (…) Certes, les symboles, les rites, sont importants, et peuvent être signifiants. Néanmoins, ils ne sauraient l’emporter sur la dimension intérieure que toute spiritualité doit s’attacher à cultiver. En d’autres termes, attention à ne pas réduire la religion à un signe. « L’habit ne fait pas le moine », nous dit la sagesse populaire. Il importe de privilégier l’être, plutôt que le paraître. »

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Lorsqu’on parle de symbole, on doit se replacer dans une culture spécifique et une époque précise, car les symboles perdent facilement de leur signification et sont souvent détournés quand ils sont replacés dans un autre contexte. « Il est fréquent de rencontrer des femmes portant le hijâb concomitamment avec des vêtements très moulants ou transparent et tout en étant maquillées de manière exagérée. On peut parler là d’un vrai détournement de symbole et se demander : où est la pudeur[9] ? »

« Le voile est resté un symbole puissant de l’altérité quand le colonialisme s’est effondré après la seconde guerre mondiale et que les Musulmans des pays colonisés ont afflué en France. Mais maintenant, cette altérité se joue à l’intérieur même d’un pays qui tente de définir sa propre identité postcoloniale.[10] »

Selon Bruno Nassim Aboudrar, le voile s’est répandu en terre d’islam comme signe de subordination de la femme, avant de devenir un enjeu symbolique de refus de la colonisation, puis une revendication d’indépendance culturelle par rapport à un Occident perçu comme hégémonique. Ce qui explique que, de nos jours, il puisse être autant porté comme un symbole de liberté que de sujétion[11].

  1. L’incompréhension ne vient-elle pas d’une conception différente de la visibilité ?

On est en face ici de deux cultures très différentes. Pour les chrétiens, Dieu s’est fait homme, il a été vu, on peut le représenter par des images. Pour les musulmans, Dieu est invisible et ne peut être représenté. Il suffit de comparer l’intérieur d’une église avec celui d’une mosquée pour se rendre compte de la différence au niveau visuel. Dans l’islam, on se méfie du regard. Voir, c’est ouvrir la porte du désir. Le voile sert à soustraire les femmes au visible, mettant ainsi en valeur leur dimension sacrée. Dans la société moderne où le visuel et le paraître prennent tellement de place, l’islam a du mal à trouver sa place.

  1. Faut-il interdire le port du voile ?

Suite à l’affaire du burkini, un article très intéressant est paru dans le New York Times, sous le titre : « France’s ‘Burkini’ Bans Are About More Than Religion or Clothing ». L’auteure, Amanda Taub, soulignait que « Les interdictions vestimentaires ont pour but, de faire pression sur les Musulmans français pour qu’ils se détournent de tout sentiment d’identité communautaire et adoptent l’identité française étroitement définie qui préexistait avant leur arrivée. Mais essayer de forcer à l’assimilation peut avoir l’effet contraire : dire aux Musulmans français qu’ils ne peuvent pas avoir simultanément une identité musulmane et une identité française, les forcer à choisir, c’est ainsi les exclure de ce que recouvre l’identité nationale au lieu de les convier à y contribuer.(…) La France a un autre choix : elle pourrait élargir sa définition de l’identité nationale pour inclure les Musulmans français tels qu’ils sont. C’est quelque chose qui peut effrayer beaucoup de Français, qui le vivrait comme renoncer à une identité « traditionnelle » confortable et non comme l’ajout d’une nouvelle dimension à celle-ci. »

En conclusion, vue la complexité derrière les raisons qui peuvent pousser une femme à porter le voile, ne serait-il pas plus juste d’en revenir à la liberté individuelle de chaque femme. Tant qu’elle n’est pas obligée de le porter, pourquoi ne pas laisser la femme musulmane libre de choisir sa tenue vestimentaire selon ses croyances religieuses, sans projeter notre propre interprétation ou croyance basée sur notre histoire à nous et non la sienne. Une femme ne devrait pas être obligée de porter le voile pour des raisons religieuses, de même qu’elle ne devrait pas être obligée de l’enlever pour des raisons de laïcité mal comprise.

Je termine en reprenant les mots de mon ami Imran qui souligne que le public devrait être encouragé à ne pas adopter de stéréotypes sur le voile et ne pas accuser les femmes qui le portent d’être des ignorantes ou des opprimées, ni les femmes qui ne le portent pas d’être immorales ou impudiques. La dignité de la femme à décider par elle-même doit être primordiale. Dans le contexte du Singapour multiculturel, le droit de porter et le droit de ne pas porter le voile doivent être respectés sur la base des droits de l’homme et de la liberté de croyance.

Les musulmans sont des gens comme les autres, on ne rencontre jamais des cultures ou des religions, mais toujours des individus qui s’en sont approprié différents éléments en constante évolution et interaction les uns avec les autres pour se construire.

Au hasard de mes recherches, je suis tombé sur cette vidéo d’une émission québécoise sur le sujet. Je trouve le débat très clair et instructif, d’autant plus que si on le replace dans l’actualité (attentat dans une mosquée de Québec) il devient crucial d’en reparler:

[1] “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[2] Cheikh Khaled Bentounès. Le monde des religions Septembre 2003.

[3] Abû Chuqqa, d’après Tahrîr ul-mar’a, 4/22

[4] “Le Prophète qui aimait les femmes.” Leili Anvar dans le Monde des religions

[5] Citation de Jacqueline Chabbi. Extrait du “Monde des religions” de janvier 2004.

[6] Hayat Nur Artiran. Le Monde des Religions, Septembre-octobre 2016, n°79

[7] Tareq Oubrou. “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[8] L’étole des femmes. Le Monde des Religions, Septembre-octobre 2016, n°79

[9] Tareq Oubrou, “Ce que vous ne savez pas sur l’islam”, Fayard 2016.

[10] Amanda Taub, The New York Times (USA) 18 août 2016.

[11] “Comment
 le voile est devenu musulman”. Bruno Nassim Aboudrar
, Flammarion, 2014.